30 jours avant les élections au Kazakhstan : une transition en douceur s’annonce

Dans un mois, les Kazakhs se rendront aux urnes pour élire un nouveau président suite à la démission du fondateur du pays Nursultan Nazarbayev. L’Etat, actuellement présidé par l’ancien diplomate Kassym-Jomart Tokayev, espère une transition en douceur afin de maintenir sa stabilité, de continuer des réformes économiques, politiques et sociales et de rassurer ses investisseurs étrangers.

Beaucoup d’États dans la zone d’influence russe ont été touchés par des conflits, comme celui au Nagorno-Karabakh, en Ossétie du Sud, en Abkhazie et en Transnistrie. Le Kazakhstan n’a pas connu ce type d’épisode.

En effet, sa politique étrangère d’équilibre s’inscrit dans son positionnement géopolitique. Le pays, dont la superficie est de 2,725 millions km2, est stratégiquement situé aux confins des steppes de l’Asie Centrale et entouré par de grands voisins comme la Chine et la Russie. Le pays est membre de plusieurs organisations internationales à la fois conduites par la Russie, la Chine et l’Europe.

Nur-Sultan est non seulement un élément clé pour la nouvelle Route de la Soie menée par Pékin mais aussi pour l’union économique et douanière d’Eurasie poussée par Moscou. Parallèlement, le Kazakhstan a signé un accord de partenariat et de coopération avec Bruxelles. Afin d’équilibrer les enjeux, le Kazakhstan a aussi signé un accord de coopération militaire avec les États-Unis pour la période 2018-2024. Il fut d’ailleurs un allié incontournable pour le déploiement des troupes américaines en Afghanistan et pour la procédure de paix en Syrie.

La politique d’aménagement du territoire est aussi osée. Les visiteurs s’étonnent en voyant la modernité de sa ville capitale Nur-Sultan, anciennement Astana et rebaptisée récemment, construite depuis 20 ans par de fameux architectes européens, notamment Norman Foster.  La géographie de la capitale a d’ailleurs été soigneusement étudiée et choisie pour permettre une redistribution de la richesse du pays de façon égalitaire mais aussi pour tenter d’améliorer les conditions de vie de l’ethnie russe (représentant un quart de la population kazakh) qui vit majoritairement dans le nord du pays.

C’est un enjeu majeur pour le Kazakhstan. Et pour cause, le souvenir de l’annexion de la Crimée en 2014, que Moscou a justifié par la protection de sa minorité, reste bien ancrée dans la mémoire des dirigeants kazakhs.

Au niveau économique, le Kazakhstan est vite sortie du modèle soviétique pour devenir un pays industriel avec un puissant secteur dans les services. En effet, les citoyens kazakhs ont vu leurs revenus s’accroitre grâce à une économie basée essentiellement sur les hydrocarbures mais aussi  sur d’autres secteurs rémunérateurs comme l’énergie renouvelable, l’agro-industrie et la Fin-Tech.

En voulant mettre en valeur sa population jeune et hautement qualifiée, le gouvernement a lancé de multiples reformes autour de l’éducation, du numérique, de l’innovation et du développement du secteur des PME. En effet, le Kazakhstan a mis en œuvre une stratégie pour 2050 afin de devenir l’un des 30 pays les plus développés du monde grâce aux réformes politiques, économiques et sociales.

Le Kazakhstan joue un rôle majeur dans la réalisation du projet Digital Silk Road afin d’augmenter l’interconnectivité entre les pays situés sur l’ancienne route de la Soie. Plusieurs zones de libre-échange et de technologie, comme Astana Hub, ont été créées qui donnent des avantages considérables aux investisseurs étrangers. Le pays caspien a pour but de développer une économie axée sur le numérique, en mettant l’accent sur le développement du Big Data, l’Internet des objets, l’intelligence artificielle et la Blockchain.

Ce travail va être amplifié par l’élargissement de l’accès à la digitalisation dans les zones rurales notamment en y implantant un réseau 5G par le biais du programme Digital Kazakhstan, comme celui développé actuellement en Israël.

Pour le pays, la coopération high-tech sur les drones, la cybersécurité et les start-ups dans la deep tech est une priorité. Dans ce contexte, les avancées technologiques et le savoir-faire israéliens pourraient lui être utile. De nombreuses entreprises israéliennes se sont d’ailleurs installées au Kazakhstan.

Les deux pays coopèrent notamment sur les technologies de défense et sur le commerce. La proximité du Kazakhstan avec l’Iran est au coeur de l’intérêt que l’Etat hébreu porte au Kazakhstan.

Ces relations bénéficient de l’existence d’une population juive forte d’environ 10000 individus qui pratiquent librement, notamment dans les synagogues de Nur-Sultan, d’Almaty et de Pavlodar. Ceux-ci incluent la communauté historique des juifs des montagnes de Boukhara et de Juhuro mais aussi d’autres, venus d’ex-URSS et d’Europe, surtout pendant la Seconde guerre mondiale.

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Diplômé de géopolitique de l'Ecole Normale Supérieure et de l'Université Panthéon Sorbonne, il a vécu à Bruxelles et travaillé sur les questions internationales en tant qu'attaché parlementaire au Parlement Européen. Sa volonté de "faire du terrain" et de connaître les acteurs en présence l'ont conduit dans différentes zones du monde. Il a ainsi vécu pendant deux ans en Israël et étudié la résolution de conflits à l'Université Hébraïque de Jérusalem en travaillant assidument au coté d'Israéliens et de Palestiniens. Toujours à la recherche de sens et de nouveaux horizons de pensées, il est convaincu qu'on ne peut aller vers l'Autre si on ne se connaît pas soi même. Voilà pourquoi l'étude de la Torah, de la pensée juive, tout comme celle des grands auteurs modernes et contemporains sont la base constitutive de son engagement pour oser réfléchir et construire le monde qui vient.
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