A qui profite le Covid en Israël ?

© Stocklib / Janusz Pie?kowski
© Stocklib / Janusz Pie?kowski

Tous les Israéliens ne garderont pas forcément un mauvais souvenir de la pandémie ; comme dans toute crise, le Covid-19 aussi a fait des perdants comme des gagnants.

Certes, la crise sanitaire a aggravé les inégalités et accentué la pauvreté ; en revanche, de nombreux Israéliens ont tiré profit de la crise en améliorant leur sort, voire en s’enrichissant.

Tour d’horizon des 10 principaux gagnants de la crise des douze derniers mois en Israël.

  1. Les Israéliens les plus riches : si de nombreux Israéliens ont perdu leur emploi et se sont appauvris, les plus riches ont tiré leur épingle du jeu.

Les 157 290 millionnaires recensés en 2020 en Israël ont vu leur patrimoine resté stable, voir s’accroître. Même situation pour les 10 milliardaires israéliens : pour la plupart d’entre eux, la crise du Covid fut l’occasion de s’enrichir davantage.

Ce fut le cas de la femme d’affaires Sherry Harrison, actionnaire principale de la banque Hapoalim ; celle-ci a réalisé en 2020 un bénéfice exceptionnel de 2,1 milliards de shekels, soit 14% de plus qu’en 2019.

Période faste aussi pour un autre homme d’affaires milliardaire israélien Idan Ofer : la compagnie maritime Zim qu’il contrôle a vu sa valeur boursière bondir de 1,5 milliard de dollars à 2,9 milliards entre janvier et mars 2021, soit +93%.

  1. Les promoteurs immobiliers : en 2020, les ventes de logements neufs ont explosé, battant tous les précédents records.

En pleine année de confinement, les Israéliens se sont rués sur le marché de l’immobilier, même à distance : ils ont acheté 39.400 logements neufs en 2020, contre 33.400 en 2019 et 22.700 en 2018.

Indirectement, les banques hypothécaires ont aussi profité de ce boom immobilier : pour financer leur logement, les Israéliens ont contracté des crédits immobiliers pour un montant de 78 milliards de shekels, record de tous les temps.

  1. Les fabricants d’agroalimentaire : dès le premier confinement, les Israéliens se sont rués sur les supermarchés restés ouverts et ont stocké des produits alimentaires.

Entre février 2020 et février 2021, les ventes de produits alimentaires ont bondi de 8,4%. Et encore, ce chiffre n’est qu’une moyenne : en mars 2020, premier mois de la pandémie, les ventes d’alimentation ont fait un bond de 40%.

Tous les producteurs israéliens ont profité de l’engouement des Israéliens pour les produits alimentaires, frais ou industriels, pour améliorer leurs marges : Tnouva, Strauss, Unilever, Coca-Cola, Osem, etc.

  1. Les startups israéliennes : le secteur de la haute technologie a bien résisté à la pandémie et, dans certains domaines particuliers, les startups y ont même gagné.

En 2020, les startups ont réussi à lever environ 10 milliards de dollars d’investissement, soit davantage que les 8 milliards récoltés en 2019.

Les branches de la technologie israélienne qui ont particulièrement prospéré durant la pandémie sont la santé, la cybersécurité, le télétravail, les plateformes digitales, le paiement numérique, etc.

  1. Les diamantaires : la production de diamants taillés est une activité importante de l’industrie israélienne qui ne semble pas avoir souffert de la pandémie.

En 2020, les exportations de diamants taillés ont fait un bond de 24,7% par rapport à l’année précédente ; la bonne tenue de l’industrie du diamant a permis de « sauver » les exportations israéliennes et d’atténuer la baisse du produit national.

  1. Le secteur de la santé : après des années de sous-investissement public dans la santé, la pandémie a permis d’inverser la tendance.

En 2020, l’Etat a injecté environ 22 milliards de shekels dans le secteur de la santé ; il s’agit d’une aide exceptionnelle pour faire face à la pandémie (matériel, personnel, vaccins, etc.) et pour soulager le budget déficitaire des hôpitaux publics.

Le secteur pharmaceutique aussi a été un des gagnants de la crise sanitaire : en 2020, les ventes de médicaments, masques chirurgicaux et autres accessoires médicaux ont connu une croissance exceptionnelle.

  1. Les hôtels de confinement : si le tourisme local et étranger a plongé en 2020, les hôtels réquisitionnés par l’Etat pour servir de lieux de confinement sont parvenus à résister à la crise.

Au plus fort de la pandémie, le gouvernement israélien a passé des accords avec des hôtels dédiés au confinement contre le Covid ; au total, cinq d’hôtels répartis entre Jérusalem et Tel Aviv ont reçu près d’un demi-milliard de shekels de l’Etat pour se transformer en centres de confinement.

8. Les entreprises de livraison : confinement oblige, les achats à distance ont remplacé la consommation sur place, permettant aux entreprises de livraisons à domicile de tenir bon, voire de prospérer.

Tout au long de la pandémie, le commerce électronique a connu une forte progression ; de nombreux commerces (notamment dans la restauration) se sont reconvertis temporairement à la livraison à domicile, avant de revenir à leur activité habituelle à la sortie du confinement.

Le boom des activités de commandes en ligne et livraisons à domicile a accéléré la concurrence : celle-ci s’est intensifiée entre des sociétés israéliennes de take-away (comme 10bis) et des multinationales (comme Wolt), pour le plus grand bien du consommateur.

  1. Les travailleurs au noir : l’envolée du chômage a conduit de nombreux Israéliens à effectuer des travaux non déclarés pour ne pas perdre leur droit aux prestations sociales.

C’est ainsi que la fraude à la Sécurité sociale a fait un bond en avant : beaucoup de salariés « en congé sans solde » sont devenus de « faux chômeurs » qui continuent de travailler tout en percevant les allocations de chômage.

Même situation pour certains indépendants : contraints de fermer boutique, ils ont continué d’offrir leurs services au noir, rémunérés en espèces et sans facture.

  1. Les services publics : la pandémie fut l’occasion idéale pour les services publics d’accélérer le processus de transformation vers la digitalisation.

Parmi les services publics qui se sont dématérialisés le plus efficacement, on remarquera notamment : le Service de l’Emploi, les Impôts, la Sécurité sociale, la Poste, etc.

Nul doute que l’Administration en ligne survivra à la crise sanitaire, pour le plus grand profit des usagers et contribuables.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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