5781, l’année d’après

Des colombes se tenant dans une rue vide et sans circulation pendant une journée de couvre-feu total imposée par le gouvernement panaméen pour faire face à la propagation du nouveau coronavirus à Panama, tôt dimanche 5 avril 2020. (AP Photo / Arnulfo Franco)
Des colombes se tenant dans une rue vide et sans circulation pendant une journée de couvre-feu total imposée par le gouvernement panaméen pour faire face à la propagation du nouveau coronavirus à Panama, tôt dimanche 5 avril 2020. (AP Photo / Arnulfo Franco)

A l’aube d’une nouvelle année juive auréolée d’un nouveau confinement généralisé en terre d’Israël, occasion est donnée de réfléchir à ce phénomène sociétal dans la tradition juive.

Le confinement apparaît de multiples manières dans la Tora, sous différentes vocations et raisons. On se confine pour échapper à un cataclysme, comme Noé lors du déluge ou Loth lors de la destruction de Sodome. On se confine aussi pour se protéger d’un homme, tels Abraham de Nemrod, Jacob d’Esaü, ou Moïse de Pharaon.

On se confine également pour se préserver d’un fléau, à l’instar des enfants d’Israël en Egypte durant la plaie des premiers-nés, la nuit de la Pâques. On se confine encore à cause d’une impureté spirituelle, à l’exemple de la tsara’ate.

Enfin, tout en amont, aux origines de l’univers, à l’acte premier de la Création, on trouve le plus insolite des confinements, celui de la lumière. Sa singularité fascine et de par sa position souche, il en devient la référence par excellence. Scrutons de plus près, sans jamais toutefois épuiser le sujet.

Selon Rachi, lorsque Dieu créa la lumière, constatant qu’elle était bonne et qu’il n’était pas convenable de la laisser cohabiter avec l’obscurité, Il établit des frontières temporelles, le jour et la nuit. Notons au détour que d’après cet avis, l’obscurité n’est pas juste privation de lumière mais bien création à part entière, sinon cette promiscuité initiale ne saurait s’entrevoir.

Selon une autre interprétation de Rachi, tirée du Talmud cette fois, Dieu vit que la lumière était bonne au point qu’il n’était pas opportun que les méchants s’en délectent, Il la confina alors pour les justes aux temps à venir. Cette lumière primordiale laissa place aux « méorote », les luminaires.

Soleil et lune furent placés dans le ciel, au 4ème jour de la Création, au milieu de la semaine. Ce jour-là, observe Rachi, est un jour de « méara », malédiction (douleur, manque, selon d’autres sens livrés par Rachi ailleurs), car l’écriture défectueuse du mot luminaire, sans le vav, invite à cette lecture.

Et pour illustrer, il rajoute au nom du Talmud, qu’on jeûnait le mercredi pour ne pas que l’askara; la diphtérie, ne sévisse chez les nouveau-nés. Toujours ce jour-là, d’après Rachi, Dieu réduisit la lune qui arguait que deux rois ne peuvent se partager la même couronne. On lui offrit la nuit tandis que le jour fut laissé au soleil.

Dans ce tableau, on y décèle donc pêle-mêle des mélanges, des replis, des barrières, des ajustements, et en fil rouge, un mystérieux enchevêtrement de lumière et de malédiction qu’il nous faut résoudre. D’abord, la lumière éclaire et n’existe pas pour elle-même.

Elle est par essence altruisme et collectivité. A la dérive de l’égocentrisme, elle se désincarne pour devenir malédiction et nuisance. Notons du reste qu’en hébreu  « or », lumière, bascule dans le champ lexical de la malédiction dès lors que le vav disparaît en son milieu.

Cette lettre ו, dont le nom et la forme renvoient au crochet, symbolise le lien. D’ailleurs, placée entre deux mots, elle a pour rôle de réunir. Enfin pour parachever la réflexion, Rachi déclare qu’il n’y a plus de distinction entre bons et méchants lorsque la calamité s’abat dans le monde, laissant penser que par-delà l’individu, un évènement collectif s’appréhende à l’échelle du groupe.

Dans cet esprit, c’est sans doute la lacune du collectif et l’aspect autocentré des éléments dépeints plus haut, qui sont à l’origine de ce méli-mélo, à la création de la lumière.

Puissions-nous en écho, face au grand défi actuel, rebâtir une société plus forte, à tous ses échelons. Nous savons désormais qu’au cœur-même du confinement, il y a toujours de la lumière, pour éclairer le monde, en cette nouvelle année 5781.

à propos de l'auteur
Daniel est spécialiste de Rachi et auteur d'un livre publié aux éditions Kehot "Cinq ans, savoir étudier le Commentaire de Rachi sur la Torah".
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