Afflux de candidats pour le leadership du Likoud

Sages comme une image pendant de longues années, les dirigeants du Likoud s’expriment à présent au grand jour pour prendre le leadership du Likoud. Netanyahou est à peine parti que les esprits se réveillent sans scrupules pour participer à la curée, la cérémonie de mise à mort politique de Netanyahou.
Longtemps placés sous carcan et réduits au silence par le Lider Maximo, ils n’ont pas attendu pas que le corps soit froid pour prendre part au combat pour la nouvelle direction d’un parti qui risque d’exploser tant les antagonismes sont puissants. Pendant douze années, ils sont restés muets de crainte d’être sanctionnés et de perdre leur ministère. À présent, on donne l’intention à certains, libérés de la tutelle d’un chef incontesté, de prendre leur liberté et de rejoindre Gidéon Saar, le militant courageux qui a seul osé défier le chef suprême jusqu’à lui enlever toute chance de se maintenir au pouvoir.

Netanyahou a tenté en vain de persuader les militants de son parti d’organiser la prochaine primaire du Likoud beaucoup plus tôt que prévu. Selon les statuts du Likoud, le parti doit élire une nouvelle direction avant les prochaines élections à la Knesset. Si Netanyahou pouvait faire avancer la primaire, aucun candidat sérieux ne le contesterait probablement, et il pourrait rester à la tête du Likoud jusqu’à la prochaine élection à la Knesset, qui n’interviendrait que dans quelques années.

Nir Barkat, l’ancien maire de Jérusalem, auquel Netanyahou avait proposé avec réticence le ministère des Finances sans le nommer finalement, a le premier posé sa candidature à la tête du Likoud. Il a organisé un rassemblement de 4.000 militants likoudniks et exhorté Netanyahou à ne pas organiser de primaire alors que le Likoud se retrouve dans l’opposition. Il a appelé les membres du parti à faire preuve d’unité dans l’opposition, et à retarder la tenue de nouvelles primaires à la direction du Likoud.

Cet appel a été perçu comme une démonstration de force au sein du parti, et comme une volonté de s’inscrire dans la longue liste des hauts responsables qui se bousculent pour défier Netanyahou à la tête du Likoud. Vae victis, malheur au vaincu, expression prononcée par le chef gaulois Brennus qui avait vaincu Rome. Aujourd’hui, elle rappelle que le vaincu Netanyahou est à la merci du vainqueur, surtout pendant les négociations qui suivent le combat.

Avi Dichter, ancien directeur du Shabak, s’est lui-aussi lancé dans la course pour briguer la tête du parti. Il a annoncé qu’il prévoyait de se présenter à la direction du Likoud et plus tard au poste de Premier ministre : «J’ai l’intention de me présenter pour diriger le Likoud, et de là, de me présenter au poste de Premier ministre». Il en a profité pour critiquer Benjamin Netanyahou qui a manqué de fair play en ne consacrant que vingt-cinq minutes pour la passation du pouvoir à Naftali Bennett : «Il est très difficile de dire qu’une demi-heure de travail ensemble est suffisante, mais je laisse cela à Netanyahou et à Bennett». Effectivement, la démocratie a été malmenée par un mauvais perdant.

Netanyahou fait face à présent à une fronde de plusieurs membres du Likoud qui refusent d’organiser des primaires anticipées. Israël Katz, Haïm Katz, David Bitan et Yuli Edelstein, se sont opposés à lui. Israël Katz a déclaré à huis clos : «J’ai l’intention d’insister sur ce point, les primaires ne seront pas avancées. Nous ne nous engagerons pas dans des guerres civiles maintenant, les affaires au sein du Likoud attendront».

Le fidèle parmi les fidèles, Yuli Edelstein, ancien président de la Knesset, veut à présent défier Netanyahou pour le contrôle du Likoud. Il a déclaré à huis clos que «Netanyahou doit être remplacé». Il a pris langue avec des hauts militants du parti pour obtenir leur soutien. On avait parlé de lui comme candidat à la présidentielle, mais il avait jugé qu’il était encore trop jeune pour abandonner la politique active. Pour lui : «La tâche commune de nous tous est de contrecarrer le gouvernement qui s’appuie sur les voix du mouvement islamique».

Cette lutte pour le leadership crée ouvertement des dissensions au sein des militants ce qui fait désordre. Le ministre Katz a accusé Nir Barkat d’actions «subversives» contre Netanyahou. Rien de moins. Il a exprimé son indignation que l’ancien maire de Jérusalem convoque une conférence pour annoncer sa «vision» pour le pays. Le conflit a éclaté entre ces deux hauts responsables du parti qui se considèrent comme des successeurs potentiels du Premier ministre. Les grondements de mécontentement se sont intensifiés au Likoud mais certains restent encore réservés et préfèrent exprimer leurs opinions de manière anonyme dans la presse.

Il était prévisible que le départ de Netanyahou conduise à une guerre des chefs, une guerre qui n’a d’ailleurs jamais vraiment cessé en coulisses. Le Likoud risque de laisser voguer son navire sur la rive la plus droitière imposée par ses alliés extrémistes Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, en attendant qu’il sombre.

Les ténors de la droite vont désormais se disputer avec le risque de rendre leur formation rabougrie. Il faut une personnalité capable de rassembler à nouveau la droite pour que le Likoud revienne à ses valeurs d’origine, historiques et libérales, celles de Begin et de Shamir, sinon elle sera menacée de disparition comme la Droite en France.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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