« Jamais je ne poserai mes pieds sur le sol allemand ! » cet adage m’a accompagné durant les trente premières années de ma vie. Sans m’y être engagé formellement, je me suis fait un point d’honneur à ne pas voyager dans le pays du troisième Reich. Je viens de briser ce pacte non écrit, au retour de mon voyage en Allemagne, force est de constater qu’il y a des chances pour que j’y retourne prochainement.

De mon propre gré, une telle initiative n’aurait sûrement pas été prise. Coincé dans ma perception de diabolisation du voisin germain, il était difficile pour moi de trouver une motivation pour me rendre sur la terre du peuple qui, il y a de ça soixante-quinze ans, avait décidé d’anéantir le mien.

C’est donc dans le cadre de mon travail que je me suis rendu en Allemagne, dans une ville nichée à quarante kilomètres à l’est d’Hambourg. Le but de notre visite était de créer un partenariat de longue durée avec notre homologue local. Nos deux organismes respectifs; travaillent tous deux dans le milieu de l’éducation et le développement des jeunes adolescents. Notre challenge est donc de former et d’éduquer ensemble la nouvelle génération à plus te tolérance, de compréhension et de communication. Un programme d’échange vient d’être mis en place afin d’œuvrer de concert, et de planter les graines d’une sincère et durable collaboration.

Quand des israéliens et des allemands se rencontrent, oui il y a un éléphant au milieu de la pièce, c’est indéniable. Le sujet de la Shoah est omniprésent. L’israélien a tendance à se sentir sur la défensive et a le besoin d’entendre l’allemand s’expliquer. Nul besoin d’entendre des excuses ni de leur faire ressentir leur culpabilité, mais plutôt l’envie de comprendre le message éducatif qui leur a été transmis. Le poids de l’héritage est parfois si lourd à porter pour nous, nous étions curieux de voir comment eux-mêmes formulent ces questions si délicates.

L’éducation nationale allemande a tant investi et pris de si sérieuses précautions pour que sujet soit traité avec toute l’importance et la gravité qui lui incombe. Un terrain d’entende pouvait donc facilement être trouvé.

Nous avons eu l’agréable plaisir de découvrir une jeunesse allemande ouverte, chaleureuse et pluriculturelle, prête à discuter des sujets qui font mal sans s’abriter derrières masques et excuses. Dans cette mosaïque de couleurs et d’origines, même le juif y a retrouvé une place d’honneur. J’ai froncé les sourcils lorsque j’ai remarqué pas moins de huit policiers postés devant la synagogue, ça reste l’Europe mais les juifs sont de retour en Allemagne et il y vivent bien, peut être une des communautés des plus sûres et florissantes du vieux continent.

Ce qui m’a le plus impressionné en Allemagne c’est l’engagement de son gouvernement et de ces citoyens a créer un échange durable et réel avec Israël. Sur la scène internationale aucun pays européen ne s’est tenu au côté d’Israël aussi fermement que l’Allemagne. Cette alliance se répercute sur les consciences et résonne dans les conversations que j’ai pu avoir avec la plupart d’entre eux.

Je suis heureux d’avoir franchi mes peurs et appréhensions d’enfant issu de la troisième génération d’après l’holocauste. J’ai eu la surprise de connaître une Allemagne, revigorée, pacifiste, tolérante, assumant sont passé et tournée vers la construction de son avenir, un modèle qui inspire le respect à bien des égards.

C’est encourageant pour la coopération future que nous nous sommes engagés à élaborer, encourageant aussi pour l’ensemble de nos relations avec l’Europe. Il nous reste un ami dans la région, cet ami est la première économie européenne et est notre plus fidèle partenaire, avec lequel nous sommes liés par les liens de l’histoire, pour ensemble œuvrer afin que celle-ci ne se répète jamais.