À Or Shalom de Montréal, la Mimouna réconcilie mémoire marocaine et citoyenneté québécoise
La soirée de Mimouna organisée à la synagogue Or Shalom ne fut pas un simple rendez‑vous du calendrier communautaire. Elle s’est imposée comme un point de ralliement, là où une communauté sépharade, une mémoire marocaine et un territoire montréalais ont convergé dans un même espace, pour faire de la fin de Pessah autre chose qu’une clôture rituelle : une démonstration lumineuse de ce que peut être, concrètement, le vivre‑ensemble inspiré du modèle marocain.
En un temps où beaucoup de fêtes religieuses se replient sur l’entre‑soi, cette Mimouna‑là a ouvert une brèche.
Le politique, le communautaire, le religieux et le civique se sont reconnus mutuellement, sans s’effacer.
Ce soir‑là, en franchissant le seuil d’Or Shalom, on entrait dans un morceau de Maroc transporté à Dollard‑des‑Ormeaux.
Les senteurs sucrées de la moufleta, l’humeur joyeuse des enfants, la chaleur de la musique andalouse composaient le paysage sensoriel qui prouvait, une fois de plus, la vivacité de notre héritage judéo‑marocain.
La communauté juive marocaine du Québec confirmait ainsi que son engagement ne se résume pas à des slogans identitaires : il se lit dans la capacité à transmettre une pratique d’ouverture, de parents à enfants, de générations en générations, en la replaçant au cœur du tissu social local. Et, au‑delà de l’atmosphère bon-enfant, c’est la composition de l’assemblée qui donnait à cette soirée sa force singulière.
La présence du député de Nelligan, Monsef Derraji, venu célébrer « avec la merveilleuse communauté marocaine de l’Ouest‑de‑l’Île », ancrée dans la synagogue sépharade de son quartier, déplaçait le centre de gravité de la représentation politique vers un espace où la mémoire migrante et la vie civique se rencontrent à hauteur d’hommes. À ses côtés, la participation d’élus municipaux montrait que les institutions de proximité reconnaissent explicitement l’apport culturel et religieux, mais également éducatif, d’Or Shalom. Rassemblés autour de la bonne vivance, ces représentants publics n’étaient plus seulement des figures officielles : ils acceptaient de se placer, le temps d’une soirée, dans la position d’invités d’une communauté qui, en ouvrant ses portes, élargit la définition de ce que signifie « faire partie » du tissu social moderne inclusif.
Dans ce contexte, la participation politique ne doit pas être interprétée comme un simple « acte de présence ».
Le choix d’être là, de s’associer publiquement à une fête religieuse marquant la fin de Pessah et portée par une synagogue sépharade, revenait à assumer, de manière explicite, qu’un héritage marocain – juif, musulman, diasporique, nord‑africain – contribue à façonner l’identité collective du Québec. On ne se contente pas de tolérer les différences, mais les reconnaît comme des forces positives, capables de nourrir l’imaginaire commun.
Dans une époque saturée de discours sur le manque de communication interculturelle et interreligieuse, cette soirée constituait, par son déroulement même, une contre‑proposition pratique : ce n’est pas seulement par des panels, traités ou des lois que l’on apprend à se parler, mais autour d’une table, d’un chant, d’un rite partagé.
Rien de cela, cependant, ne serait possible sans le travail patient, souvent invisible, de la direction et des bénévoles d’Or Shalom.
La synagogue, seule synagogue francophone et sépharade, et décrite à juste titre comme l’une des plus belles de l’Ouest‑de‑l’Île, porte la responsabilité de maintenir une vie religieuse, sociale et éducative cohérente avec les besoins d’une communauté en transformation. Or Shalom doit se battre à la fois pour sa pérennité matérielle et pour la continuité d’une mémoire sépharade qui refuse de se réduire à un folklore occasionnel.
Que la Mimouna et les hiloulot y restent des moments ouverts : il faut des gens qui téléphonent, organisent, décorent, cuisinent, accueillent, pour que le vivre‑ensemble prenne la forme d’une évidence.
C’est précisément parce que le débat public se crispe régulièrement autour des questions d’identité, de laïcité et de religion que l’image de cette Mimouna mérite d’être soulignée et encensée. Et, ce lieu soutenu.

