Accords d’Abraham : un bilan encourageant mais mitigé

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale des Émirats arabes unis Abdullah bin Zayed Al Nahyan et Abdullatif bin Rashid Al-Zayani, ministre des Affaires étrangères de Bahreïn assistantt à la cérémonie de signature des accords d'Abraham à la Maison Blanche À Washington, États-Unis, le 15 septembre 2020. Photo d'Avi Ohayon/GPO
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale des Émirats arabes unis Abdullah bin Zayed Al Nahyan et Abdullatif bin Rashid Al-Zayani, ministre des Affaires étrangères de Bahreïn assistantt à la cérémonie de signature des accords d'Abraham à la Maison Blanche À Washington, États-Unis, le 15 septembre 2020. Photo d'Avi Ohayon/GPO

Les Accords d’Abraham signés le 15 septembre 2020 par Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn, avaient ouvert une nouvelle ère dans les relations israélo-arabes.

Deux ans après, les échanges économiques ne sont pas à la hauteur des espérances ; si le commerce a bien décollé, il est peu diversifié et les flux de capitaux restent modestes.

Ces derniers jours, les célébrations se sont succédés pour marquer la signature des accords d’Abraham sur la pelouse de la Maison Blanche il y a deux ans ; il ne s’agit pas de remettre en cause l’enthousiasme des partenaires israéliens et émiratis qui ont célébrés les deux ans de leurs relations.

En revanche, ces accords historiques laissaient présager d’importantes retombées économiques pour les nouveaux partenaires ; or deux ans plus tard, les résultats ne sont pas encore au rendez-vous.

Certes, les échanges commerciaux ont pris leur envol ; parti de presque rien, le commerce bilatéral a totalisé 1,4 milliard de dollars au cours des sept premiers mois de 2022, soit davantage que les échanges de toute l’année 2021 (1,2 milliard de dollars).

Le tourisme aussi a décollé : environ un demi-million d’Israéliens ont visité les EAU, en qualité de touristes ou hommes d’affaires.

Mais les apparences sont parfois trompeuses : il y a davantage de relations d’Israël en direction des émirats que dans l’autre sens. Israël propose sa technologie et les émirats leur argent, d’où des frictions naturelles qui prennent du temps à s’estomper.

Les diamants d’abord

Le succès du commerce extérieur entre deux pays ne se mesure pas seulement à l’ampleur des échanges, mais aussi à leur diversité ; et c’est là que le bât blesse.

A y voir de plus près, les échanges commerciaux entre Israël et les Emirats, aussi importants soient-ils, se résument à un produit principal : le diamant qui représente à lui seul plus de la moitié des échanges bilatéraux.

Selon les chiffres du commerce extérieur publiés par le Bureau israélien de la Statistique, Israël achète aux EAU des diamants bruts qui représentent 55% des importations israéliennes en provenance des émirats : le reste des approvisionnements d’Israël auprès des émirats concerne des matières premières, comme plastique et métaux.

Une fois polis dans les ateliers israéliens, les diamants sont réexportés vers les EAU ; en fait, 75% des fournitures israéliennes aux émirats sont constitués de diamants polis, ce qui laisse peu de place aux autres produits qui font la renommée d’Israël, notamment la haute technologie.

L’argent après

Si le commerce bilatéral reste prometteur, les investisseurs du Golfe se font attendre en Israël ; les dirigeants de Jérusalem ont laissé entendre que l’argent arabe va affluer en Israël, ce qui n’est pas vraiment le cas.

« Les affaires, c’est les affaires » dit un dicton bien connu ; mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Les relations de confiance sont longues à tisser et les différences culturelles difficiles à surmonter.

Les débuts avaient été prometteurs : le fonds souverain Mubadala des EAU a bien pris une participation dans le champ gazier de Tamar, au large des côtes israéliennes. Mais ensuite, les investissements émiratis ont fait du surplace.

Autre déception : le fonds d’investissement commun Israël-EAU prévu par les accords d’Abraham (10 milliards de dollars) n’a pas encore commencé à agir, notamment en raison de l’instabilité politique qui règne en Israël depuis deux ans.

Sans compter qu’il existe aussi des divergences sur les secteurs d’investissement ; les dirigeants d’Abu Dhabi préfèrent investir dans les infrastructures (énergie, ports, dessalement) et alors qu’à Jérusalem, on aurait préféré voir l’argent s’investir dans la technologie.

Il faut se rendre à l’évidence : deux ans après la signature des accords d’Abraham, le tourisme et le commerce ont décollé mais les investissements restent décevants. Reste qu’un autre acteur régional pourrait bouleverser la donne : l’Arabie Saoudite…

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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