Après des années d’un combat âpre et éprouvant, Yéhoudit a reçu son guet ce matin.

« Mais pourquoi dois-je payer pour avoir mon guet » m’a demandé Yéhoudit lors d’une de nos discussions pendant ces mois de combat. Ce cri du cœur d’une femme à la recherche de sa liberté est aussi la question cruciale que pose le divorce juif.

Certes, la Torah écrit qu’un homme doit donner le guet à sa femme « de sa propre volonté », mais la Torah n’écrit nulle part que l’homme doit monnayer, marchander, racketter le guet de sa femme.

Pour définir le statut d’une femme aguna, le dayan, le juge rabbinique qui a été saisi du dossier de Yéhoudit en Israël refuse de prendre en considération des critères de temps :  » Lorsqu’il est clair qu’il n’y a plus aucun espoir et que l’un des deux, malgré tout, refuse de libérer l’autre, nous sommes dans un cas d’igoun, de retenue par la force de l’autre, quel que soit le temps écoulé, un jour ou un an. » Définition courageuse et vant-gardiste de la part d’une autorité rabbinique du monde orthodoxe.

Ce juge rabbinique redonne au guet sa définition halakhique originale : lorsque tout espoir d’une union a disparu, donner le guet est une mitzva, un commandement. Et refuser de donner le guet est une enfreinte à la Loi.

L’ancien époux de Yéhoudit et les autres époux qui enchainent encore leur femme ne portent pas seuls, la responsabilité de cette entrave à la halakha. La responsabilité incombe à l’ensemble des communautés juives.

En matière de guet, les normes toraniques ont été outragées. La loi juive a été prise en otage. L’esprit de la Loi a été méprisé, violé. Un guet ne se monnaie pas. Donner ou recevoir le guet est une mitzva au même titre que d’autres commandements.

Un divorce est toujours un âpre combat émotionnel, financier et juridique. Il ne doit pas être aussi un combat halakhique.

Car la halakha strico-sensus prévoit au contraire un parcours lorsqu’une histoire d’amour devient un thriller cauchemardesque, lorsque l’amour désagrégé s’est transmué en haine, lorsque s’entremêlent vengeance et regret, haine et désirs, lorsque que tout semble apocalyptique.

Encore un mot sur le guet de Yéhoudit. La remise du guet qui s’est déroulée au Beit Din à Paris, a été précédée d’une intervention énergique du Tribunal rabbinique d’Israël et du département des « agunot », qui en créant une dynamique dans un conflit interminable ont permis de trouver une solution.

Après des procédures sans issue, Yéhoudit, avec courage et ténacité avait mobilisé l’opinion publique via les réseaux sociaux et diffusée une pétition signée par plus de 2000 personnes.

Comme dernier espoir, elle s’est adressée à nous, toanot rabbaniot, avocates devant le Beit Din, qui en coopération étroite avec le département des agunot du Tribunal rabbinique d’Israël, tentons de libérer des femmes – et aussi des hommes – d’un lien matrimonial impossible.

Yéhoudit débute aujourd’hui une nouvelle vie. Et pour nous, qui avons cru en elle, cru en son combat, cette journée est un hymne à la liberté et à l’espoir.

Illustration de la pétition de Yéhudit il y a quelques mois

https://www.change.org/p/consistoire-de-paris-soutenez-yehoudit-une-femme-en-attente-de-divorce-religieux-guet-au-consistoire-de-paris?source_location=minibar