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Yaïr Golan : une démocratie pour un seul camp ?

Le chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan, dirigeant une réunion de sa faction à la Knesset, à Jérusalem, le 19 mai 2025. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)
Le chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan, dirigeant une réunion de sa faction à la Knesset, à Jérusalem, le 19 mai 2025. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

On ne peut écrire honnêtement sur Yaïr Golan sans commencer par reconnaître ce qui doit être porté à son crédit. Derrière lui, près de quatre décennies de carrière militaire, au cours desquelles il a occupé une série de postes de commandement de premier plan jusqu’à devenir chef d’état-major adjoint de Tsahal. Le 7 octobre 2023, alors que le pays tentait encore de mesurer l’ampleur de la catastrophe, il ne s’est pas contenté de commenter les événements à distance : Golan, alors civil et général de réserve, est descendu dans le Sud et a personnellement participé au sauvetage de survivants dans la zone des massacres.

Nul ne saurait davantage lui contester le droit de défendre des positions de gauche, de s’opposer au gouvernement Netanyahou et de considérer certaines de ses actions comme une menace pour la démocratie. Une démocratie israélienne saine a besoin d’une gauche forte, tout autant que d’une droite et d’un centre.

La question que je souhaite examiner ici est ailleurs.

Golan dirige un parti qui a choisi de porter le nom particulièrement engageant de « Démocrates ». Il ne cherche pas seulement à remplacer un gouvernement : il présente tout un camp politique comme engagé dans une lutte pour sauver la démocratie israélienne. Il est donc légitime de se demander si les moyens et le langage qu’il emploie lui-même sont toujours conformes aux valeurs qu’il entend défendre.

Il ne s’agit pas ici d’une question de gauche ou de droite. Il s’agit du rapport que l’on entretient avec l’adversaire politique, avec les gardiens des institutions dont on désapprouve l’action, avec les hauts responsables de l’État et avec les médias que l’on considère comme nuisibles.

Un langage qui dépasse le simple dérapage

Golan a derrière lui une longue histoire de déclarations particulièrement virulentes. En avril 2022, par exemple, il qualifia Amichai Chikli d’« homme venu des immondices ». Invité à s’expliquer, il précisa qu’il voulait dire que Chikli était un inconnu que Bennett avait fait entrer en politique et qui, selon lui, l’avait récompensé par sa déloyauté. L’explication est importante — mais elle ne rend pas pour autant l’expression elle-même plus acceptable dans le débat entre élus.

Il en va de même de l’affaire de Homesh. Golan qualifia de « sous-hommes » des individus qu’il accusait d’avoir agressé des Palestiniens, profané des tombes et des biens et commis d’autres actes graves. Après la polémique, il précisa explicitement qu’il visait ces personnes et non l’ensemble des habitants des implantations. L’honnêteté commande de rappeler cette précision. Il n’en demeure pas moins que, même à propos de délinquants présumés, l’emploi par un dirigeant politique d’une expression qui retranche des êtres humains de l’humanité constitue, à mes yeux, le franchissement d’une ligne dangereuse.

On peut donc admettre que certaines déclarations attribuées à Golan ont parfois été sorties de leur contexte ou abusivement généralisées par ses adversaires. Mais lorsque ce type de formule revient régulièrement au fil des années, il devient difficile de toutes les considérer comme de simples dérapages accidentels.

Quand le désaccord devient « trahison »

En décembre 2024, alors que des voix s’élevaient au sein de la coalition pour réclamer le limogeage de la procureure générale du gouvernement, Golan déclara que quiconque voterait en faveur de cette mesure deviendrait « pleinement complice d’un crime », du « démantèlement de la démocratie » et d’une « trahison envers l’État d’Israël ». Là encore, il faut présenter l’argument qui sous-tend ses propos. Aux yeux de Golan, la tentative de limoger la procureure générale ne constituait pas un simple désaccord sur le fonctionnement d’un haut responsable, mais participait de ce qu’il considère comme un processus systématique d’affaiblissement des contre-pouvoirs et du régime démocratique. Si telle est sa conviction, on comprend qu’il attribue à cette initiative une gravité exceptionnelle.

Mais même dans ce cas, un problème profond demeure.

Dans une démocratie, on a le droit de penser que le limogeage d’une procureure générale serait une mesure mauvaise, dangereuse, voire destructrice. Dans une démocratie, on a également le droit de penser le contraire. Dès lors qu’un vote en faveur d’une mesure politique et constitutionnelle devient une « trahison envers l’État », l’adversaire cesse d’être quelqu’un qui se trompe à vos yeux pour devenir presque un ennemi intérieur.

C’est précisément le type de langage dont les dirigeants de tous les camps devraient se garder.

« Nous réglerons aussi nos comptes avec toi »

Quelques jours plus tard, Golan s’adressa au commissaire général de la police, Danny Levy, à la suite de révélations concernant ses liens passés avec Hanni Bliweis. Golan affirma qu’une loyauté personnelle envers Netanyahou, si elle était avérée, pouvait constituer une infraction pénale, avertit le commissaire que « rien n’est éternel » et ajouta que, le moment venu, « si nécessaire, nous réglerons aussi nos comptes avec toi ».

Là encore, il existe un contexte qu’il serait malhonnête d’effacer : Golan ne menaçait pas le chef de la police simplement parce que celui-ci aurait des opinions politiques différentes des siennes. Il faisait référence à des soupçons précis et demandait qu’ils soient examinés.

Mais c’est précisément pour cette raison que l’expression « nous réglerons nos comptes avec toi » pose problème. S’il existe des soupçons d’infraction, ils doivent faire l’objet d’une enquête. S’il existe des preuves, c’est au parquet et aux tribunaux de trancher. Lorsqu’un chef de l’opposition promet qu’après une alternance « nous réglerons nos comptes » avec le responsable de l’une des principales institutions chargées de faire respecter la loi, il brouille lui-même la frontière qu’il prétend défendre : celle qui sépare l’application de la loi de la vengeance politique.

« Nettoyer » la fonction publique

En septembre 2025, Golan déclara qu’un futur gouvernement auquel il participerait devrait « nettoyer la fonction publique ». Ailleurs, il parla d’écarter les personnes « qui ne sont pas loyales envers les règles démocratiques de l’État d’Israël », citant explicitement le directeur du Shin Bet, David Zini. Il expliqua que le gouvernement actuel avait, selon lui, procédé à des nominations contestables et que son objectif était de rétablir à des postes de responsabilité des professionnels agissant de manière impartiale.

Il est important de le préciser, car le mot « nettoyage », pris isolément, pourrait donner l’impression trompeuse que Golan proposait de renvoyer des fonctionnaires simplement parce qu’ils seraient de droite.

Et pourtant, même replacée dans son contexte, la formulation reste préoccupante. Qui décidera exactement de celui qui « n’est pas loyal envers les règles démocratiques » ? Selon quels critères ? Et que se passera-t-il lorsque le gouvernement suivant, issu du camp opposé, adoptera exactement le même principe et commencera à « nettoyer » la fonction publique des personnes qu’il estimera déloyales envers sa politique ?

Le danger de politisation de la fonction publique n’est pas l’apanage de la droite. Celui qui s’y oppose lorsque la droite est au pouvoir doit veiller à ne pas la légitimer lorsque le pouvoir passe dans son propre camp.

Le test de la chaîne 14

Fin 2025, Golan déclara sans détour : « Quand nous arriverons au pouvoir, nous fermerons cette chaîne », à propos de la chaîne 14, qu’il qualifiait de « chaîne de propagande ». Lorsque la journaliste lui fit remarquer qu’une telle mesure était antidémocratique, il justifia sa position en invoquant le principe de la « démocratie défensive ».

Après les critiques, cette position fut nuancée. Golan parla ensuite de transformer la chaîne 14 en « véritable média », tandis que des responsables de son parti expliquèrent qu’il s’agissait de la soumettre aux normes réglementaires applicables aux autres médias, et non de la fermer purement et simplement par décision gouvernementale.

Il est heureux que cette précision ait été apportée.

Mais la déclaration initiale demeure préoccupante. La liberté de la presse ne se mesure pas à notre attitude envers les journaux et les chaînes que nous estimons, mais précisément envers ceux dont nous sommes convaincus qu’ils sont biaisés, nuisibles, voire propagandistes.

Si un média enfreint la loi, il existe des lois. S’il viole les conditions de sa licence, il existe un régulateur. S’il se livre à l’incitation, il existe des moyens juridiques de lutter contre celle-ci. Mais il n’appartient pas à un responsable politique de décider quelle chaîne mérite de continuer à émettre parce qu’elle constituerait un « véritable média » et laquelle ne le serait pas.

Demain, ce précédent pourrait fonctionner exactement dans le sens inverse.

« Tuer des bébés comme passe-temps »

En mai 2025, Golan déclara qu’« un pays sain d’esprit ne mène pas la guerre contre des civils, ne tue pas des bébés comme passe-temps et ne se fixe pas pour objectif d’expulser une population ». Ces propos suscitèrent de vives condamnations, y compris parmi les dirigeants de l’opposition.

Golan précisa ensuite que ses paroles visaient le gouvernement et non Tsahal, affirmant qu’il cherchait au contraire à protéger l’armée contre la politique de ministres extrémistes.

Cette précision doit impérativement figurer dans toute discussion honnête de ses propos.

Mais elle ne résout pas entièrement le problème.

Le mot « passe-temps » ne constitue pas une critique du nombre de victimes civiles, des règles d’engagement ou de la politique gouvernementale. Il revient presque à attribuer à ceux qui sont visés une forme de plaisir à tuer des enfants. Lorsqu’une telle formulation vient d’un ancien général et du dirigeant d’un parti israélien en pleine guerre, sa portée dépasse très largement le débat politique intérieur.

Un dirigeant a parfaitement le droit de mettre en garde contre une dérive morale. On peut même considérer qu’il en a le devoir lorsqu’il est convaincu qu’elle se produit. Mais plus l’accusation est grave, plus l’obligation de peser ses mots est grande.

La démocratie qu’il prêche — et celle qu’il pratique

C’est ici que la question devient plus sérieuse.

Je n’entends pas réduire Yaïr Golan à l’étiquette sommaire d’ « ennemi de la démocratie ». Ce genre d’étiquette remplace trop facilement l’argumentation par l’accusation — précisément la tendance que j’ai critiquée tout au long de cet article.

La question, plus préoccupante, est de savoir si un dirigeant politique peut être sincèrement convaincu de défendre la démocratie tout en adoptant, de manière répétée, un langage et des méthodes susceptibles d’en fragiliser certaines des normes les plus fondamentales.

Golan se considère sans aucun doute comme engagé dans un combat pour la démocratie israélienne. Mais la sincérité de l’intention ne constitue pas, en elle-même, un brevet de vertu démocratique. La démocratie ne se mesure pas seulement aux institutions que l’on entend protéger, mais également aux limites que l’on accepte de s’imposer lorsqu’on affronte ceux que l’on considère comme une menace pour ces institutions.

Et c’est précisément là que le comportement de Golan soulève de sérieuses inquiétudes.

Celui qui se présente comme un défenseur de la démocratie devrait être particulièrement prudent avec des mots tels que « trahison » ; éviter le langage du « règlement de comptes » à l’égard des responsables des institutions de l’État ; expliquer avec la plus grande précision ce qu’il entend par « nettoyer » la fonction publique ; et défendre la liberté d’expression même lorsqu’il s’agit d’un média qu’il exècre.

La démocratie ne délivre aucun brevet automatique de vertu à la droite ou à la gauche. Elle impose aux deux camps la même épreuve difficile : être capable de reconnaître que même un adversaire que l’on considère comme dans l’erreur, dangereux, voire nuisible, demeure membre à part entière du camp démocratique tant qu’il agit dans le cadre de la loi.

C’est à cette épreuve que je propose de soumettre Yaïr Golan — et une épreuve à laquelle, encore et encore, il semble échouer.

Non parce qu’il est un homme de gauche. Non parce qu’il s’oppose à Netanyahou. Et non parce qu’il lui serait interdit de mener un combat politique virulent.

Mais parce que celui qui dirige un parti appelé « Les Démocrates » et prétend sauver la démocratie israélienne doit démontrer que la démocratie qu’il défend englobe également ceux qui n’appartiennent pas à son camp.

Dans une société israélienne blessée et polarisée, cette exigence n’a rien de secondaire. Elle est peut-être l’une des plus importantes que l’on puisse aujourd’hui imposer à quiconque aspire à la diriger.

à propos de l'auteur
De retour en Israël depuis l’été 2025, le Dr Eitan Chikli se consacre aujourd’hui à l’analyse des questions politiques, religieuses et sociales israéliennes. Il a été président-recteur de l’Universidad Hebraica de Mexico de 2020 à 2024, après avoir dirigé pendant vingt-six ans la Fondation éducative TALI. Docteur en éducation juive du Jewish Theological Seminary, il est également titulaire d’un Master of Public Administration de la Harvard Kennedy School, obtenu en tant que Wexner Fellow, ainsi que de diplômes en études juives, relations internationales et études du Moyen-Orient. Il a enseigné dans plusieurs institutions universitaires et éducatives en Israël. Né en Tunisie et ayant grandi en France, il a fait son alyah en 1977 et a servi comme officier dans Tsahal.
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