Abu Dhabi se pose en champion de la « tolérance » avec la visite du Pape

La visite du pape François à Abu Dhabi montre un changement dans les relations des pays du Golfe et plus spécialement les Émirats Arabes Unis avec l’Occident.

Le Pape François est arrivé dimanche 3 février à Abu Dhabi pour une visite de trois jours.

Ce voyage a été l’occasion pour Abu Dhabi d’organiser conjointement avec le « Conseil Musulman des Sages » présidé par le cheikh Ahmed Al Tayeb, recteur et grand iman de l’université Al Azhar du Caire (Égypte) une conférence mondiale sur la fraternité humaine avec plus de 700 responsables religieux venus du monde entier.

Le pape François est ainsi devenu le premier chef de l’Église catholique à fouler le sol de la péninsule Arabique, berceau de l’islam.

Il est à noter qu’environ un million de catholiques, des travailleurs asiatiques pour la plupart, vivent aux Émirats, pays dont la population est composée à plus de 85 % d’expatriés, qui peuvent pratiquer leur religion dans huit églises.

Les rencontres politiques

Lors de ce voyage, le Pape qui est aussi chef d’État a rencontré leprince héritier d’Abu Dhabi, Mohammed ben Zayed al-Nahyane, homme fort des Émirats. Pas grand-chose à filtré de la discussion entre ces deux hommes mais les cadeaux échangés montrent une volonté de dialogue et d’ouverture entre les deux représentants. Ainsi, le pape François a remis à son hôte un médaillon encadré représentant la rencontre en 1219, durant les croisades, entre Saint François d’Assise et le sultan Malek al-Kamel en Égypte, un jalon vieux de 800 ans du dialogue entre musulmans et catholiques.

De son côté, le prince héritier a remis au pape l’acte notarié, daté de 1963, offrant une terre pour la construction de la première église des Émirats

La Conférence mondiale sur la fraternité humaine

Le lundi 4 février, plus de 700 responsables religieux étaient invités à cette conférence. C’est la première fois qu’un pays du Golfe organise un tel rassemblement.

Toute cette journée, le pape François, vêtu de blanc, et le grand imam sunnite de l’institut égyptien Al-Azhar, cheikh Ahmed al-Tayeb, en noir, s’étaient montrés ensemble fraternellement, côte à côte devant la grande mosquée Zayed – l’une des plus grandes du monde.

Lors de cette conférence, le pape a encouragé les Émirats à
«  poursuivre son chemin  » garantissant la liberté de culte, évoquant
«  un carrefour entre Occident et Orient  ».

A l’issue de cette conférence, le pape François a signé avec Ahmed al Tayeb,une déclaration commune historique  qui souligne notamment que «La liberté est un droit de toute personne : chacune jouit de la liberté de croyance, de pensée, d’expression et d’action ».

Ce texte affirme « le concept de citoyenneté se base sur l’égalité des droits et des devoirs à l’ombre de laquelle tous jouissent de la justice ».

Ce même texte indique qu’« il est nécessaire de s’engager à établir dans nos sociétés le concept de la pleine citoyenneté et à renoncer à l’usage discriminatoire du terme minorités, qui porte avec lui les germes du sentiment d’isolement et de l’infériorité ; il prépare le terrain aux hostilités et à la discorde et prive certains citoyens des conquêtes et des droits religieux et civils, en les discriminant »,

 Ce document « constitue une étape de la plus grande importance dans le dialogue entre chrétiens et musulmans, un signe puissant de paix et d’espérance pour l’avenir de l’humanité »,a souligné le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, selon qui ce texte, « courageux et prophétique »,« aborde, en les appelant par leur nom, les thèmes les plus urgents de notre temps au sujet desquels ceux qui croient en Dieu sont exhortés à interroger leur conscience et à assumer avec confiance et détermination leur propre responsabilité pour construire un monde plus juste et solidaire »

Une messe célébrée devant 150 000 personnes

Le mardi 5 février le pape a célébré une messe devant environ 150 000 personnes. Tôt le matin plus de 2 000 bus avaient transporté gratuitement des fidèles de tout le pays jusqu’à Abou Dhabi.

Les Émirats face à l’extrémisme

Les Émirats ont une tolérance zéro face à l’extrémisme religieux. Il est à noter qu’en 2004, les Émirats avaient rejoint la coalition internationale anti-djihadistes en Syrie et avaient interdit plus de 80 groupes extrémistes qualifiés de « terroristes »

Eric Gozlan

à propos de l'auteur
Éric Gozlan est né en 1964. Il a vécu une grande partie de sa vie en Israël au kibboutz et a servi dans une unité combattante de Tsahal pendant la première guerre du Liban et la première Intifada. Il étudie l’économie en Israël. De retour en France, il est reçu au troisième concours de l'École Nationale de la Magistrature et a travaillé de nombreuses années dans le milieu bancaire et au Conseil de l’Europe. En dehors de son parcours professionnel, Éric a toujours été intéressé par le social et les relations interreligieuses. Il pense qu’il est possible d’arriver à la paix par la religion (puisque les guerres partent souvent de celle-ci). C’est pour cette raison qu’il s’emploie en France à travailler sur le dialogue interreligieux et ce notamment avec l’Imam Chalghoumi Il a été nommé il y a peu par le roi des Roms ambassadeur de sa cause pour la France et a reçu la médaille de la paix en Roumanie. Éric est souvent invité à des congrès pour la paix pour donner son expertise sur certains problèmes Il a participé à deux nombreux colloques sur la paix et le dialogue inter religieux en Corée, Russie, Etats-Unis, Bahreïn, Belgique, Angleterre, Italie, Roumanie… Il est Directeur exécutif de l’Union des Peuples pour la Paix Eric Gozlan écrit dans plusieurs revues dont le Nouvel Observateur en France, Times of Israël en Israël et a publié dernièrement, suite à une demande du Vatican, une étude sur l’apostasie dans le Judaïsme
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