2019 : les résultats d’érections

Ouf, c’est fini ! Nous avons voté. Fini les injures et les montages vidéos, avec les réseaux sociaux pour armes de destructions massives. Ne reste plus qu’à composer le gouvernement et c’est reparti !

Autant dire que personne n’est plus guère avancé qu’avant les élections. Mis à part, bien-sûr, les Bonnie and Clyde de notre scène politique, ou plutôt devrait-on les appeler les deux kamikazes ? Tant leur suicide politique ne doit rien à personne d’autre qu’eux-mêmes, à savoir Naphtali et Ayelet, qui auront le temps de cette mandature (ou peut-être seulement quelques mois après tout) pour méditer sur leur grotesque campagne.

Mais revenons à nos moutons et l’expression est peut-être assez pertinente. Après trois mois de campagne, le nouveau gouvernement qui s’annonce ressemblera comme un jumeau à celui d’avant les élections, Benett et Shaked en moins et quelques « grandes gueules » à kippa d’ultra-droite en plus.

Le même Likoud. Les mêmes harédim séfarades et ashkénazes, Shass et Yahadout Hatorah, dont les deux leaders sont dans la même situation judiciaire que le Premier ministre, l’anti-sionisme en plus pour les ashkénazes. Le même Koulanou de Kahlon avec deux tiers en moins de députés mais avec autant d’exigences en nombre de portefeuilles ministériels. Le même Liberman, surnommé Lucky Luke pour sa propension à démissionner plus vite que son ombre, et qui voudra les mêmes portefeuilles que ceux dont il s’est débarrassé il y a quelques mois.

La seule différence : les petits nouveaux de l’ultra-droite qui exigeront des ministères clés que Bibi ne pourra leur donner qu’à reculons, contraint et forcé.

Bref, on nous resservira la même soupe, avec juste un peu plus d’harissa ou de skhoug ou de raifort selon vos préférences culinaires. Et le résultat sera le même car il ne peut en être autrement avec les mêmes acteurs et quelques fous en plus.

Alors qu’avons nous gagner à ces élucubrations ?

D’abord du temps ou plutôt quelques mois. Avant les échéances judiciaires des uns, et ils seront nombreux dans ce futur gouvernement à commencer par le chef, et les sempiternelles menaces des autres de se retirer du gouvernement pour le mettre en minorité, dès les premières propositions de lois et surtout la publication du fameux « deal du siècle » si cher aux yeux du Boss américain, et que Bibi ne pourra qu’accepter même de l’extrême bout des lèvres mais qui fera voler en éclats sa coalition.

Et ensuite, voire surtout, de nombreuses érections. D’abord celles du quatuor Kahol Lavan, entamant la danse du scalp chère aux Sioux sur la base d’un seul sondage de sortie des urnes dont tout Israël sait qu’ils ne veut rien dire sauf eux, preuve que Bibi n’avait peut-être pas tort en évoquant le manque d’esprit et d’expérience de ses concurrents.

Puis celles des Likoudnikim et du premier d’entre deux, Bibi, ivre fou de sa victoire, embrassant fougueusement sa femme, et qui aurait sans doute poursuivi ses avances devant ses supporters en transes si les caméras n’étaient pas présentes (je plaisante !). Cela devait faire un sacré bout de temps qu’une pareille « raideur » ne lui était pas arrivé.

Et enfin, celles du Peuple qui l’a porté à la victoire. Remonté à bloc, il savoure sa revanche sur ces médias honnis, car ce jour, tous les deux, trois ou quatre ans, selon la durée de la mandature, il détient le pouvoir du nombre, la bourse vide mais enfin gonflée à la testostérone.

Pour comprendre, il faut étudier la carte des votes par ville, publié par la Commission Electorale dont l’apathie des deux derniers jours de la campagne devant l’usage scandaleux des réseaux sociaux et les approximations dans la publication des résultats, n’incite pas au respect indispensable à l’une des institutions garantes de notre démocratie.

Cette carte nous apprend de façon certaine que les classes populaires d’Israël plébiscitent Netanyahou au contraire des classes moyennes et supérieures. Pour le dire autrement, les exclus de la réussite économique et de la sécurité, vantées par Bibi, en sont ses premiers partisans. Ainsi, dans un Sud arrosé de missiles et de mortiers signés Hamas, Sdérot vote pour lui tandis que les localités autour de Gaza votent Gantz. La différence : le niveau social-économique. Idem à Tel Aviv et ses banlieues, seuls les quartiers sud de la ville embourbés dans la délinquance, et les populaires Bat Yam et Holon votent Likoud. Et vous pourrez trouver les mêmes résultats dans tout le pays.

Est-ce si surprenant que nous nous retrouvions dans le même schéma que l’Amérique de Trump. Non. Les mêmes champions de la communication. Les mêmes victimes des fake news. Les mêmes sortes d’accusations contre eux. Les mêmes symboles de réussite sociale, bien ou mal acquise peu importe. Et bien évidemment les mêmes postures de mâles dominants. Ils parlent de leur pays à la première personne du singulier et sans eux, pas de salut.

Pour se flatter, Trump a compris depuis longtemps qu’il faut savoir flatter d’abord son interlocuteur. Bibi utilise la même dialectique : les Israéliens sont extraordinaires car lui-même l’est. Et bien évidement la réussite de ce pays est sa réussite comme s’il n’existait avant lui que dans la médiocrité.

Comment alors ne pas comprendre que Nétanyahou est bien le maître incontesté des érections !

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Professionnel de Santé et diplômé d'HEC, Conseiller technique auprès du Ministre de la Santé, Ancien président de communauté et de la Fédération Nationale des Centres de Santé, il est aujourd'hui chef d'entreprise et consultant international en Management Stratégique de la Santé.
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