Andante Moderato
Chacun se souvient de l’endroit où il se trouvait le 11 septembre 2001 au moment des attentats du World Trade Center. Personnellement, j’étais Boulevard Saint-Michel à Paris quand mon amie de l’époque m’appelle. Je la rejoins chez elle rue Greneta dans le quartier des Halles et nous regardons, terrifiés, les images de l’écroulement des tours. Idem pour les attentats de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015. Je me revois dans mon bureau à Roubaix, le téléphone sonne, je décroche, c’est mon ami Antoine : « Tu connais la nouvelle ? ». « Non ». « Cabu, Wolinski, Charb, viennent d’être assassinés. » Il connaissait bien Cabu pour le croiser régulièrement au Près aux Clercs, un bar de la rue Jacob à Paris. Il était particulièrement choqué. Et puis il y a eu le massacre du Bataclan du 13 novembre de la même année. Je repense à ce début de matinée devant la télé complètement sonné essayant d’expliquer à mon beau-fils en pyjama ce qu’il se passait.
Le 7 octobre 2023 fait partie de ces chocs émotionnels qu’on ne peut pas oublier et qui marquent une vie durablement. Ce jour-là, j’apprends au réveil qu’une invasion sanglante du Hamas est en cours en Israël. Qu’une tuerie a eu lieu au Kibboutz Beeri.
Je reviens sur mon amie de la rue Greneta qui a vécu un an dans un Kibboutz et m’a fait découvrir ce que c’était, je l’ignorais. Esprit pacifique, utopie communautaire en acte, joie quotidienne, j’imagine bien, surtout lors des fêtes religieuses. Les terroristes ont voulu frapper le cœur d’Israël qui continue à battre.
Voilà ce que j’ai écrit le 9 octobre sur ma page Facebook :
« Je ne peux pas rester silencieux face à l’effroyable tragédie qui se déroule actuellement en Israël. En tant que Goyim (c’est-à-dire non juif) et catholique, le quotidien numérique « The Times of Israël » m’accueille régulièrement depuis des années pour publier mes textes sur un blog. Je veux dire ma solidarité aux Israéliens et au Peuple Juif en général avec une pensée toute particulière pour mes ami(e)s juifs et juives sur ma page Facebook. »
J’ai illustré ce post par la colombe de la paix tenant une branche d’olivier signée Picasso.
Et puis j’ai écrit un mail à Dylan mon interlocuteur du Times of Israël :
« Bonjour Dylan
Solidarité totale avec Israël et ses victimes.
Bon courage, tenez bon. »
« Merci beaucoup Olivier », m’a-t-il répondu.
Très vite, ces attentats ont été désignés comme un pogrom, c’est l’évidence. Bernard Henri Lévy écrit dans un texte publié dans Le Point le 13 octobre : « C’est un 11 Septembre qui dure. Un Bataclan avec missiles tirés d’un État confetti voisin. C’est un pogrom arabe dont les scènes rappellent le temps du grand mufti pro-hitlérien Al-Husseini. Et aucun argument au monde ne saurait justifier, relativiser ou contextualiser ce crime. Pourquoi ? »
Oui, pourquoi ce massacre des innocents ?
Et ce soir je réécoute pour la énième fois ce magnifique Andante Moderato de la 6ème symphonie de Gustav Mahler dans l’interprétation de Léonard Bernstein avec une tout autre oreille.
