Achrei Mot : À la vie, à la vie, Le’chaim !

« Appelez le prêtre ! » « Appelez le rabbin ! » « Où est l’aumônier ? » Les derniers rituels et le besoin d’avoir une figure religieuse aux côtés d’une personne mourante ou lors d’un enterrement, sont courants. Pourtant, lorsqu’il s’agit de la vie elle-même, les gens ne considèrent pas toujours la religion comme fortement associée à l’idée de vie.

La Torah dit dans la Paracha de cette semaine :

« Tu exécuteras mes ordres et tu respecteras mes lois. Je suis le Seigneur, ton Dieu. Tu respecteras Mes lois et Mes règles, l’homme doit les mettre en pratique et vivre selon elles. Je suis le Seigneur. »

Les rabbins (Talmud, Sanhedrin 74) déduisent de ces mots que lorsqu’il y a un conflit entre le respect des lois de la Torah et la vie elle-même – lorsqu’il y a une situation de danger de mort qui peut être évitée en violant un commandement de la Torah – on doit enfreindre le commandement pour sauver une vie. Il n’y a que trois exceptions à cela : l’assassinat, l’adultère et l’adoration des idoles. 

En dehors de ces cas, la vie a toujours la priorité.

Si cela peut nous sembler évident, ça ne l’était pas dans le passé. Au contraire, des Grecs aux Aztèques, la violence était toujours très liée à la religion, parfois même ordonnée. Le judaïsme est arrivé et a enseigné que la religion n’est pas là pour compromettre la santé, mais pour affirmer la vie et l’embellir. Ce n’est pas une coïncidence si la quintessence du toast et du souhait juif est « le’chaim – à la vie ! ». Ce toast, rendu célèbre par « Un violon sur le toit », illustre bien la valeur que le judaïsme accorde à la vie. En fait, lorsqu’il y a une situation de conflit entre le respect des lois du judaïsme et la vie, choisir la vie n’est pas une dispense, c’est une obligation. Moïse Maimonides (1138-1204), le célèbre rabbin, philosophe et médecin médiéval, l’explique clairement dans son code de la loi juive :

« Comme tous les autres commandements, le Chabbat est annulé si une vie est en danger. Ainsi, nous exécutons tous les besoins d’un malade en danger de mort selon la parole d’un médecin expert en ce lieu le Chabbat… Il ne faut pas remettre à plus tard la profanation du Chabbat pour soigner un malade grave, comme il est écrit : « Si un homme obéit aux lois, il vivra par elles » (Lévitique 18:5), mais il ne doit pas en mourir. On peut en déduire que les lois de la Torah ne sont pas destinées à exercer une vengeance sur le monde, mais à lui accorder la miséricorde, la bonté et la paix…« .

(Mishneh Torah, les lois du Chabbat, chapitre 2)

Le judaïsme est une religion d’affirmation de la vie. La poursuite de la vie n’est pas seulement une nécessité en cas de besoin ; c’est la chose la plus importante que nous puissions faire à ce moment. Cela explique également l’estime et la considération exceptionnellement élevées que le judaïsme porte aux médecins. Le judaïsme interdit de vivre dans une ville où aucun médecin ne réside (Talmud, Sanhedrin 17b) et oblige les décisions rabbiniques à prendre en considération toutes les recommandations médicales avant de prendre des décisions.

Le grand commentateur, Rabbi Joseph Bekhor Shor d’Orléans (12e siècle), remarque dans le Chumash (5 livres de la Torah), que la valeur de la vie n’est pas quelque chose qui se limite à un endroit ou à un autre. De nombreux commandements du judaïsme sont destinés à améliorer la vie, à l’affirmer et à faire en sorte que nous ayons une vie plus saine, plus heureuse et plus prospère. Contrairement aux lois et aux pratiques qui étaient courantes dans les religions polythéistes et idolâtres, le judaïsme est une religion qui soutient la vie, valorise l’ordre, le bien-être et le succès, et sanctifie chaque souffle.

Pourquoi est-ce si important ? Pourquoi maintenant ?

La Paracha commence par les mots : « L’Éternel parla à Moïse après la mort des deux fils d’Aaron, lorsqu’ils s’approchèrent de l’Éternel et qu’ils moururent. Et l’Éternel dit à Moïse : Parle à ton frère Aaron, pour qu’il n’entre pas dans le Sanctuaire (Kodesh) au-delà du rideau de séparation (Parokhet), devant le revêtement qui est sur l’arche, afin qu’il ne meure pas, car j’apparais au-dessus du revêtement de l’arche dans une nuée« . (Vayikra, 16)

Toute notre Paracha est nommée d’après ces terribles mots “Achrei Mot » après la mort des fils d’Aaron. C’est dans des moments comme celui-ci que quelqu’un peut tenter de glorifier le martyre, d’objectifier la mort et de mépriser la valeur de la vie. C’est pourquoi il est si pertinent que la Torah nous enseigne la valeur de vivre, de suivre ses lois et d’améliorer nos vies dès maintenant.

Pourquoi alors la Torah fait-elle référence à la mort des fils d’Aaron ? Rachi cite un enseignement qui utilise – vous avez deviné – une référence à un médecin, pour expliquer cela :

Qu’est-ce que cela nous apprend [lorsqu’il est précisé « après la mort des deux fils d’Aaron »]? Rabbi Eleazar ben Azariah illustre [la réponse] par la parabole d’un patient qu’un médecin vient visiter. Le médecin lui dit : « Ne mange pas d’aliments froids et ne t’allonge pas dans un endroit froid et humide ». Puis, un autre médecin lui rendit visite et lui conseilla : « Ne mange pas d’aliments froids et ne t’allonge pas dans un endroit froid et humide, afin que tu ne meures pas comme un autre est mort ». Celui-ci a averti ce patient plus efficacement que le premier. C’est pourquoi les Écrits disent : « après la mort des deux fils d’Aaron » [c’est-à-dire que Dieu a effectivement dit à Aaron : « N’entre pas dans le Sanctuaire d’une manière interdite, afin que tu ne meures pas comme tes fils sont morts »] – [Rachi citant Torath Kohanim 16:3].

La mort des fils d’Aaron n’est en aucun cas considérée comme vertueuse ou attrayante ; elle doit servir de moyen de dissuasion. Dieu est le médecin, il nous incite à choisir la vie.

La mort, en particulier celle de personnes célèbres ou religieuses, peut être glorifiée ou faire l’objet d’imitations. Le martyre et la souffrance peuvent soudainement être considérés comme désirables et sanctifiés. La Torah introduit la Paracha par les mots « après la mort » – Acharei Mot – des deux fils d’Aaron, risquant ainsi la possibilité que la mort soit prise à la légère. Pour contrer cette implication, nous sommes encouragés à vivre selon les mitzvot-ve’ chay ba’hem – choisir la vie ! Le’chayim ! A la vie ! 

à propos de l'auteur
Le rabbin Elchanan Poupko est rabbin, écrivain, enseignant et blogueur (www.rabbi poupko.com). Il est le président d'EITAN-The American Israel Jewish Network. Il est membre du comité exécutif du Conseil rabbinique d'Amérique.
Comments