Annexion de la Cisjordanie : ça se précise

Un graffiti hébreu portant l'inscription "zone fermée" dans le village de Majdal, près de la ville de Naplouse en Cisjordanie, le vendredi 22 novembre. 2019.(AP Photo / Nasser Nasser)
Un graffiti hébreu portant l'inscription "zone fermée" dans le village de Majdal, près de la ville de Naplouse en Cisjordanie, le vendredi 22 novembre. 2019.(AP Photo / Nasser Nasser)

L’interminable crise politique de ces derniers mois en Israël aurait pu figer l’évolution du conflit israélo-palestinien. Il n’est est rien. Inexorable, le processus d’annexion de la Cisjordanie a au contraire franchi deux étapes majeures ces dernières semaines, dans l’indifférence quasi-générale.

La plus récente consiste dans l’autorisation accordée par Naftali Benett, l’actuel ministre de la Défense, à la construction de logements sur le marché du quartier juif d’Hébron. Cette décision s’inscrit dans un regain notable de l’implantation juive dans la ville des Patriarches. Après deux décennies de quasi-gel des constructions -globalement depuis le massacre perpétré par Baruch Goldstein en février 1994-, le quartier juif connaît un certain dynamisme immobilier.

Plusieurs bâtiments achetés à des propriétaires arabes ont été rénovés et commercialisés. Les appartements trouvent facilement acquéreur à des prix au mètre carré proches de ceux des villes moyennes de l’intérieur de la ligne verte. En outre, lors du récent shabbat Hayé Sarah, Hébron a battu un nouveau record d’affluence en réunissant plus de 40 000 personnes venues de tout le pays.

Cet attachement croissant des Israéliens à Hébron et l’activité immobilière qui s’y développe avec la bénédiction du gouvernement entraînent d’inévitables conséquences politiques. Contrairement à la plupart des implantations juives de Cisjordanie, le quartier juif d’Hébron et la colonie-mère de Kiryat Arba ne font partie d’aucun « bloc » jouxtant la ligne verte.

Situées au cœur de la Cisjordanie, à une trentaine de kilomètres au sud de Jérusalem, ces implantations isolées s’insèrent dans la plus grande agglomération palestinienne (sous contrôle de l’Autorité palestinienne, Hébron compte 200 000 habitants, périphérie inclue). Conclusion : si le gouvernement israélien veut conserver Hébron et Kiryat Arba, comme tout porte à le croire, il n’aura d’autre choix que d’annexer l’ensemble de la Cisjordanie.

Une autre étape vers l’annexion a été franchie le 12 novembre dernier. Ce jour-là, Tsahal élime le commandant de la branche militaire du Jihad islamique à Gaza, Baha Abou al-Ata. L’assassinat ciblé entraine une énième pluie de roquettes vers le territoire israélien avant qu’un accord de cessez-le-feu ne soit rapidement conclu. Le Hamas quant à lui est resté à l’écart de la confrontation. Mieux : dans les semaines qui ont suivi, les traditionnelles manifestations anti-israéliennes du vendredi ont été annulées.

Bien entendu, le Hamas ne voyait pas d’un mauvais œil l’élimination d’un chef du Jihad islamique, un mouvement radical qui lui conteste le monopole de la résistance à Israël. Mais l’épisode recèle un enseignement bien plus profond. En agissant en allié objectif de l’Etat juif, les islamistes progressent sur la route d’une trêve de longue durée.

D’ailleurs, peu après la flambée de violence, Naftali Bennett s’est déclaré favorable au plan Katz, autrement dit à une autonomisation de la bande de Gaza avec notamment la construction d’une île portuaire artificielle destinée à améliorer le quotidien de la population.

A terme, comme le suggèrera le plan Trump, la bande de Gaza pourrait devenir un Etat indépendant, vivant en paix froide aux côtés d’Israël. Comme je l’ai déjà expliqué dans ces colonnes, une telle hypothèse ferait définitivement sortir deux millions de Palestiniens de l’équation démographique et permettrait à Israël d’envisager infiniment plus sereinement l’annexion de la Cisjordanie et l’absorption de sa population arabe au sein de sa démocratie.

Hébron et Gaza, deux villes au cœur du récit biblique, ressurgissent conjointement dans l’actualité. A n’en point douter pour augurer d’une réconciliation des enfants d’Abraham.

à propos de l'auteur
Journaliste indépendant, correspondant en Israël pour plusieurs médias francophones. Il couvre depuis une quinzaine d'années Israël, les territoires palestiniens et occasionnellement les pays arabes limitrophes. Il vient de publier aux Editions de l'Observatoire : "Le grand secret d'Israël, pourquoi il n'y aura pas d'Etat palestinien".
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