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À la Philharmonie de Paris, c’est Mahler et Gershwin qu’on assassine

Des manifestants interrompent un concert donné par l'Orchestre philharmonique d'Israël à Paris en allumant des fusées éclairantes dans le public, le 6 novembre 2025. (Capture d'écran : X, utilisée conformément à l'article 27a de la loi sur le droit d'auteur)
Des manifestants interrompent un concert donné par l'Orchestre philharmonique d'Israël à Paris en allumant des fusées éclairantes dans le public, le 6 novembre 2025. (Capture d'écran : X, utilisée conformément à l'article 27a de la loi sur le droit d'auteur)

Le symbole est puissant. Il résume tout. Des brutes épaisses ont troublé l’harmonie la plus fine. La musique douce contre le bruit des cris et la fureur des engins incendiaires. L’ignorance contemporaine contre la culture intemporelle. L’Orchestre Philharmonique d’Israël, créé par des musiciens fuyant le nazisme, a précédé l’État du même nom. Composé de Juifs mais aussi d’Arabes et de Druzes, il incarne depuis 1936 l’excellence et nombre de ses chefs, comme Daniel Barenboim, sont les symboles du pacifisme et de la prise de distance artistique avec un gouvernement pragmatique. L’auteur de ces lignes, ses lecteurs le savent, combat ce Grand Mensonge qui nazifie l’État pogromisé depuis le 8 octobre 2023 au matin.

Dans Le Figaro Magazine de cette semaine, le grand essayiste britannique Douglas Murray explique de manière argumentée « qu’il n’a jamais vu aucun pays faire l’objet d’autant de mensonges qu’Israël ». Mais si, par hypothèse absurde, l’État juif était coupable de tous les péchés d’Israël, l’Orchestre Philharmonique n’en serait pas responsable. Notre imagination est impuissante à décrire la réaction médiatique si, par hypothèse hardie, un commando de Français fanatiques s’en était pris à un concert algérien, jusqu’à déclencher un début d’incendie, pour protester contre le sort d’un écrivain français otage de l’Algérie.

Dès lors, tentons, avec l’énergie intense d’un désespoir immense, de tirer les leçons de cette dernière infamie. Derrière ce dernier avatar de l’antisionisme balourd se dissimule à peine l’antisémitisme de toujours. À la manœuvre, un syndicat islamo-communiste CGT, dont certains de ses membres ont été condamnés pour apologie du terrorisme islamiste palestinien. L’un de ses cadres cheminots, soutenu par la dame Binet, est poursuivi pour avoir demandé au Juif Zemmour si son train partait bien pour Auschwitz. Une déléguée syndicale cégétiste nordiste est poursuivie pour avoir participé à une manifestation antisioniste non loin de l’entreprise qui l’emploie sous l’effrayant prétexte que ses employeurs, juifs, possèdent des biens en Israël. Ce syndicat est devenu la courroie de transmission d’un Parti Antisémite qu’il n’est pas défendu de désigner ainsi.

Une députée insoumise, Manon Aubry, a refusé de condamner des brutes infâmes qui ont mis en danger par le feu et la haine un public pacifique et mélomane. Un autre, Thomas Portes, présent non loin de Gaza avec des membres d’une organisation extrémiste quelques jours avant le 7 octobre, s’est félicité d’une agression contre un orchestre « qui allait dans le sens de l’histoire ». Une troisième, Sophia Chikirou, fort proche de M. Mélenchon, s’est rendue, évidemment ceinte de son auguste écharpe républicaine, au commissariat où se trouvaient les délinquants (dont un fiché S) pour non seulement leur apporter son soutien mais même les plaindre des mauvais traitements dont ils auraient pâti. Et une quatrième, Rima Hassan, complimente sur X de glorieux résistants, évidemment.

Il ne fait aucun doute que si un parti d’extrême droite se livrait à une telle apologie de la violence raciste, quand ce n’est pas du terrorisme, la question de sa dissolution ou de son interdiction serait posée. S’agissant d’un parti d’extrême gauche – que l’audiovisuel public répugne toujours à localiser ainsi – la question n’est pas posée. Seuls désormais les daltoniens ne peuvent y percevoir un privilège rouge. Mais il n’y a pas, loin de là, que la haine d’Israël et des Juifs. Puisse cette première semaine de novembre nous permettre de mesurer la folie du temps mauvais. Dans une île d’Oléron, symbole de quiétude, un français de souche a utilisé l’Islam conquérant pour cracher sa haine du vieux peuple dont il émane. Il a à la fois reconnu sa conversion à la nouvelle religion mais aussi confessé qu’il voulait tuer les siens.

À trois jours d’un jour terrible, c’est ce masochisme occidental et blanc dont il faut prendre la démesure haineuse si l’on veut se donner la moindre chance d’en guérir. La détestation d’Israël et de la France sont les deux faces de la même méchante pièce en train de rouler vers l’abîme. Dans une île, c’est la France que l’un de ses enfants perdus abîme. À Paris, c’est Mahler et Gershwin qu’on assassine.

Article paru sur Le Figaro le 10/11/25. Avec l’aimable autorisation de l’auteur.

à propos de l'auteur
Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain.
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