Je vous parle d’un temps, où Kippour et le ramadan….

Yom Kippour approche. Ce jour, le plus important dans le calendrier juif, sera suivi cette année par la célébration de l’Aïd al-Kebir, la plus importante du calendrier musulman. La proximité de ces deux dates réveille en moi bien des souvenirs.

Lorsque je vivais en France, pendant plusieurs années consécutives le jour de Kippour a eu lieu durant le mois du Ramadan.

Pour moi, le Ramadan était une période délicieuse où je mangeais du matin au soir. Je me souviens de mes copains et copines qui nous ramenaient des gâteaux à l’école, alors même qu’ils ne pouvaient pas les manger. Je me souviens de mes collègues qui nous faisaient du thé et nous offraient des dattes avant de rentrer chez eux, quand enfin la nuit tombait.

Dans notre quartier, les soirées du Ramadan étaient des moments inoubliables. Quelques minutes avant de pouvoir rompre le jeûne de la journée, tout s’animait. Tout à coup, toutes les sonnettes sonnaient, toutes les portes s’ouvraient. Les parents envoyaient leurs enfants distribuer des assiettes à tous les voisins, sans jamais oublier notre famille.

Un mois de chorba, de harira, de feuilles de brique et autres délicieux plats. Un mois où les gosses couraient à l’épicerie du coin pour acheter l’ingrédient manquant quelques minutes avant le coucher du soleil. Un mois par an ou chez moi, on ne faisait même plus les courses, ou chaque soir, on attendait presque en salivant que la sonnette retentisse. Un mois ou tout le quartier sentait bon la coriandre. Voilà comment j’ai vécu le Ramadan lorsque je vivais en France.

Alors, arrivait Yom Kippour. Alors, pendant 25 heures, moi aussi je jeûnais. Venant d’une famille non pratiquante et ne connaissant que peu de membres de la communauté juive de ma ville, je rentrais seule de la synagogue après la sonnerie du chofar.

A l’affut de mon arrivée, ma voisine Zorha me faisait monter chez elle ou elle m’avait gardé un bol de chorba et une feuille de brique qu’elle préparait spécialement pour moi, sans sauce piquante. Pour elle, il était hors de question de me laisser rompre cette journée de jeûne en solitaire. Je mangeais donc dans la famille de mes voisins en regardant avec eux les comiques algériens à la télé. Voici comment, pendant des années, j’ai vécu ensemble le mois du Ramadan et le jour de Yom Kippour.

Quant à l’Aïd, c’était un véritable concours dans le quartier, celui des meilleurs gâteaux !

Cette année, le Ramadan est terminé depuis un certain temps déjà. Cette année, ce sont les dates Yom Kippour et l’Aïd al-Kebir qui se suivent de près.

Cette année, je vis en Israël et non plus en France. Ce soir, comme des milliers d’autres juifs, j’irai à Jérusalem pour prier au mur des lamentations – lieu le plus saint du Judaïsme – pour que cette nouvelle année soit une année de paix et de sérénité et de bonheur.

Hélas, non loin de là, dans l’un des lieux les plus sacrés pour l’Islam, les derniers événements ne laissent pas présager d’une paix au futur proche. Hélas, au cœur de la ville sainte, les affrontements se multiplient.

Mes souvenirs de coexistence semblent bien loin. Je suis triste de voir ici des voisins qui s’insultent et se maudissent durant cette période, alors que reste à jamais gravé dans ma mémoire le souvenir de quelques marmites de chorba qui mettaient tout le monde d’accord.

Bonne année! Gmar Hatima tova! Et Aïd Mabruk à tous mes amis musulmans!