Arménie-Azerbaïdjan : Victoire de l’ethnicisme et défaite de la raison

Le convoi de soldats de la paix russes traverse une rue de Stepanakert, la région séparatiste du Haut-Karabakh, le dimanche 15 novembre 2020. Les forces ethniques arméniennes contrôlaient le Haut-Karabakh et d'importants territoires adjacents depuis la fin de 1994 d'une guerre séparatiste. Les combats ont repris fin septembre et se sont maintenant terminés par un accord qui appelle l'Azerbaïdjan à reprendre le contrôle des territoires périphériques et à lui permettre de conserver les parties du Haut-Karabakh qu'il s'est emparé pendant les combats. (Photo AP / Sergei Grits)
Le convoi de soldats de la paix russes traverse une rue de Stepanakert, la région séparatiste du Haut-Karabakh, le dimanche 15 novembre 2020. Les forces ethniques arméniennes contrôlaient le Haut-Karabakh et d'importants territoires adjacents depuis la fin de 1994 d'une guerre séparatiste. Les combats ont repris fin septembre et se sont maintenant terminés par un accord qui appelle l'Azerbaïdjan à reprendre le contrôle des territoires périphériques et à lui permettre de conserver les parties du Haut-Karabakh qu'il s'est emparé pendant les combats. (Photo AP / Sergei Grits)

Arménie-Azerbaïdjan : Mise à jour, victoire de l’ethnicisme et défaite de la raison.

 I-Syndrome de Shusha (Haut-Karabakh)

Nous avons trouvé pratique de définir un syndrome illustré par l’histoire de la ville de Shusha et qui pourrait servir de référence. Durant des siècles Shusha a fait partie du patrimoine arménien mais depuis le XIXe siècle la ville a constamment souffert de conflits inter-ethniques que n’a pas réglés la Conférence de Paix de Paris de 1919 et 1920, qui avait pourtant reconnu les Républiques de Géorgie, d’Arménie et d’Azerbaïdjan.

La ville était peu habitée jusqu’en 1850 puis s’est peuplée à égalité d’arméniens et d’Azéris. En 1919, un massacre d’arméniens a mené à des représailles contre les azéris qui ont abouti en mars 1920 à un pogrom contre les arméniens et à leur expulsion de la ville. Finalement, les Azéris ont aussi fui la ville qui n’a plus compté que 5 000 habitants en 1926 contre près de 44 000 en 1916.

La ville s’est lentement repeuplée d’Azéris et a compté près de 15 000 habitants en 1989 après que les quelques Arméniens qui y vivaient encore en aient encore une fois été chassés. En mai 1992, les Arméniens ont repris la ville et ont en chassé les azéris et la ville n’a plus compté qu’environ 4 000 habitants uniquement Arméniens jusqu’en 2020. En novembre 2020, les Azéris ont repris la ville et c’est au tour des arméniens de s’enfuir. Ces épouvantables cycles caractérisent l’ensemble de la région dominée par l’ethnicisme et désertée par la raison.

II-Etat d’esprit des belligérants

L’état d’esprit des belligérants est marqué par une Histoire dominée par des massacres, des déplacements de populations, la mise en cause des territoires patrimoniaux et le fait d’avoir dû se plier aux règles imposées par d’autres Etats. Ces faits sont générateurs d’amertume et  d’esprit revanchard qui ne prédisposent pas les belligérants à négocier la paix ainsi que l’on a pu le constater. Le minuscule territoire du Haut-Karabakh concentre à lui seul cet état d’esprit solidement ancré. Le Haut Karabakh n’est malheureusement plus seulement un territoire mais un défi pour chacun des belligérants.

Arménie

Victimes d’un génocide perpétré par les turcs les arméniens ont été chassés de la plus grande partie de leur territoire. Les Turcs semblent avoir une inclination pour l’invasion illustrée par la relativement récente chute de Constantinople le 29 mai 1453 et par l’anéantissement des civilisations grecque et byzantine en Asie mineure. De nombreux aspects de l’islam ne font pas bon ménage avec les valeurs indo-européennes ainsi que le souligne la transformation une nouvelle fois en 2020 de la cathédrale Sainte Sophie en une mosquée par l’AKP turc.

Les arméniens ne veulent plus être d’éternelles victimes et ont fait valoir leurs droits sur le Haut-Karabakh. L’Arménie bénéficie de la protection de la Russie qui ne couvre pas le Haut-Karabakh.

Les arméniens ne se sont pas contentés de désenclaver le Haut-Karabakh mais l’ont rattaché à l’Arménie par la prise d’un large territoire azéri. Un point de passage près de la ville de Latchin qui est le point le plus proche entre la Haut Karabakh et l’Arménie aurait suffi ainsi que l’établissent actuellement les forces russes chargés de garantir les récents accords de paix entre les belligérants.

Le caractère montagneux de la région ne devrait pas être un problème pour un point de passage compte tenu de la capacité actuelle à construire des ouvrages d’art complexes. Le développement harmonieux d’une économie et de la libre circulation sur l’ensemble d’un territoire national ne devrait nécessiter qu’une liaison routière et ferroviaire.

Azerbaïdjan

La large conquête de territoires azéris en dehors de celui du Haut-Karabakh ne pouvait que déclencher une réaction des Azéris pour reprendre ces territoires (syndrome de Shusha). L’armée azérie n’a eu aucune difficulté à le faire en novembre 2020 et a même conquis la ville Shusha dans le Haut Karabakh avec bien sûr des déplacements de populations.

L’Azerbaïdjan n’est pas la Turquie ; il s’agit d’Etat laïc qui a gardé comme l’Arménie des liens proches avec la Russie tout en choisissant le camp occidental alors que la Turquie suit le chemin inverse. L’Azerbaïdjan entretient des relations étroites avec les Etats Unis et Israël.

Nakhitchevan et Haut Karabakh

Alors que le Haut Karabakh a une petite superficie et 150 000 habitants arméniens, la Nakhitchevan avec la même superficie a une population azérie de 500 000 habitants et fait partie de l’Azerbaïdjan alors qu’il est enclavé entre l’Arménie et l’Iran.

Le désenclavement du Nakhitchevan devrait être « logiquement » une préoccupation plus importante pour l’Azerbaïdjan que le territoire du Haut-Karabakh qui n’a pratiquement pas de population azérie. La ville de Nakhitchevan a été un temps la capitale du grand Azerbaïdjan. Le développement économique de cette région azérie et la libre circulation serait facilité par une liaison routière et ferroviaire avec le reste de l’Azerbaïdjan passant au sud de l’Arménie.

Les désenclavements simultanés du Nakhitchevan et du Haut-Karabakh constitueraient un élément positif pour l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Pour que cela soit possible il faut qu’au même moment  le territoire du Haut- Karabakh devienne indépendant de Jure et non plus seulement de facto.

 III – Territoire azéri et renforcement de la position d’Israël dans la région.

Depuis de nombreuses années l’attention de l’Azerbaïdjan se porte sur le Haut Karabakh d’une superficie de 4 400 km2. La logique voudrait que l’Azerbaïdjan se préoccupe d’avantage de son territoire de 100 000 km2 sous contrôle iranien qui est appelé Azerbaïdjan du Sud alors qu’au moins 15 000 000 d’Azéris y vivent sous domination iranienne.

La forte population azérie en Iran est un maillon faible de ce pays qui cherche à déstabiliser l’ensemble de la région. L’Iran a conscience de cette fragilité et a renforcé ses positions armées à la frontière avec l’Azerbaïdjan. Ce problème pour l’Iran vient s’ajouter à celui que constituent les alliances d’Israël avec l’Azerbaïdjan au nord de l’Iran et avec les Emirats et Bahreïn au sud qui pourraient être rejoints par l’Arabie Saoudite.

IV- Génocide arménien

Même du regrettable point de vue de la Realpolitik, Israël ne peut plus s’abstenir de prendre position à l’égard du génocide subi par le peuple arménien et dont l’Histoire à des similitudes avec celle du peuple juif. Le génocide a été perpétré par la Turquie devenue aujourd’hui un pays islamiste fanatique qui n’a plus d’intérêt pour Israël. Encore une fois la reconnaissance du génocide des arméniens ne remet pas en cause l’unicité de la Shoah.

à propos de l'auteur
Didier est de formation franco-américaine : Paris -Dauphine, CFA USA et UK. Il a 35 ans d'expérience des affaires internationales (Finances) en tant que Directeur ainsi qu'une connaissance approfondie d'Israël et du Moyen Orient
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