Arrière-pensées

Compte des bulletins de vote restants des soldats au parlement à Jérusalem, le lendemain des élections générales du 10 avril 2019. (Noam Revkin Fenton / Flash90)
Compte des bulletins de vote restants des soldats au parlement à Jérusalem, le lendemain des élections générales du 10 avril 2019. (Noam Revkin Fenton / Flash90)

Le suffrage universel a parlé : en accordant presque le même nombre de sièges aux deux grands blocs (57 pour la droite et 55 pour le centre-gauche) et aux deux grands partis (33 pour Bleu-blanc et 31 pour le Likoud), les électeurs n’ont pas voulu trancher. Ou plutôt si.

Ils se sont prononcés pour une solution de compromis, autrement dit un gouvernement d’Union nationale. Les deux grands partis sont arrivés à cette même conclusion et les tractations ont commencé. Mais le chemin est encore long avant la formation d’un gouvernement.

Il y a d’abord les exclusives. Israel Beitenou refuse tout soutien des partis arabes, et ne veut pas siéger avec les partis ultraorthodoxes et les « messianistes ». Le Likoud refuse aussi le soutien des partis arabes et y ajoute l’Union démocratique, trop à gauche pour lui.

Binyamin Netanyahou s’est engagé à ne pas abandonner ses alliés. On observera qu’à eux seuls, les deux grands partis totalisent 64 sièges et pourraient donc former une coalition. Mais il y a les arrière-pensées. Un gouvernement dirigé par qui ? Alternativement par les chefs des deux grands partis, mais selon quel ordre ?

Binyamin Netanyahou aimerait être le premier de la rotation, ce qui lui permettrait de rester en fonction même en cas de mise en examen, alors qu’il devrait démissionner s’il était simple ministre.

On le voit, l’équation est à plusieurs inconnues, et il faudra bien de la détermination au président Rivlin pour confier le mandat de former le gouvernement à l’un des deux prétendants. Car chacun espère que le premier échouera, et que, désigné à son tour, il disposera d’une plus grande latitude pour imposer ses conditions.

Compte-tenu du calendrier des fêtes, le gouvernement ne devrait donc pas être formé avant le mois de novembre. A moins que l’on aille vers de nouvelles élections, ce que tout le monde dit vouloir éviter. Au rythme des déclarations et des rencontres, des calculs et des hypothèses, on pourrait oublier l’essentiel : le gouvernement doit être bâti sur la base d’un programme appelé « lignes directrices » (kavei a yesod).

Les sujets ne manquent pas. Ceux qui ont été abordés – ou plutôt effleurés – pendant la campagne comme les relations entre l’Etat et la religion, l’avenir du système hospitalier ou les programmes scolaires.

Il y a aussi les sujets qui ont été soigneusement évités comme celui des coupes budgétaires (20 milliards de shekels) à opérer pour réduire le déficit. Parce qu’ils représentent des forces venues de différents horizons de l’éventail politique, les gouvernements d’Union nationale sont plus aptes que les autres à prendre des décisions difficiles. Mais dans l’élaboration du programme, et plus encore dans son application, il y aura aussi beaucoup d’arrière-pensées.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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