2024, une année perdue pour l’économie d’Israël ?

Israël va payer au prix fort la guerre menée contre le Hamas à Gaza ; les prévisions de croissance se dégradent, plongeant le pays dans une spirale de déficits, d’endettement et de chômage. 

Le spectre d’une « année perdue » menace l’économie israélienne pour 2024 ; d’autant plus que l’année démarre sans budget d’Etat adapté à une économie en guerre, ce qui confirme le scénario de stagnation qui se profile à l’horizon.

Alors qu’au dernier trimestre de 2023, le choc de la guerre a fragilisé l’économie d’Israël, l’année 2024 sera handicapée par des dépenses militaires très lourdes, amputant d’autant les dépenses civiles indispensables à la reconstruction.

Un scénario inquiétant

Tous les observateurs économiques, en Israël et dans le monde, sont tombés d’accord : 2024 connaîtra un fort ralentissement de son activité économique, et peut-être même une croissance négative, situation très rare pour l’économie israélienne.

C’est ainsi que l’OCDE vient de revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour 2024 : en novembre dernier, l’organisation qui siège à Paris tablait sur une progression du PIB israélien de 1,5% contre 3,3% anticipés lors de précédentes prévisions en juin. Tous les moteurs de croissance vont s’éteindre : les investissements baisseront de 2,3% alors que la consommation des ménages augmentera d’un petit 1,6%.

Même scenario pessimiste pour la Banque centrale d’Israël : selon ses prévisionnistes, une croissance de 2% du PIB est attendue pour 2024, ce qui signifie une croissance par habitant négative dans un pays où la croissance démographique est supérieure à 2% l’an.

Le scenario le plus noir pour 2024 a été publié le 23 novembre dernier par les économistes du ministère des Finances, au grand dam de leur ministre de tutelle Bezalel Smotrich. Dans l’hypothèse d’un conflit qui s’estompera vers la fin du premier trimestre 2024, le rythme annuel de la croissance sera de 1,6% seulement ; les économistes des Finances se risquent aussi à l’hypothèse d’une guerre plus longue et d’un redémarrage plus lent, contexte qui se traduira par une croissance de 0,2% en 2024.

Des pertes permanentes

Selon les expériences précédentes, les pertes de production engendrées en Israël par une guerre sont récupérées plus tard, lorsque la machine économique se remet en route.

Or la guerre Israël-Hamas n’a rien de comparable avec les guerres précédentes, ni en durée, ni en ampleur, ni en intensité. Si l’année 2024 sera considérée comme perdue pour l’économie israélienne, c’est justement parce que beaucoup des pertes engendrées par la guerre seront permanentes et définitives, c’est-à-dire non récupérables.

Dans l’agriculture, lorsqu’une récolte n’est pas assurée à temps, elle est perdue pour toujours. Lorsqu’un chantier de construction est arrêté ou n’a pas démarré, le temps perdu ne sera pas récupérable. Lorsque les touristes étrangers n’arrivent plus, le manque-à-gagner des hôteliers tout comme du trafic aérien ne sera jamais véritablement compensé.

Des secteurs ravagés (agriculture, tourisme, construction) tout comme des moteurs de croissance à l’arrêt (consommation, investissement, exportations) sont les symptômes déjà visibles de la récession qui attend l’économie israélienne en 2024.

D’autant plus que 2024 démarre avec un budget d’Etat voté en mai 2023, alors que les dépenses exceptionnelles de la guerre sont déjà connues ; les services civils publics, sociaux et économiques, seront les premiers à en pâtir et beaucoup de familles devront mettre la main à la poche.

Reste à espérer que le « prix de la guerre » que les Israéliens paieront en 2024 ne débordera pas aussi sur 2025.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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