193 voix

Meyer Habib (photo credit: THE NATIONALE ASSEMBLY - FRANCE)
Meyer Habib (photo credit: THE NATIONALE ASSEMBLY - FRANCE)

Le 19 juin, dans la 8ème circonscription des Français de l’étranger, c’est avec 50,58% contre 49,42% des suffrages exprimés que Meyer Habib a été réélu député.

Comme à l’accoutumée, l’abstention a été la grande gagnante de la consultation. Elle a atteint 86,1 % (!) en Israël, là même où l’élection s’est jouée. Alors que la candidate du parti présidentiel, Deborah Abisror-De Lieme, était nettement en tête dans les autres pays de la circonscription (Grèce, Italie, Turquie, Chypre, Malte, Le Vatican et San Marin), c’est en emportant 83% des voix des Franco-Israéliens que Meyer Habib a gagné.

Pour cela, il n’a pas lésiné sur les moyens, mettant en avant le soutien de son ami Binyamin Netanyahou, celui de grands rabbins, de victimes du terrorisme… Last but not least, en retard dans les votes exprimés en ligne, il mit en place un service de transports gratuits pour les électeurs le jour du vote à l’urne, et multiplia les messages jusqu’à la dernière minute.

Cet activisme devait s’avérer payant, car – alors qu’en 2017, près de 2 000 voix le séparait de sa concurrente – c’est avec seulement 193 voix d’avance que le député sortant a été réélu. La campagne avait été mouvementée, Deborah Abisror-De Lieme étant accusée d’être « la candidate du Quai d’Orsay », tandis que le Canard Enchaîné du 15 juin révélait que plusieurs méthodes employées par l’équipe de Meyer Habib pourraient s’avérer illégales.

Nul doute que ces polémiques alimenteront un contentieux que la justice administrative devra trancher. L’élection n’est donc peut-être pas complètement terminée. Mais on peut déjà en tirer quelques leçons. En notant tout d’abord le caractère atypique de cette circonscription qui en 2017 avait été la seule des Français de l’étranger ne pas envoyer à l’Assemblée nationale un candidat macroniste (en 2022, une autre circonscription des Français de l’étranger, la 9ème, a fait défaut au président sortant).

Ensuite, en soulignant le caractère communautaire du vote exprimé par les Franco-Israéliens qui ont plébiscité celui qui se présentait à eux comme « le candidat qui vous ressemble » et développait des thèmes prisés à Jérusalem, Ashdod ou Netanya : une judéité exacerbée et une défense forcenée des options de la droite israélienne.

Enfin, on insistera sur le caractère quasiment surréaliste de cette désignation de députés des Français de l’étranger qui sont déjà représentés par des sénateurs et une assemblée consultative dédiée (l’Assemblée des Français de l’étranger, l’AFE). Du reste, l’abstention massive (encore pire qu’en métropole, c’est dire !) conduit à envoyer à l’Assemblée nationale des députés élus par un corps électoral correspondant à celui d’une ville moyenne dans l’Hexagone. Il est d’ailleurs question depuis longtemps de supprimer ou de fusionner ces circonscriptions, ce qui serait une mesure de bon sens.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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