Aujourd’hui, le 28 de Nisan, les Juifs du monde entier commémorent Yom HaShoah (le Jour de la Catastrophe). Cette journée du souvenir a été inauguré par le Premier ministre d’Israël, David Ben Gourion, en 1953. A 10h, heure locale en Israël, des sirènes ont retentit et tout s’est arrêté, y compris les automobilistes qui sont sortis de leurs véhicules pour deux minutes de silence.

Pour des raisons diverses, le 21ème siècle est une époque où il est de plus en plus difficile de maintenir la mémoire de la Shoah. D’une part, n’importe quel survivant(e) de la Shoah encore vivant(e) aujourd’hui doit logiquement avoir au minimum 70 ans, dans l’hypothèse peu probable où il / elle est né(e) dans les camps et a survécu.

La plupart des survivants sont des hommes et des femmes d’au moins 80 ans passés. Ces témoins vivants se font de plus en plus rares, et cela facilite le travail des révisionnistes. On estime qu’il reste entre 350 000 et 500 000 survivants de la Shoah dans le monde entier. En raison de leur âge, ce nombre va considérablement diminuer dans les 5 ans à venir jusqu’à complètement disparaitre d’ici une décennie. Maintenant plus que jamais, nous devons faire tout ce que nous pouvons pour préserver la mémoire de la Shoah.

En ce qui me concerne, nous nous devons de reconnaître toutes celles et ceux qui ont aidés les juifs et qui, d’une manière ou d’une autre, continuent de le faire. C’est pour cette raison que j’aimerais vous parler d’un tel groupe de personnes : l’organisation connue sous le nom « La Fraternité évangélique de Marie ». Cette organisation œcuménique aux racines luthériennes naquit en 1947 avec l’aide de Basilea Schlink et Erika Madaus qui par la suite devinrent des religieuses. Bien qu’en tant que croyant juif conservateur, je ne suis pas toujours d’accord avec l’œcuménisme, l’article d’aujourd’hui n’est pas écrit pour aborder des questions de théologie.

Aujourd’hui, l’organisation s’est propulsée à une échelle mondiale et s’étend bien au-delà de son berceau (l’Allemagne). En Israël, une de ses maisons, unique et digne d’être citée, s’appelle Beit Avraham (la Maison d’Abraham). Le personnel actuel, composé de quelques sœurs, y exerce un ministère auprès des survivants de la Shoah. Dirigées par une angoisse personnelle et, dans une certaine mesure, par le syndrome de la culpabilité collective allemande de l’après-guerre, les deux fondatrices ont estimé qu’il fallait faire quelque chose pour atteindre la communauté juive survivante. Beit Avraham a été ouverte en 1961. Les sœurs ont senti le besoin de se repentir devant Dieu à cause de la façon dont trop de chrétiens avaient agi contre les Juifs. Mais demander pardon à Dieu n’était pas leur seul désir : elles voulaient aussi faire une différence dans la vie de celles et ceux qui étaient revenus des camps. 

Des survivants tels qu’ Elie Wiesel ont souvent expliqué qu’ à bien des égards les survivants des camps étaient plus mal lotis que celles et ceux qui y avaient péris. Dans la plupart des cas, cela s’est avéré vrai, car le traumatisme psychologique subsiste bien plus profondément que les maux physiques infligés. Les sœurs semblèrent le comprendre rapidement et décidèrent de servir les survivants de la Shoah qui visitaient leur maison d’hôtes à Jérusalem.

J’ai entendu dire à plusieurs reprises que la meilleure chose que vous puissiez donner à un survivant de la Shoah est un câlin, pas une explication. Bien que n’étant pas coupable des maux de la Shoah, les sœurs ont vite réalisé que la meilleure chose à faire auprès des survivants de camps était de tenir leur main et de les aimer inconditionnellement. L’une d’entre elles disait ainsi : « Nous ne pouvons pas guérir les blessures. Elles sont trop profondes, mais nous pouvons aider à les soulager. »

Aujourd’hui, Beit Avraham se situe à un carrefour. Bien que la mémoire de la Shoah doive persister, les derniers survivants sont en train de partir. Les sœurs n’ont presque plus de visites et devront bientôt fermer la maison ou l’utiliser autrement.

J’ai beaucoup de respect pour ce groupe de religieuses qui, à leur manière, ont choisie de perpétuer la mémoire des victimes de la Shoah. Je suis également envahi par une grande tristesse quand je me rends compte que, dans dix ans ou moins, presque tous les survivants auront disparu. D’autre part, force est de constater une tentative par les libéraux, révisionnistes et négationnistes, de réécrire l’histoire ou même d’effacer la Shoah de l’histoire. Ceci est aussi ridicule que de déclarer qu’il n’y avait personne sur le sol américain quand les pionniers y ont débarqué, ou que Napoléon Bonaparte n’a jamais existé.

Heureusement, il existe aujourd’hui de nombreuses organisations qui travaillent très dur pour le développement et le maintien d’une base de données de photos, de films et de témoignages des survivants et des victimes de la Shoah. Mais je crois que cela reste aussi le devoir d’individus comme vous et moi. Nous devons le faire honnêtement et avec tact pour éviter ce que certains ont appelé «la fatigue de la Shoah», tout particulièrement au sein de notre jeunesse actuelle. Mais cela reste tout de même à faire. Seul Yéchoua le Messie peut vraiment guérir. Et bien que nous ne soyons jamais capables de guérir les blessures, nous pouvons certainement soulager la douleur et prier que le Messie aille toucher les derniers survivants par son amour.

Dans toutes leurs détresses, il a souffert avec eux, et l’ange qui est devant lui les a sauvés. C’est lui-même qui les a rachetés, dans son amour et sa compassion, et constamment, par le passé, il les a soutenus et portés. Esaie 63:9

À la mémoire de mon grand-père maternel Maurice Weinzveig. Né le 4 Décembre 1898, à Olikka, en Russie, il a péri à Auschwitz. PLUS JAMAIS