Dans ma chronique la semaine dernière, nous avons fait un petit tour ensemble dans la nécropole juive de Bet Shearim, créée autour de la sépulture du Rabbi Yehuda HaNasi.

Il est donc naturel que cette semaine, je vous emmène à Zippori, voisine de quelques kilomètres à peine. Pourquoi? Car au 3e siècle de notre ère, la ville était une importante ville juive et siège du Sanhedrin (l’assemblée législative traditionnelle juive; souvenons-nous que le Sanhedrin bougeait régulièrement et a fait de son siège pas moins de six villes différentes en Galilée, terminant son parcours à Tibériade).

Au moment où il se trouvait à Zippori, il était présidé par le révéré Yehudi HaNasi et ce pendant 17 ans jusqu’à sa mort. Nous y voyons encore les vestiges de l’ancien quartier juif reconnaissable de par les mikvaot (bains rituels) qui y sont préservés.

Cela étant, les heures de gloires de Zippori sont sans nul doute celles liées à la présence romaine à partir de 55 avant notre ère et jusqu’au milieu, voire la fin du 3e siècle. Brièvement appelée Autocratoris par Herod Antipas, le fils du Roi Hérod, qui en fit sa capitale, la ville était la capitale de la Galilée toute entière.

Lorsque la Grande Révolte des juifs éclata en 66, Zippori resta neutre durant le conflit ce qui la sauva de la destruction et ses habitants furent épargnés. Suivant la révolte de Bar Kochba, quelques 70 ans plus tard, la ville fut renommée, à l’instar de Jérusalem d’ailleurs, Diocaesarea Jupiter. Comme Jérusalem (Aelia Capitolina), Zippori devint une ville entièrement romaine et ce sont les vestiges de cela que vous voyons aujourd’hui.

La Galilée a été sujette à bien des tremblements de terre, politiques et géologiques, et celui de 363, géologique celui-ci, détruit en grosse partie la ville de Zippori. Elle fut reconstruite au 5ème siècle et devint une importante ville chrétienne car entre temps le christianisme était devenue religion officielle de l’empire romain/byzantin. De cette époque, les archéologues ont retrouvé au moins deux églises et trois synagogues (en effet, il s’y trouvait une large communauté juive) mais soupçonnent l’existence de bien d’autres qui n’ont pas encore été fouillés.

La dernière période significative de Zippori a été celle des Croisés qui ont décrété que La Sephorie était la ville de naissance de Sainte Anne, la mère de la Vierge Marie, en y plaçant cette tradition qui depuis l’époque byzantine la situait à Jérusalem à l’endroit des piscines de Bethesda.

Alors qu’y voyons-nous aujourd’hui? Pour l’amateur de mosaïques anciennes, c’est une étape incontournable car celles qui ont résisté aux divers assauts de l’histoire sont d’une beauté et d’une finesse incomparables.

A Zippori, il convient souvent de se promener en regardant ses pieds. On y voit dans le decumanus, l’artère principale est/ouest, plusieurs jeux romains gravés dans le sol, attestant peut-être de nombreuses heures d’inactivité des garrisons.

Jeux romains Zippori (Crédit : Della Tours Israel)

Jeux romains Zippori (Crédit : Della Tours Israel)

Plus loin, dans le cardo, artère principale nord/sud, on trouve une menorah gravée dans le sol…nous n’avons pas d’explication convaincante à cela.. De plus, les pierres étaient mises au sol en diagonale..était-ce intentionnel? Si oui, pourquoi? Raison pratique ou à visée décorative? Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui on voit encore les rainures faites au sol par les siècles de passage des chars tirés par les chevaux. Est-ce que les pierres posées en diagonales étaient une façon efficace d’empêcher que les roues ne se prennent dans les rainures?

Le clou de votre visite seront les mosaïques dans la Maison d’Orpheus, la Maison du Festival du Nil et la Maison de Dionysos ainsi que la Synagogue.

Maison du Festival du Nil Zippori (Crédit : Della Tours Israel)

Maison du Festival du Nil Zippori (Crédit : Della Tours Israel)

Les artistes qui ont produit ces mosaïques étaient de toute évidence au summum de leur art. Non pas qu’ils aient inventé quoique ce soit dans le choix de la thématique car celle-ci était assez codifiée à cette époque mais ils étaient maîtres absolus de leur technique. Ils maitrisaient l’ombre et la lumière, avaient un sens aigu du détail, une précision extraordinaire dans la réalisation.

Maison de Dionysos (Crédit : Della Tours Israel)

Maison de Dionysos (Crédit : Della Tours Israel)

A l’aide de tesserae d’une si petite taille, ils parvenaient à reproduire des scènes entières avec des personnages en mouvement et ils dépeignaient même des passages des mythologies grecque et romaine. Admirez sans modération la Mona Lisa de la Galilée, nommée ainsi car, comme celle de Leonardo da Vinci, elle vous suit aussi des yeux!

La Mona Lisa de la Galilée (Crédit : Della Tours Israel)

La Mona Lisa de la Galilée (Crédit : Della Tours Israel)

Le parterre de la synagogue est, lui aussi, exceptionnel. On y « lit » dans le choix des thèmes, un cycle complet de vie en commençant par le Sacrifice d’Isaac, sujet concernant l’homme dans toute sa force ou sa fragilité et son obéissance à Dieu; au-dessus une roue du Zodiaque, représentant le cycle de la vie avec les saisons mais aussi des figures astronomiques déterminant l’année liturgique juive et enfin, au pied de l’aron kodesh, une mosaïque représentant une menorah, un shofar et le pain de la présence du temple. Le passé, le présent et l’avenir se déroulent sous vos yeux.

Synagogue Zipper (Crédit : Della Tours Israel)

Synagogue Zipper (Crédit : Della Tours Israel)

Pour plus d’infos, en anglais, consultez le site suivant.

Les photos sont la propriété de Della Tours Israel