Attaque brutale de la Gauche contre Gantz

Merav Michaeli, membre du parti travailliste-Gesher, lors d'une réunion des factions du parti travailliste-Gesher à la Knesset, le parlement israélien à Jérusalem, le 2 décembre 2019. Photo de Hadas Parush / Flash90
Merav Michaeli, membre du parti travailliste-Gesher, lors d'une réunion des factions du parti travailliste-Gesher à la Knesset, le parlement israélien à Jérusalem, le 2 décembre 2019. Photo de Hadas Parush / Flash90
La travailliste Merav Michaeli et l’un des leaders de Meretz, l’ex-général Yaïr Golan, tirent à boulets rouges sur Benny Gantz sans se rendre compte qu’ils visent leur propre camp, le camp de ceux qui militent pour la défaite de Netanyahou.
Paradoxalement ils ne s’attaquent pas au Likoud et à ses mercenaires d’extrême-droite parce qu’ils savent qu’ils ne peuvent pas changer le cours des choses en raison de leurs arguments éculés.
Selon les sondages, Meretz risque de ne pas passer le seuil électoral; alors ils essaient de prendre des voix chez leurs partenaires. Ils ont choisi la voie facile de combattre un homme désavoué qui a été berné. Ils se trompent d’adversaire tout en se trompant de stratégie et en ayant du mal à convaincre. La gauche israélienne est devenue la plus bête du monde.

C’est tout d’abord le député Yaïr Golan, passé des travaillistes à Meretz, qui espère que : «Gantz sera exclu de la prochaine Knesset». Le 28 février, il a souhaité que Benny Gantz retire sa candidature aux élections du 23 mars 2021. Il va plus loin dans sa vindicte : «J’espère que Benny Gantz ne franchira pas le seuil. Il n’a aucune justification morale pour continuer à se présenter en politique. J’aurais aimé qu’il puisse comprendre qu’il a causé suffisamment de dommages à la nation et à ses électeurs et qu’il permettra au public qui croit en lui de choisir un autre parti qui les représentera plus fidèlement et plus correctement». Il ne croit pas à la rédemption.

Si Yaïr Golan pense que les électeurs de Kahol-Lavan porteront leurs voix sur Meretz, c’est qu’il n’a rien compris à la politique. C’est en fait le comportement d’un député aux abois. Gantz avait amené de nombreux nouveaux électeurs qui retourneraient dans l’abstention s’il quittait la scène politique ou voteraient à la rigueur pour Yaïr Lapid. Il symbolisait un renouveau qu’ils ne peuvent pas trouver au sein de deux partis de gauche sclérosés. Yaïr Golan est trop jeune en politique pour avoir déjà capté les ficelles électorales.

Il n’a pas compris que l’opposition avait besoin d’un rassemblement et de toutes les voix pour renvoyer, comme il le dit, «les gens corrompus et les nationalistes». Au lieu de viser juste, il porte une attaque violente contre un ancien ami qu’il a connu à Tsahal et avec lequel il avait travaillé sous ses ordres. Alors, pour le déconsidérer, il prétend qu’il a un «caractère faible, qu’il est un homme bon, sage, digne, un bon professionnel, mais il est faible».

Comme si elle manquait d’adversaire, la présidente du parti travailliste Merav Michaeli a entonné le même chant dans une sorte de concours «d’amabilités». Elle vient d’appeler elle-aussi Gantz à quitter la compétition pensant sauver ainsi le parti Meretz de la déroute prévisible.

Gantz avait eu le tort de préciser qu’il espérait suivre les traces d’Yitzhak Rabin ce qui n’a pas plu à Michaeli. Il faut dire qu’elle n’a pas apprécié que certains vétérans du parti socialiste soutiennent ouvertement Gantz ce qui l’a poussée à exclure une cinquantaine de militants frondeurs alors que le parti manque de militants actifs.

Merav Michaeli, a certes remporté les primaires de son parti contre toute attente et a réussi en un temps record à renverser de sombres prédictions. Mais il ne faudrait pas que sa victoire, face à des candidats de second ordre, lui tourne la tête et la pousse à revenir à des méthodes soviétiques.

Elle a certes proposé un retour aux valeurs fondatrices d’Israël mais elle ne peut pas le faire sans appuis car elle trop faible pour assurer seule l’alternance. L’opposition doit distinguer ses amis de ses ennemis sachant que les luttes intestines mènent à la déroute. Les électeurs sanctionnent immédiatement ces attaques qui nuisent à l’image de la Gauche et le résultat devient inverse de celui escompté.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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