L’orateur termine la lecture du « Magásh ha-késef », le Plateau d’argent, célèbre poème que Nathan Alterman a écrit en écho à la phrase de Chaim Weizmann après le vote de l’ONU de novembre 1947 : « Aucun Etat n’est offert sur un plateau d’argent ».

Les deux jeunes gens du texte solennel représentent les 23 544 soldats d’Israël morts au combat ainsi que les 3 117 victimes du terrorisme. Silence recueilli. Il est 20 heures, ce 1er mai 2017.

Lentement, le drapeau bleu et blanc remonte dans sa hampe. Quand il parvient au sommet, dans tout le pays le même cri : « Lehaïm ! », A la vie ! Brusquement les énergies explosent et la joie éclate : Yom HaZikaron, le jour du souvenir, laisse la place à Yom HaAtzmaout, le jour de l’Indépendance.

Il faut avoir vécu en Israël et en Israélien ces deux journées, comme nous l’avons fait pour la Conférence annuelle du Keren Hayessod, pour sentir comme ce pays est puissamment et sereinement solidaire. Tout ce peuple dans les cimetières militaires, tel celui de Givat Shaul pour la région de Tel Aviv, où la tombe du jeune soldat côtoie, identique, celle du général, où les camarades de Yael Yekoutiel, 20 ans, écrasée par un terroriste le 8 janvier 2017, pleurent à son souvenir.

Mais ils iront le soir faire la fête, victoire de la vie sur la mort, ce leit-motiv de la tradition juive. Et le lendemain chacun ira au barbecue avec sa famille, ses amis ou ses voisins.

Extraordinaire idée que d’avoir établi ces deux journées à la suite l’une de l’autre, extraordinaire partage émotionnel. C’est là que vibre le patriotisme national, plus vivace que jamais. En déclenchant l’Intifada en 2000, Arafat pensait que les jeunes Israéliens, habitués au confort, fuiraient les risques de l’armée : c’est le contraire qui s’est produit.

Bien sûr, la société est fragmentée, plus disparate et plus contradictoire que dans aucun pays du monde. Il est facile de ricaner : Yom HaAtzmaout ne se commémore pas de la même façon à Tel Aviv, à Ariel, à Mea Shearim ou à Um el Fakhm. Mais la réalité, c’est aussi que les Haredim sont de plus en plus nombreux à participer aux cérémonies et à s’enrôler dans l’armée, que les Arabes israéliens manifestent un sentiment croissant d’appartenance à Israël et que tous les sondages indiquent un degré de satisfaction et d’optimisme qui peut faire envie……..

Le Yom HaAtzmaout a provoqué à propos de Jérusalem une nouvelle poussée de delirium de la part des membres de l’Unesco intoxiqués à la haine d’Israël. Les amis, affidés, clients et souteneurs qui leur ont donné leur voix – j’allais dire leur came – sont moins nombreux et semblent moins déterminés à l’exception des aficionados comme la Suède. La France, elle, s’est abstenue minablement une fois de plus. Elle ne sait pas si Jérusalem a ou non un lien avec les Juifs, elle s’en lave les mains. Comme le préfet Pilate devant le juif Jésus….

Personne n’est dupe. Certains diplomates, après leur vote hostile assurent leurs collègues israéliens de leur amitié. Ces résolutions, disent-ils, n’ont pas d’importance. Elles font plaisir à des états arabes avec lesquels on veut « garder le contact, dans l’intérêt même de la paix.»

Eh bien non ! Cette hypocrisie mielleuse et paternaliste aux dépens d’Israël ne favorise que la surenchère. A l’ONU, certains (le nouveau secrétaire général, la représentante des Etats Unis) ont commencé à dire la simple vérité. La mensongère rhétorique anti-israélienne est le pire ennemi de la paix et les Juifs savent que c’est le visage nouveau de l’antisémitisme.

Souhaitons que le président Emmanuel Macron, que je félicite chaleureusement par avance.

Richard Prasquier