À Ajaccio : une motion qui percute l’amitié entre peuple juif et peuple corse

Sidérant. Et ce n’est pas une fake news. L’Assemblée de Corse a voté, le 27 juin 2025, une motion sur « L’État de Palestine » : un texte hors-sol, boursouflé et déconnecté de l’histoire et de la réalité du Moyen-Orient. Et qui, plus préoccupant, percute l’amitié séculaire entre peuple juif et peuple corse. Une fraternité largement documentée dans les médias insulaires et israéliens via des émissions de radio et de télévision, des articles dans la presse, des numéros spéciaux de revues culturelles, des éditions littéraires et des associations.
Pourtant, dans l’hémicycle d’Ajaccio, les conseillers insulaires, à « l’unanimité » – dit-on – moins la droite, ont voté un soutien au « peuple palestinien », réclamant la reconnaissance de « l’État de Palestine », exigeant sans craindre le ridicule :
… que les installations de l’OTAN en Corse et en Sardaigne ne soient pas utilisées à des fins d’interventions au Moyen-Orient.
Avec quand même en brêve insertion :
le droit d’Israël à exister dans la sécurité et la paix.
Sérieux ou dérisoire ?
Alors que l’avenir de la région est suspendu au plan de paix global de Donald Trump et aux risques de réactivation du programme nucléaire des mollahs de la République islamique d’Iran après une guerre de 12 jours Israël-Iran ? Pourquoi cette ahurissante motion ? À qui est-elle adressée quand elle parle de « génocide », une thématique surtout propagée par La France Insoumise ?
Selon Didier Meir Long, théologien, consultant en stratégies, éditeur, essayiste (La Fin des Juifs de France ? co-signé avec Dov Maïmon, aux éditions du Cherche-Midi, Paris, 2025), auteur de nombreux ouvrages dédiés aux Juifs de Corse :
Cette motion ne vaut rien et ne représente pas le peuple corse, qui a droit à sa propre existence au-delà de ces manipulations politiciennes et faussement identitaires.
Les Juifs de Corse estiment être pris pour cible par ce genre d’initiative irresponsable qui vise Israël et aussi les communautés juives de France.
Quand on y lit « génocide à Gaza », on reconnait l’élément de langage et la rhétorique de LFI. Ce texte rejoint le discours délirant de la propagande iranienne, diffusée dès octobre 2023 vers les mouvements étudiants en France et chez les satellites de LFI.
Ces élus signataires trahissent l’idéal de Pascal Paoli qui avait fait du peuple juif son modèle pour la libération du peuple corse !
Cette motion signifie un nationalisme dévoyé, qui confond l’intersectionnalité des luttes anti-coloniales avec le nationalisme de Paoli, qui lui, était fondé sur l’universalisme des Lumières, et non pas sur la mise en commun de tous les damnés de la Terre selon Karl Marx.
L’association Terra Eretz Corsica-Israël, présidée par Frédéric-Joseph Bianchi, annonce qu’elle va saisir le justice, car l’Assemblée de Corse n’a aucune compétence diplomatique, et plus grave, la motion reprend le terme contestable de « génocide à Gaza » :
Votée soi-disant « à l’unanimité » dans un hémicycle quasiment vide, cette motion, c’est la grenouille qui se veut plus grosse que le boeuf !
Qui donne des instructions à la France et à l’Italie. C’est ridicule et néfaste pour la Corse.
Alors qu’Israël, menacé dans son existence même, est en guerre sur plusieurs fronts, et que l’on assiste à une montée de l’antisémitisme en France et en Europe, nous rappelons que les Corses se sont régulièrement élevés contre l’antisémitisme, ont toujours soutenu le peuple juif et continueront à le faire.
Les Corses savent la valeur de l’attachement à une terre, et ils connaissent l’Histoire qui lie le peuple juif et le peuple corse. Ce n’est pas un soutien aveugle. C’est une position morale et historique, qui reconnaît à Israël, unique démocratie de la région, une légitimité historique et juridique.
À l’inverse, la reconnaissance précipitée d’un État palestinien en dehors d’un accord de paix global ne rend service ni à la paix, ni aux Palestiniens eux-mêmes, ni à la France.
Une motion déconnectée de l’actualité politique du Moyen-Orient ?
Comme si les terroristes palestiniens n’avaient pas, depuis des décennies, refusé en bloc la solution à deux États, refusé de reconnaître Israël en s’illusionnant, en se considérant comme les seuls propriétaires légitimes d’un territoire du « Jourdain à la mer » comme le proclamait la charte du Hamas.
Un peu d’histoire ? Selon l’historien Georges Bensoussan, interviewé par Alexandre Devecchio pour Figaro Vox :
On peut considérer, sans grand risque, que la solution à deux États paraît la moins mauvaise. Voire la plus logique. Voilà près de quatre- vingt-dix ans déjà qu’on le dit car, a contrario des idées reçues, la partie arabe a refusé depuis 1937, et à six reprises, le partage de la Palestine en deux États.
Refus du plan Peel en juillet 1937, du Livre blanc britannique de mai 1939, de la résolution 181 des Nations unies de 1947 préconisant le partage de la Palestine en deux États. Et trois « non » successifs à la proposition d’un État palestinien au côté d’ Israël, émise par les Premiers ministres israélien Ehud Barak en 2000 et 2001 et Ehud Olmert en 2007.
Tout se passe comme si accepter l’État palestinien revenait, de fait, à accepter le fait national israélien et c’est là que le bât blesse pour une grande part de l’opinion arabe qui ne souhaite qu’un seul État. Mais à la place d’Israël.
Le Hamas, toujours actif à Gaza :
- détourne l’aide humanitaire,
- se sert toujours des Gazaouis comme boucliers humains,
- brûle ses dernières cartouches,
- et tue encore des soldats israéliens avec des bombes artisanales posées sur leurs véhicules blindés.
Pourtant,cette formation, cataloguée comme terroriste, non démocratique, non élue, ultra violente et totalitaire, est quasiment neutralisée grâce à la riposte d’Israël aux atrocités épouvantables commises dans les villes et les kibboutz à proximité de Gaza.
Le monde entier sait tout de cette réalité filmée, documentée, analysée, prouvée… Mais absente de la motion corse grandiloquente. Pour se tenir informés, les signataires insulaires pourraient utilement consulter les médias internationaux, en un mot, suivre l’actualité.
Et enfin – mieux vaut tard que jamais – intégrer à leur réflexion ce qui constitue le modèle de base de gouvernance des pays musulmans aux frontières d’Israël :
- le terrorisme,
- la tyrannie,
- l’islamisme conquérant et absolutiste,
- les persécutions contre les Juifs et les Chrétiens d’Orient.
Couché, Louis François (1782-1849). Graveur. (Source : gallica.bnf.fr / BnF / libre d’utilisation)
Et aussi l’absence de libertés publiques et individuelles… Que la Corse prototype d’un État démocratique, avait institué sous le Généralat de Pasquale Paoli qui fit voter la première constitution du monde moderne en 1755 (Consulta di Corti).
Ils pourraient, comme beaucoup d’Occidentaux, admettre enfin que les mots « démocratie » et « république » changent de signification si on les prononce à Téhéran ou à Tel Aviv. Idem pour la notion centrale de citoyenneté octroyée aux communautés juives française puis européennes par l’Empereur Napoléon 1er (né à Ajaccio) avec sa séquence politique « Concordat, Grand Sanhédrin et Consistoire » suivie d’acquisition de la citoyenneté pour les communautés juives européennes.
Pourquoi réclamer un État imaginaire et un cessez-le feu, sans intégrer les fondamentaux complexes des pays du Moyen-Orient qui après les décolonisations se sont montrés incapables de pratiquer les us et coutumes des institutions démocratiques ?
Depuis le 7 octobre 2023, quel est le seul recours de l’armée israélienne ? Une large offensive stratégique de survie, englobant l’éradication des proxies pilotés par l’Iran :
- le Hamas toujours dangereux malgré un soi-disant « génocide »,
- au Sud-Liban le Hezbollah,
- en Syrie la mise hors service des stocks d’armes.
Lors de la récente guerre éclair de 12 jours Israël-Iran, des quartiers entiers ont été pulvérisés en Israël, avant les bombardements américains furtifs mais décisifs sur le nucléaire militaire des mollahs de la République Islamique d’Iran, dont le seul programme social et politique depuis 1979 a été la destruction d’Israël. Encore raté !
Dans le contexte du chaos et des victimes civiles lors des livraisons alimentaires à la population gazaouie, la motion corse serait inspirée par les justes préoccupations de « droit international humanitaire pour les populations ».
On s’interroge sur le bien-fondé de ce texte, mal rédigé et fourre-tout, qui exige « l’acheminement immédiat total et sécurisé de l’aide humanitaire à Gaza », alors que des millions de repas sont livrés puis détournés tous les jours par le Hamas sur cette enclave désormais détruite à 80 %. La population tente d’y survivre dans un champs de ruine.
Pourquoi pas une motion dédiée aux enfants d’Ukraine, du Soudan, d’Haïti ?
« Palestiniens », les Gazaouis ?
Ils sont en majorité des descendants des migrants venus à partir de 1920 du Liban, de Syrie, d’Égypte, attirés les opportunités économiques des premières entreprises juives, installées bien avant la fondation de l’État hébreu en 1948. Cela s’appelle le développement, et aujourd’hui, la Tech israélienne compte plus d’entreprise et de start-ups côtées valorisées que toute l’Europe réunie…
Pour info et concernant les liens entre la guerre contre l’islamisme et les innovations de la cybersécurité, notons que l’entreprise israélienne Wiz, spécialisée dans la protection des données informatiques, a été rachetée par Google (Alphabet – maison mère) pour un montant astronomique de 32 milliards de dollars.
On est extrêmement loin des réalisations des populations de Gaza et de Cisjordanie : ci-gît un désastre social et politique (tel qu’il a été conçu par le Hamas !), dont 500 kilomètres de tunnels et de rampes de lancements de missiles. Il faut vraiment ignorer ces réalités locales pour relancer, depuis Ajaccio, cette idée farfelue d’un « État de Palestine ».
Un « État de Palestine » ? Mais où ? Quand ? Comment ? Et avec quels dirigeants ?
Même abondée par les exponentielles subventions internationales déversés à Gaza, la haine n’a jamais permis de construire un pays… Du Liban jusqu’à la Syrie, la déstabilisation gravissime rend improbable un état palestinien viable… Voire une démocratie.
La motion corse occulte la réalité politique locale, en oubliant que la Cisjordanie a déjà existé en tant qu’État souverain… Sans parvenir à fonctionner autrement que via une corruption généralisée comme un cancer.
Le journaliste Eden Levi Campana, indigné, évoque dans le média IsraJ :
Une farce institutionnelle, une faute politique, historique et morale.
Son diagnostic sur l’état actuel de l’île est particulièrement sévère pour une gouvernance corse qui prétend donner une leçon de diplomatie sur la scène internationale :
Les enfants du riacquistu, la reconquête identitaire en Corse, n’imaginaient pas cela.
Pas cette parodie d’autorité, pas cette mascarade de diplomatie régionale où l’on croit que brandir la Palestine suffira à faire oublier l’agonie de l’île.
Pas ce simulacre de grandeur, où la Corse, naufragée silencieuse de la République, tente de se hisser au balcon du Monde en sacrifiant la vérité sur l’autel d’une idéologie nauséabonde.
Israël devient le miroir sur lequel on projette ses propres faillites. La Corse s’y essaie, étranglée par une dette de 540 millions d’euros, un déficit opérationnel masqué par des artifices comptables.
Mais plutôt que d’interroger ses choix, d’affronter le réel, de réformer ce qui peut encore l’être, l’Assemblée brandit une cause aussi noble qu’abstraite. Elle en fait une arme rhétorique. Une illusion. Un arbre. Car la forêt, elle, brûle.
Réactions politiques en Corse ?
🔴 Dopu à dui ghjorni spaventosi à cuntà i morti, à cuntà e donne, l'omi è i zitelli intrappulati da l'islamisti di u Hamas, chì u populu d'Israele sia assicuratu ch'in Corsica sò numarosi à pregà per ellu è à sustene u so dirittu sacru à difende a so libertà è a so esistenza. pic.twitter.com/SIDi0GAela
— Palatinu (@PalatinuAssociu) October 9, 2023
Sur X « Un énième acte de soumission et d’adhésion à l’islamo-gauchisme qui sévit en Europe » selon Nicolas Battini, fondateur du parti politique Mossa Palatina :
De nombreux Corses entretiennent des liens étroits avec la seule démocratie du Moyen-Orient. L’emploi du terme génocidaire dans la motion est un emprunt volontaire à tout le verbiage des Frères musulmans et de Rima Hassan. Le tiers-mondisme mène logiquement à cette folie.
Le groupe de droite à l’Assemblée de Corse, « Un Soffiu novu », révèle froidement :
Nous avons pris le parti de ne pas participer aux prises de position géopolitiques de la majorité territoriale, désireuse de faire diversion par rapport à l’exercice de ses propres compétences ! Sans renier le caractère préoccupant de la situation à Gaza, nous ne pouvions en aucun cas cautionner un texte aussi partial, qui ne mentionne pas les massacres du Hamas d’octobre 2023, les otages.
François-Xavier Ceccoli député (2ème circonscription Haute-Corse) évoque :
Une proximité idéologique entre la majorité territoriale et l’extrême gauche représentée par LFI et les Écologistes.
Terra Eretz Corsica-Israël :
Ces attitudes hostiles et la reconnaissance unilatérale éventuelle d’un « État palestinien » inexistant, apparaissent à bien des Corses comme une rupture avec la mémoire, comme une lecture biaisée du conflit israélo-arabe. Nous, Corses et amis de la Corse, déclarons que la Corse n’a pas oublié son passé, et restant fidèle à ses valeurs, soutient indéfectiblement Israël et son droit inaliénable de se défendre. Soutenir la paix ne doit jamais signifier affaiblir Israël ni récompenser la violence.
Des Israéliens adorent la Corse et les Corses. Qu’ils soient rabbin orthodoxe ou militante d’un mouvement citoyen, quand on leur parle de notre île : une évidence surgit sans aucune hésitation et la fraternité s’invite dans la conversation.
Même si, en réalité, ils ne connaissent parfois absolument rien de l’histoire de la Corse, occultée dans les programmes scolaires français. Pourquoi cette proximité évidente entre peuple juif et peuple corse ?
Pour certains Israéliens, notre île signifie peut-être un idéal de résistance, de courage, de ténacité, de survie, de refus des diktats et une longue tradition de combat pour la liberté et contre l’esclavage. Cette amitié naturelle entre Juifs et Corses est largement documentée dans la presse et les revues.
En 2023 L’Arche publie « Les Corses et les Juifs – Une historie d’amitié »(n° 699) et en 2009 la revue « Fora La Corse vers le monde » publie « Corse et Juifs, Peuples et diaspora ».
Dans tout l’État hébreu, la notoriété de la Corse est liée à la popularité de l’animateur de la chaîne de télévision I24News David Antonelli, né à Ajaccio dans une famille nationaliste de Ghisonaccia. Plusieurs années de suite primé meilleur chroniqueur des Grandes Gueules Moyen-Orient, il développe un discours visionnaire, réaliste, radical et parfois provocant qui enflamme les débats.
Quand il parle de « son » peuple avec son accent corse, on croit entendre Edmond Simeoni. Mais en réalité il défend Israël, son armée Tsahal, ses frontières, ses implantations en Judée-Samarie, sa guerre à Gaza, au Sud-Liban, en Syrie et tout récemment la victoire israélienne dans le ciel de l’Iran.
Un accord de paix pourrait-il intervenir bref délai ? Le Président Donald Trump travaille sur le dossier en élargissant les Accords d’Abraham avec tous les partenaires politiques et économiques de la région.
