Accords préférentiels

Vue générale de la salle de réunion du Parlement israélien à Jérusalem le 12 juin 2019. Photo : Yonatan Sindel / Flash90
Vue générale de la salle de réunion du Parlement israélien à Jérusalem le 12 juin 2019. Photo : Yonatan Sindel / Flash90

Accords préférentiels ou eskemei meoudafim en hébreu. Sous ce nom, deux listes de candidats à la Knesset s’allient pour ne pas perdre les voix non utilisées.

On commence par diviser le total de suffrages exprimés par 120 (le nombre de mandats à pourvoir) en prenant en compte les seules listes ayant dépassé le seuil électoral (3,25 % correspondant à 4 sièges). Les voix restantes sont attribuées à celle des deux listes alliées possédant le plus grand nombre de bulletins non utilisés.

Cette méthode (dite de Hondt ou de Jefferson dans la science politique) peut permettre à un parti de gagner un siège, – ce qui représente un avantage non négligeable dans un système où l’existence d’un gouvernement se joue parfois à une voix près. Cet exercice d’arithmétique permet de présenter ces accords comme techniques, ce qui est vrai, mais ces arrangements ont toujours une dimension politique. Les partis s’allient avec ceux de leurs concurrents les plus proches sur le plan idéologique.

Pour l’élection du 17 septembre, un accord a été signé entre le Likoud et Yemina (A droite, le parti d’Ayelet Shaked). La liste Avoda-Gesher d’Amir Peretz et d’Orly Lévy-Abécassis s’est accordée avec le Camp Démocratique (Ha Mahané ha Démocrati co-dirigé par Nitzan Horowitz et Stav Shafir sous l’égide d’Ehoud Barak). Et les deux partis ultra-orthodoxes, Yaadout ha Thora (Ashkénazes) et Shas (Séfarades), ont renouvelé un accord devenu habituel. Jusqu’ici, rien que de très normal.

La surprise est venue une fois de plus d’Avigdor Liberman. Son parti, Israel Beitenou, qui a le vent en poupe dans les sondages, a signé avec le Parti Bleu-Blanc (Kahol-Lavan dirigé par Benny Gantz et Yaïr Lapid). Un parti très à droite a ainsi choisi de privilégier un parti du centre, et certainement pas pour des raisons techniques. D’ailleurs, Avigdor Liberman l’a bien dit : il envisage aujourd’hui de participer à un gouvernement d’Union nationale dont seuls les partis ultra-orthodoxes seraient exclus (ainsi que les partis arabes, cela va sans dire pour ce vieux routier de la droite nationaliste et raciste).

Compte-tenu de son hostilité à Binyamin Netanyahou, encore plus vive que celle de certains dirigeants de Kahol-Lavan (Moshé Yaalon par exemple), il ne faut pas être grand clerc pour deviner la forme que prendrait cette union nationale. En alliant le Likoud, Kahol-Lavan et Israel Beitenou, ce gouvernement disposerait déjà d’une bonne soixantaine de sièges.

D’autres partis actuellement dans l’opposition pourraient s’y joindre. Tout cela, à la barbe du Premier ministre sortant. D’ailleurs, Binyamin Netanyahou semble inquiet. Il n’est pas le seul : les blocs en présence restent stables (avec un net avantage pour la droite), et la compétition se déroule au sein de chaque camp. D’où les coups bas, les mensonges, les haines recuites et les angoisses. Avigdor Liberman, lui, s’amuse beaucoup.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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