10 jours et pas 14

Le président israélien Isaac Herzog remet au président du parti Likud, le député Benjamin Netanyahu, le mandat de former un nouveau gouvernement israélien, à la résidence du président à Jérusalem le 13 novembre 2022. Photo Olivier Fitoussi/Flash90
Le président israélien Isaac Herzog remet au président du parti Likud, le député Benjamin Netanyahu, le mandat de former un nouveau gouvernement israélien, à la résidence du président à Jérusalem le 13 novembre 2022. Photo Olivier Fitoussi/Flash90

Le président de l’État, Itzhak Herzog, a accordé à Binyamin Netanyahou une prolongation de 10 jours de son mandat pour former le gouvernement.

10 jours et pas 14, maximum prévu par les textes. Pourtant, dans sa demande au Président, le candidat au poste de Premier ministre avait bien précisé qu’il aurait besoin de « tous les jours prévus par la loi pour former un gouvernement ».

En lui fixant le 21 décembre comme date-butoir, le Président a donné un signal. De quelle nature ? Plusieurs interprétations sont possibles.

Il a peut-être voulu signifier aux partenaires du Likoud qu’il était temps d’arrêter les surenchères et de signer un accord de coalition ce qui ferait bien l’affaire de Binyamin Netanyahou.

On sait que les deux hommes se sont parfois bien entendus, notamment lors de l’élection d’Itzhak Herzog à la présidence de l’État. On peut aussi imaginer que le Président a voulu signifier à Binyamin Netanyahou que l’exercice avait ses limites.

D’ailleurs, dans sa lettre accordant les 10 jours de prolongation, le président de l’État demande que le gouvernement soit composé « pour l’ensemble de la société israélienne » et respecte la « diversité » du pays.

On se souvient déjà que lors de ses consultations avec les groupes parlementaires, il n’avait pas hésité à exprimer ses préoccupations quant aux dangers de l’extrémisme. Le président Herzog se présente ainsi en rempart de la démocratie. C’est son rôle, et depuis le début de son mandat, il a montré qu’il n’était pas un président-potiche.

On peut aussi interpréter la position du Président comme celle de l’homme politique qui, il n’y pas si longtemps (en 2015), dirigeait l’opposition face à Binyamin Netanyahou. Ce rôle appartient aujourd’hui à Yaïr Lapid, mais on sait qu’il est concurrencé par Benny Gantz.

Pour Itzhak Herzog, il y a donc peut-être une place à prendre. Pas dans l’immédiat, mais au terme de son mandat (2026). D’ici là, il pourra faire valoir ses succès sur la scène internationale où ce diplomate-né fait un sans-faute.

Il pourra aussi exprimer autant que de besoin des remarques sur les initiatives du gouvernement qui à ses yeux mettent en danger l’unité du pays ou l’État de droit. Cela correspondrait aux convictions profondes de ce président-citoyen très attaché aux valeurs traditionnelles de la Nation.

D’ailleurs, dans sa lettre précitée, il fait référence à la Déclaration d’indépendance de l’État. Par rapport aux autres responsables politiques du pays, il dispose d’un immense avantage : lui n’a pas besoin de votes de confiance de la Knesset, de négociations avec les partis pour intervenir. Nul doute qu’il ne s’en privera pas.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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