1948 : L’histoire du Commando Français

Teddy Eitan au volant d'une jeep
Teddy Eitan au volant d'une jeep

Par David Haziot et Ingrid Haziot.

C’est une histoire, que l’on connaît peu, celle du « Commando Français » qui a participé à la guerre d’indépendance. Elle nous est racontée ici, par David Haziot et Ingrid Haziot, respectivement, neveu et fille de Charles Haziot, qui a fait partie de ce commando.
Un récit passionnant…

L’aventure héroïque de l’officier Thadée Diffre, Teddy Eytan de son nom de guerre, Commandant du Commando Français durant la Guerre d’Indépendance d’Israël (1948-49) est méconnue.

Pourtant sans ses véritables exploits que furent la prise de Beersheva et la victoire de Revivim, le jeune Etat d’Israël aurait-il pu s’ouvrir la voie vers la Mer Rouge par la conquête du désert du Néguev ?

La création du mouvement sioniste fut essentiellement une affaire européenne et russe, puis américaine. Ce sont donc les Juifs ashkénazes (d’Europe de l’Est) qui ont porté la charge de ce mouvement qui prônait le retour à Sion. Le judaïsme séfarade (d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient) n’avait pu participer à cette aventure autrement que de manière symbolique. Mais, la Deuxième Guerre mondiale allait tout changer.

Nombre de jeunes juifs séfarades se firent volontaires dans les armées alliées, française et britannique, pour combattre le nazisme. Parmi eux, les deux frères, Charles et Michel Haziot qui rejoignent l’armée britannique en 1943, firent la campagne d’Italie.

La Guerre d’Indépendance d’Israël commencée en mai 1948 avec la proclamation de l’Etat, donna l’occasion à cette jeunesse juive qui avait combattu le nazisme, de s’illustrer à nouveau. Les réseaux juifs très actifs se mobilisèrent en France. D’anciens militaires non-juifs décidèrent eux aussi de combattre pour le jeune Etat d’Israël. Parmi eux, un brillant officier catholique de la division Leclerc, Thadée Diffre. Il était Haut fonctionnaire gaulliste et avait une expérience de gestion des populations des colonies d’Afrique du Nord. Sa valeur et ses atouts furent vite distingués par les Israéliens qui lui confièrent des commandements.

Les recrues furent donc rassemblées en France, pour se rendre au plus vite en Israël envahi par cinq armées d’Etats arabes. Thadée Diffre, devenu entretemps Teddy Eytan, créa son commando, intégré aux unités d’élite du Palmach, et en entreprit l’instruction avec rigueur et ténacité.

Ce commando était composé de soldats, tous francophones, d’où son nom de Commando Français. Les volontaires venaient de France, de Belgique, d’Afrique du Nord, ils étaient juifs ashkénazes, séfarades, rescapés de la Shoah, jeunes résistants français… tous avaient moins de 27 ans, le plus « vieux » étant Teddy Eytan âgé de 35 ans. Teddy Eytan réussit à constituer une unité redoutable et apte aux actions de commando, malgré le peu d’expérience et le peu d’armes dont elle disposait.

L’une des premières actions positives de Teddy Eytan fut d’avoir donné toute sa place à l’instruction. Il montra que ce travail préalable soudait les soldats et leur permettait d’être bien plus efficaces.

Mais Eytan fut surtout, à la tête du Commando français, l’artisan des combats victorieux pour ouvrir la route du Neguev et de la Mer Rouge. Au moment du traité de partage par l’ONU en 1947 de la Palestine mandataire en deux Etats, il n’était nullement question du Neguev. Ce qu’on appelait alors la Palestine s’arrêtait à Beershéva, ville tenue par les armées arabes. Au sud, le désert du Néguev était une zone sans aucune frontière. Le gouvernement d’Israël, Ben Gourion en tête, vit clairement l’importance géostratégique d’une ouverture de l’Etat d’Israël vers la Mer Rouge et l’Asie. Elle permettrait de pouvoir se passer du canal de Suez, en cas de crise ou de main mise dessus par l’Egypte, et désenclaverait Israël de la Méditerranée.

Au moment de la proclamation de l’Etat, les positions de l’armée israélienne cumulaient points forts et points faibles. Elle ne tenait en fait que les grandes villes et les kibboutz éparpillés sur le territoire, armés et fortifiés comme ils le pouvaient.

Le kibboutz fortifié de Revivim était la pointe la plus au sud d’Israël. Il était encerclé par des armées égyptiennes qui se préparaient à donner l’assaut. Les officiers supérieurs israéliens, engagés dans des combats violents contre l’armée jordanienne pour Jérusalem, ne pouvaient lancer des actions d’importance dans le sud. On décida alors de laisser Teddy Eytan mener ces raids et occuper les positions, si possible jusqu’à l’arrivée du gros de l’armée. Eytan lança d’abord ses hommes sur des objectifs assez faciles, tant pour sécuriser sa route et ses arrières, que pour aguerrir ses soldats par des victoires vite obtenues. Après ces engagements, Eytan lança l’attaque contre la ville de Beershéva. La ville tomba avec un minimum de pertes. Les soldats arabes trop confiants eurent à peine le temps de se réveiller et s’organiser. Le drapeau d’Israël fut hissé sur la mosquée.

La bataille suivante et décisive sera Revivim. Si on battait les unités arabes qui tentaient son encerclement et si on les mettait en déroute, la voie serait libre jusqu’au golfe d’Akaba. Plusieurs combats eurent lieu. Des combats plus rudes, car le commando ne bénéficiait plus de l’effet de surprise. Des morts furent à déplorer.

Puis on se regroupa à portée de Revivim, avant de donner l’assaut de nuit. Ben Gourion lui-même vint haranguer le commando réuni en cercle au crépuscule au milieu de ces sables roses. La lutte fut particulièrement féroce contre des soldats égyptiens en majorité originaires du Soudan. Une chaire à canon commandée par des anciens officiers nazis dont les ordres en allemand résonnaient dans le désert. Le combat finit plusieurs fois à l’arme blanche. Il fallait conquérir les collines une à une. L’étendue du terrain fut difficile à maîtriser pour une unité de cette taille et il y eut de nouvelles pertes humaines. Le Commando Français sortit vainqueur une nouvelle fois. Au prix de bien des pertes, la Mer Rouge était à portée.

Le cessez-le feu fut négocié, le Neguev resta aux mains d’Israël avec l’accès vital à l’Asie, l’Inde, la Chine et le Japon. Israël tenait un second isthme entre l’Afrique et l’Asie.

Le Commando Français fut dissous, Eytan rentra en France et écrivit son livre en 1952. Puis un lourd silence s’étendit sur cette affaire. Peut-être ne voulut-on pas dire tout ce qu’on devait à un officier français catholique ou à des soldats en majorité (85%) séfarades, indisciplinés, téméraires mais valeureux ? Il fallut attendre le général Sharon et l’action d’un historien militaire, Micki Cohen, pour voir reconnu enfin en 2009 le mérite dû à ces hommes.

Inscrivez-vite à la projection-conférence sur : https://www.eventbrite.fr/e/251832827767

à propos de l'auteur
Depuis sa création en 1920, et à partir de 1948 en partenariat avec Israël, le Keren Hayessod, a joué le rôle principal dans la construction et le développement du pays, dans le sauvetage et l’intégration des Juifs nouveaux immigrants, ainsi que dans la lutte contre la fracture sociale. Seule organisation de collecte de fonds qui fonctionne en vertu d’une loi votée par la Knesset en janvier 1956, de nombreux projets ont été menés, tels que l’organisation de l'alyah de millions de olims et leur intégration, la mise en place de centaines de programmes sociaux, éducatifs et culturels innovants destinés aux populations défavorisées, mais aussi le renforcement de l’identité juive de milliers de jeunes en diaspora, à travers des programmes tels que Massa, Taglit ou Bac Bleu Blanc. Le Keren Hayessod existe dans 45 pays du monde et a œuvré en France sous le nom d'Appel Unifié Juif de France jusqu'en 2013. Depuis octobre 2013, le Keren Hayessod existe de façon autonome. Présidé par le Dr Richard Prasquier jusqu'en janvier 2020, il est aujourd'hui présidé par Judith Oks et Dan Serfaty.
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