52, 45 et 61

Le président Reuven Rivlin déposant son bulletin de vote dans un bureau de vote à Jérusalem, lors des élections à la Knesset, le 2 mars 2020. Photo par Olivier Fitoussi / Flash90
Le président Reuven Rivlin déposant son bulletin de vote dans un bureau de vote à Jérusalem, lors des élections à la Knesset, le 2 mars 2020. Photo par Olivier Fitoussi / Flash90

52, 45 et 61 sont les chiffres qui conduiront selon toute vraisemblance le président Rivlin à confier à Binyamin Netanyahou le mandat de former un gouvernement.

Le chef du Likoud avec 52 députés proposant sa candidature dépasse de loi son rival, Yaïr Lapid, qui avec 45 parlementaires peut être déçu de n’avoir obtenu aucun soutien de la part du parti dissident de droite Tiva Hadasha (Nouvel espoir) de Gideon Saar, ni du côté des deux listes arabes, celle dite encore unifiée, et celle du parti islamiste Ra’am.

Le président n’est pas obligé de confier le mandat à celui qui obtient le plus de soutiens et a du reste évoqué d’autres critères comme celui des valeurs. Mais de toute évidence, le Premier ministre sortant est le mieux placé pour rallier un maximum de députés. Il est à peu près certain que Naftali Bennet mettra fin au suspense insoutenable qu’il entretient depuis la campagne et finira par apporter dans l’escarcelle du chef du Likoud les 7 députés de Yamina (A droite).

Binyamin Netanyahou aura 28 jours pour arriver à faire ce qu’il n’a pas réussi jusqu’à présent : rassembler sur son nom 61 parlementaires. Aux 52 actuels (Likoud, Sionisme religieux, Shas et Yaadout ha Thora) s’ajouteraient donc les 7 de Yamina. Il faudrait trouver deux autres députés que le Premier ministre sortant espère débaucher du parti de Gideon Saar.

Mais les approches déjà effectuées n’ont rien donné, même si, selon l’une des intéressées, Sharen Haskel, on lui promettait « la moitié du royaume ». Car Binyamin Netanyahou n’est pas avare de prébendes pour rester Premier ministre alors qu’il affronte les juges qui depuis le 5 avril auditionnent les témoins à charge dans son procès.

En cas d’échec de cette opération « déserteurs pour Bibi », le Premier ministre pourrait obtenir le soutien des 4 députés élus sur la liste islamiste de Mansour Abbas. Mais ici, il se heurterait à l’opposition frontale de son extrême droite : les six députés de Ha Tsionout ha datit (Sionisme religieux) qui avec Betzalel Smotricht et Itamar Ben Gvir refusent tout appui de la part de « soutiens du terrorisme ».

Mais il est des arrangements avec le ciel, et Binyamin Netanyahou essaiera de faire pression sur eux par l’intermédiaire de leurs mentors spirituels comme le Rav Haïm Druckman, rabbin influent dans ce courant de pensée. S’il échoue sur toute la ligne, Binyamin Netanyahou pourrait se voir refuser la prolongation de 14 jours à la discrétion du président.

Dans les rangs du Likoud, une petite musique commence à se faire entendre : afin de bénéficier d’une immunité judiciaire, Binyamin Netanyahou se ferait se faire élire président de l’Etat en juin. Le Likoud désignerait alors en son sein un autre leader qui n’aurait aucun de mal à rallier tous les élus de droite, soit au moins 65 députés. Bien au-delà des 52 actuels et même des 61 nécessaires.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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