Le 19 mars 2015, j’écrivais : « Depuis ce matin, j’ai un blog sur Le Time of Israël La joie de voir ma première parution. L’étonnement de me lire. La réflexion de me dire. Comment est-ce possible ? L’impression bizarre que ce n’est pas moi qui écrit. Mais qui écrit alors ? Les mots viennent de moi, même si je ne sais pas comment. Alors que j’adore jouer avec les mots. Flirter dans leurs parages. Les asticoter quelquefois. Leur faire dire quelque chose. Tout en disant autre chose. Comme des mots à tiroirs. Des fonds secrets de l’être. Plus fort que le paraître. Je suis un homme comblé. De pouvoir m’exprimer. Moi, qui ne sait pas parler.»

Le talent ne se mesure pas à un article sur un blog. J’ai pourtant l’aisance de me balader, sur le fil des mots. Avec brio. Je sais comment les habiller. Quelquefois les déshabiller. A l’ombre de mon dire. Qui n’est pas celui des autres.

J’ai la particularité. De pouvoir parler. Des choses qui dérangent le bon ordre. D’une société. Ou de l’esprit. Ma plume est une arme. A double tranchant. Où, j’aiguise mon verbe. A l’ouverture des interdits. Tout ça pour dire. La déception des réactions. Devant un texte littéraire. D’une puissance, piquante et vive. Ou le peu de partages. Voire, l’insuccès. De mon premier papier.

Yom HaShoah tombe le 16. Je publierai à trois jours d’intervalle. Deux chapitres sur mon blog. D’un manuscrit en fin d’écriture. De +/- 1.000 pages. Ou quinze ans de travail. Intitulé, « Le Porteur de Fantôme ».

Lorsque j’ai appelé la dame. La spécialiste des traumas des enfants de survivants. Elle m’a dit : « Vous portez un dibbouk. Il faut vous faire soigner par un rabbin ».

Lorsque je lui ai demandé, où ? Elle m’a répondu : « Je ne sais pas. Cela doit exister quelque part en Israël ». Avant de raccrocher illico presto. Me laissant seul. Avec mon trouble. Après m’avoir ajouté le sien.

Lorsque je l’ai rencontrée, des années plus tard, elle ne s’en souvenait plus. Pourtant ses paroles, ont marqué ma vie.

Après lui avoir transmis un de mes textes, elle n’a pas répondu. Me laissant perdu. Une fois encore.

A l’issue d’une de ses conférences. Des mois plus tard. Je lui ai demandé pourquoi, elle n’avait pas répondu. « Cela ne méritait pas de réponse », m’a-t-elle dit. Me laissant coi. Une nouvelle fois. Alors que la politesse. De quelques mots laconiques auraient suffi. J’aurais compris.

J’avais cinq ans et demi. J’étais en première d’école. Le plus jeune de la classe. Le vendredi, la prof racontait l’histoire juive. On recevait des bonbons. J’aimais ça. Abraham, Moïse, David et Salomon me faisaient rêver. J’avais un faible pour Joseph. Les sept années grasses, les sept années maigres. J’aimais l’histoire de Hanoukka. La victoire de Judas Maccabée sur Antiochus IV Epiphane. La Fêtes des Lumières.

Aujourd’hui, je sais pourquoi. Celles de Joseph, de Judas Maccabée et Antiochus IV Epiphane étaient mes préférées. Elles étaient les clefs. Ou les lumières. Pour sortir de l’ombre. Les secrets, les non-dits qui m’avaient été transmis.

Dans « Le Porteur de Fantôme », je révèle tout. Ce qu’on ne peut pas dire. Je vais à l’extrême du langage. Ou de la langue. Je n’ai plus de pudeur. Ma pudeur est mon impudeur. Mon impudeur est ma nouvelle pudeur. La pudeur ne sert à rien. Dans certaines situations. Elle tue. Au lieu de dire. Dé-couvrir. La vérité nue. Crue. Qui blesse. Qui fait mal. Ou comment faire ?  Pour s’en sortir. Continuer à faire comme. Je ne savais pas. Plus faire.

Je portais un fantôme. Le dibbouk, de mon jeune oncle Ephraïm. C’était l’évidence. Les lectures m’avaient préparé. Même si j’avais peur de l’entendre. Je savais. J’ai toujours su. Sans savoir. Ce qu’on appelle, le devoir de nescience. L’enfant sait la vérité. Il n’a pas le droit de la dire. La révéler. Dans la famille. Il joue une vie de dupe. Une vie par procuration. Pour épargner son parent en souffrance. Je connais ton secret. Je n’ai pas le droit de le dire. Ou de le dévoiler. Je vais le rejouer dans ma vie. Pour toi. Te montrer que je le connais. Te reconnais. Aux dépends de ma vie.

A suivre…