Antisémitisme : Le Canada s’apprête à légiférer sur la haine en ligne

© Stocklib / ?ukasz Stefa?ski
© Stocklib / ?ukasz Stefa?ski

L’antisémitisme est en hausse partout dans le monde, y compris au Canada. Selon Irwin Cotler, l’envoyé spécial pour la préservation de la mémoire de l’Holocauste et la lutte contre l’antisémitisme, l’antisémitisme a atteint un niveau jamais vu «depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale».

Il est urgent d’agir

Une des façons de combattre l’antisémitisme est de lutter contre la haine en ligne. En effet, l’internet est un des principaux moyens par lequel ce poison circule dans nos sociétés. Et nous savons que ce qui est véhiculé en ligne peut avoir des conséquences dans la vie réelle. Pensons au massacre à la synagogue Tree of Life de Pittsburgh.

En d’autres mots, ce qui est en ligne ne reste pas en ligne.

Chaque jour, les Canadiennes et les Canadiens sont exposés à un déluge de contenu haineux. Selon un sondage effectué en 2021 par la Fondation canadienne des relations raciales, 42 pour cent des personnes au pays ont été témoins ou victimes de commentaires qui incitent à la violence en ligne. Il est encore plus troublant de constater que les jeunes âgés de 18 à 29 ans et les personnes racialisées sont presque trois fois plus susceptibles d’être la cible de propos haineux en ligne.

Aux États-Unis, le récent témoignage de Frances Haugen, une lanceuse d’alerte, a démontré que l’industrie des médias sociaux n’a pas la volonté de s’autoréglementer. Elle est allée jusqu’à accuser Facebook de répandre la haine.

Les réseaux sociaux savent comment rendre leurs plateformes plus sécuritaires, mais n’apporteront pas les changements nécessaires sans réglementation gouvernementale. Ils ont constamment tendance à faire passer leurs profits devant le bien-être de leurs utilisateurs. Il incombe donc au gouvernement de veiller à ce que les espaces virtuels n’encouragent pas la haine ou les propos haineux.

Le gouvernement canadien s’est engagé à agir

Le Premier ministre Trudeau a engagé son gouvernement à déposer un projet de loi pour combattre la haine en ligne dans les 100 premiers jours de son nouveau mandat.

Le nombre de consultations, informelles et formelles, auxquelles j’ai personnellement participé me fait affirmer que le temps de consulter est passé. Qu’il faut passer à l’action.

La bataille s’annonce féroce, mettant en cause deux valeurs importantes: la liberté d’expression d’un côté et la sécurité, en particulier pour les membres de communautés souvent visés par la haine et les crimes haineux de l’autre.

L’influence de nos voisins américains, chez qui la liberté d’expression est plus absolue que parmi les autres démocraties libérales, se fait sentir dans les débats déjà amorcés, d‘autant plus que la majorité canadienne partage avec les Américains la langue anglaise et une culture nord-américaine.

Il y a pourtant possibilité de conjuguer ces deux principes, en se basant notamment sur la jurisprudence de la Cour suprême du Canada (en particulier les arrêts Keegstra et, surtout Whatcott).

Il y a moyen de changer les choses.

Il faut changer les choses.

La protection des Canadiens contre la haine en ligne et le respect du droit à la libre expression ne s’annulent pas l’un l’autre. Un projet de loi soigneusement formulé peut accomplir ces deux objectifs à la fois.

La communauté juive du Canada, déstabilisée – disons-le — par cette importante hausse de l’antisémitisme, attend avec impatience de voir le gouvernement remplir cet engagement.

Le plus tôt sera le mieux.

à propos de l'auteur
Originaire du Québec, Richard est avocat et vice-président des affaires externes du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (Canada). Il est également auteur (Récipiendaire du 2012 Helen and Stan Vine Canadian Jewish Book Award) et ex-député fédéral. Ses sujets de prédilection sont le monde juif en général et Israël, d’un point de vue québécois et canadien. Les articles postés sur ce blog reflètent ses opinions personnelles.
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