Antisémitisme : l’inaction tue

Des personnes portant des pancartes avec le logo du collectif « Nous Vivrons », où l'on peut lire « L'antisémitisme n'est pas résiduel » et « Juive violée, la République est en danger » participent à une manifestation contre l'antisémitisme à l'appel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) sur la place de la Comédie à Montpellier, le 27 août 2024, suite à l'incendie et à l'explosion de voitures qui ont visé une synagogue de La Grande-Motte, le 24 août 2024. (Crédit : Pascal GUYOT / AFP)
Des personnes portant des pancartes avec le logo du collectif « Nous Vivrons », où l'on peut lire « L'antisémitisme n'est pas résiduel » et « Juive violée, la République est en danger » participent à une manifestation contre l'antisémitisme à l'appel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) sur la place de la Comédie à Montpellier, le 27 août 2024, suite à l'incendie et à l'explosion de voitures qui ont visé une synagogue de La Grande-Motte, le 24 août 2024. (Crédit : Pascal GUYOT / AFP)

Beaucoup de paroles, peu d’action ou bien d’actions sans conséquences. C’est la triste et désespérante constatation du bilan de la réaction globale en France face à l’antisémitisme.

À chaque agression, à chaque meurtre, à chaque profanation, le même rituel hypocrite : indignation médiatique, promesses politiques, commémorations solennelles. Puis plus rien. Les dossiers s’enlisent, les coupables sont trop et très souvent relaxés, les victimes oubliées. Pendant ce temps, les Juifs de France vivent dans la peur. Cette lâcheté organisée, cette complicité par inaction constitue à chaque fois une trahison de notre République.

L’affaire Dreyfus nous a appris que le silence est complice. En 1898, Émile Zola risquait tout avec son « J’accuse…! » pour défendre un officier juif injustement condamné. Des citoyens, presque tous non juifs, ont bravé la haine collective, sacrifié leur confort pour la justice. Aujourd’hui, où sont ces voix courageuses ? Qui accepte de prendre des risques réels pour défendre les victimes juives ? Nous vivons l’ère des condamnations Twitter et des communiqués vides. L’engagement s’arrête là où commence le prix à payer.

La liste des victimes abandonnées glace le sang. Avec Ilan Halimi, torturé pendant trois semaines parce qu’il était juif, nous n’avons pas su voir. Si ses meurtriers avaient été condamnés, l’arbre planté à sa mémoire n’aurait pas été vandalisé. Depuis son meurtre, le problème s’est aggravé, sans que ces actes ne soient pour autant reconnus comme antisémites. Sarah Halimi défenestrée aux cris d' »Allahou Akbar ». Son assassin ne sera jamais jugé, déclaré irresponsable pour avoir fumé du cannabis. On peut tuer un Juif tranquillement, à condition d’être défoncé. Les questions dérangeantes étouffées. Une nounou empoisonne une famille juive en disant qu’elle déteste les juifs, l’acte antisémite écarté par la justice ! Des synagogues taguées, des cimetières profanés, des enfants insultés à la sortie des écoles juives. À chaque fois : émotion nationale, promesses vagues, puis l’oubli. Zéro réforme structurelle. Zéro sanction dissuasive. Zéro volonté politique. Ce n’est plus de l’impuissance. C’est de la complicité par inaction.

Le 7 octobre 2023 a marqué le plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah. Plus de 1 200 personnes assassinées en quelques heures. Des familles brûlées vives, des jeunes exécutés, des femmes violées, des bébés tués, 240 otages arrachés à leurs foyers. En France, des dizaines de milliers de citoyens se rassemblent pour soutenir une communauté juive traumatisée. Mais où est le Président de la République ? Pas de présence. Pas de geste fort. Pas de solidarité incarnée. Pourquoi cette indifférence ? Cette frilosité quand il s’agit de Juifs ?

Au sommet de l’État comme ailleurs, la lutte contre l’antisémitisme reste une question de communication, pas d’engagement. Cette prudence calculée insulte les victimes et encourage les bourreaux.

Les questions qui se posent sont les suivantes : qu’avons-nous fait de concret ? A-t-on réellement identifié le cœur du problème ? La reconnaissance de l’État palestinien a-t-elle eu un effet positif ? Quelles sont les raisons à l’origine de cette vague de terreur ? Concrètement, quelles sont les conséquences de nos politiques publiques ? Existe-t-il des rapports spécifiques à ce sujet ?

Notre politique envers l’Iran illustre la lâcheté occidentale face à l’antisémitisme d’État. Téhéran finance ouvertement Hezbollah et Hamas, organisations dont les chartes appellent à anéantir Israël et les juifs. L’Iran organise des concours de caricatures antisémites, nie la Shoah, promet de « rayer Israël de la carte ». Ses milices tuent et cherchent à tuer  des juif tous les jours, comme on prend le métro.

Et que fait la France ? Elle maintient son ambassade à Téhéran. Elle négocie, temporise, cherche le « dialogue ». Pendant ce temps, le peuple iranien se soulève contre le régime des mollahs. Des femmes sont assassinées pour avoir refusé le voile. Des manifestants sont pendus. Une révolution gronde. Et la France reste silencieuse. Où est notre soutien aux Iraniens qui risquent leur vie pour la liberté ? Où est notre solidarité avec ceux qui combattent ce régime totalitaire ? Nous qui prétendons défendre les droits humains, nous abandonnons un peuple en lutte.

Sur cette photo obtenue par l’Associated Press, des Iraniens participent à une manifestation antigouvernementale à Téhéran, en Iran, le 9 janvier 2026. (Crédit : UGC via AP)

Pourquoi ne pas rappeler notre ambassadeur ? Pourquoi ne pas rompre les relations diplomatiques ? Pourquoi la France ne démontre-t-elle pas clairement sa position ? Pour quelques contrats ? Pour ne pas froisser un régime qui pend les homosexuels, fouette les femmes et assassine sa jeunesse ? Action concrète : retirer notre ambassade de Téhéran. Soutenir activement le mouvement révolutionnaire iranien. La rupture devrait être une évidence morale. Mais nous avons peur. Cette diplomatie de la couardise envoie un message clair : on peut financer le terrorisme anti-juif, massacrer son propre peuple, sans perdre sa respectabilité internationale

Sur les réseaux sociaux, l’antisémitisme explose. Négationnisme, complotisme, appels au meurtre : tout circule, tout reste. Les plateformes ferment les yeux, protégées par leurs armées d’avocats. Résultat : une génération entière exposée quotidiennement à la haine antisémite. Et comme toujours : aucune sanction réelle. Aucune contrainte efficace.

Assez de commissions qui n’aboutissent jamais. Assez de commémorations hypocrites.

Chaque Juif français qui hésite à porter sa kippa dans la rue n’est pas seulement une victime : c’est la République qui capitule. Chaque famille contrainte à l’exil signe l’acte de décès de nos valeurs. Chaque agression impunie enfonce un clou dans le cercueil de notre démocratie. Liberté, Égalité, Fraternité : ces mots sont devenus une obscénité quand une partie de nos concitoyens vit dans la terreur. Ces principes ne sont plus que des mensonges d’État, une façade hypocrite cachant notre lâcheté collective. La responsabilité fondamentale de l’État, celle de protéger ses citoyens, a été déplacée vers ceux qui détestent la République ; nous avons ainsi inversé nos principes.

L’Histoire est impitoyable avec les nations qui trahissent leurs enfants. Elle ne retiendra pas nos déclarations, nos larmes de circonstance. Elle nous jugera sur nos actes. Et surtout sur notre inaction. Notre silence sera notre condamnation éternelle. Le moment du choix est arrivé. Nous pouvons encore retrouver le courage de Zola et Clemenceau. Mais chaque heure sans action nous rapproche du gouffre. La frontière entre belles paroles et complicité n’existe plus. Nous l’avons franchie. Si nous ne réagissons pas maintenant avec force, l’Histoire retiendra que la France du XXIe siècle a laissé renaître le monstre qu’elle prétendait avoir terrassé. Cette fois, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.

à propos de l'auteur
Marianna Rocher est responsable de la 8ème circonscription des Français de l'étranger pour le Rassemblement National et candidate RN aux élections législatives. Professionnelle distinguée avec une expérience internationale approfondie sur trois continents, alliant expertise en économie, gestion de l'industrie du luxe et diplomatie culturelle. D'origine ashkénaze par lignée maternelle (Kapustiansky), avec un héritage politique notable à travers un arrière-grand-père qui fut un dirigeant politique important. Diplômée en économie avec un MBA de la prestigieuse École Nationale des Ponts et Chaussées (ENPC), forte d'une carrière de 20 ans dans l'industrie du luxe et de la mode, incluant la propriété d'une unité de production française. Expérience auprès de l'UNESCO apportant une perspective unique sur la diplomatie culturelle et les relations internationales, ainsi qu'une expertise en transformation digitale dans le secteur des arts. Parcours d'expatriée en Afrique et en Russie, actuellement établie dans le nord de l'Italie depuis 2019. Maîtrise parfaite de plusieurs langues et cultures. Actuellement Présidente de l'UFE (Union des Français de l'Étranger) du nord de l'Italie et auteur de trois ouvrages publiés, active dans l'organisation communautaire et la diplomatie culturelle.
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