Ah!!! Ciel ! quelle journée ! Qui plus est, une journée internationale, rien que pour elles, les femmes ! Et encore, n’est-ce que trop peu. « Que Tes oeuvres sont nombreuses, Eternel ! toutes avec sagesse Tu les fis, la terre est remplie de Ta richesse/מה-רבו מעישיך יי כלם בחכמה עשית מלאה הארץ קניניך. » (Tehilim/Psaume 104, 24).

Ce dimanche 8 mars a donc été la Journée Internationale de la Femme dédiée à l’unicité féminine : « Yom HaIcha HaBeynleoumi/יום האשה הבינלאומי » dans une israélitude novatrice.

Il faut un esprit vraiment « Komsomol », « pionnier » à la mode soviétique qui semble aujourd’hui dépassé… mais non, non, le prolétariat de base, féminin et exploité, géniteur et matriciel, ces mamelles qui ont nourri les enfants du peuple, tout cela n’a de sens, même en 2015, que dans la bonne vieille tradition de l’âme slave tournée vers l’universalité de la foi ou de l’athéisme du conseil des Républiques. Elle geint aux cordes vibrantes de balalaikas roucoulantes.

Elle sait faire appel aux « camaradesses » d’une Internationale, autrefois esclave, désormais chantée par la grandeur, l’immensité de la liberté sociale et fraternelle.

Ce dimanche 8 mars 2015 fut surtout le 23 février du calendrier julien en usage avant la Révolution bolchévique dans une Russie impériale, née du Baptême de la Rous de Kiev et/ou de Moscou, lorsque socialistes, bundistes yiddishisants, kibboutznikim de Biélorussie et communistes internationaux, dont Lénine décidèrent d’affronter la modernité.

Eh oui, nous sommes restés, près d’un siècle plus tard, avec la même question de calendrier : 8 mars 1918 séculier et sans Dieu ou 23 février 1918 (24 Adar 5678) qui restera une date de l’Orient chrétien alors battu en brèche ?

C’est quoi ce délire, direz-vous ?!

Les femmes bas-bleues, étudiantes éternelles, de l’émancipation, c’est plutôt cet esprit pragmatique né au creuset d’une Europe germanique et scandinave (Danemark, Autriche-Hongrie, Norvège, bien avant la France, la Grande-Bretagne et la France). Il y a un vieux fond de parité viking, donc « variag/варяг = les Scandinaves » de l’Est qui ont conquis les terres de Russie. Dans les deux cas, une liberté pré-chrétienne.

La Révolution russe ? Elle est justement présente au Jour International de la Femme et très sensible en Israël, le deuxième pays russe comme l’affirme, avec une bonhomie de terroir, le président Poutine immédiatement contredit par les Ukrainiens qui expliquent que les Juifs furent longtemps « parqués » chez eux, aux marches de l’Empire tsariste.

Tout celà n’est que broutille : tout au long de ce jour d’internationalité, les hommes et les femmes s’envoient des textos, des tweets, des blogs, des lettres qui s’envolent avec chaleur et respect, amour dithyrambique chargé de palpitance. Ils expriment les voeux les plus divers à la gente féminine.

Des tonnes de fleurs et de plantes fraîches sont ainsi envoyées à ces dames et demoiselles, à des associations féminines ou féministes selon la bonne tradition de l’ex-Union Soviétique. Ce n’est que depuis leur arrivée massive en 1990-92, qu’il est devenu courant et « normal », en Israël, d’offrir des bouquets de fleurs à son épouse ou amie à l’entrée du Chabbat. En Russie, ils étaient emballés à la va-vite dans du papier journal de base.

Oui, la femme soviétique a été l’héroïne courageuse, intrépide, maternelle qui exhale ce parfum de créative consensuelle, toujours prête à défendre la patrie qui est neutre en russe (« Отчетество/otchetestvo »).

Le 23 février (cal. julien) marque le début de la Révolution de Février en 1917, à Saint-Pétersbourg, quand le peuple manifestait pour avoir de quoi manger.

Les femmes réclamaient « de la nourriture et la paix/yèda i mir-еда и мир ». Le mot « mir » est ambigu en russe : il désigne tant la paix naturellement perçue comme une exigence « internationale » que le « monde ». Une journée mémorable, visionnaire et prophétique, laïque et « athéiste » comme le déclarèrent Lénine-Trotsky alors inséparables.

Bref, les femmes soviétiques ont acquis rapidement, dans tous les domaines de l’activité sociale, scientifique, culturelle et autre une promotion quasi unique dans le monde.

Une expérience d’égalité… et sans doute bien plus. Cela se sent nettement encore en Israël, y compris parmi ces « Soviétiques » de l’Asie centrale, sinon sibérienne. Des femmes capitaines de sous-marins, de paquebots, cosmonautes, professeures, sportives de haut niveau, gouverneures de kolkhozes ou sovkhozes (en gros parallèles aux Kibboutzim et mochavim), agentes d’un KGB qui intervenait dans toutes les sphères des collectivités.

Des femmes qui ont acquis d’autres droits… à la chute du communisme. Le taux de divorces, d’avortements légalisés en URSS ont porté la femme à assumer des responsabilités professionnelles, familiales et domestiques démesurées.

Elles les ont souvent reléguées dans une effroyable solitude morale, affective et un égotisme forcené qui ont singularisé sa situation dans les vastes espaces des nations socialistes comme celà reste sensible au sein de la société israélienne. Les femmes y ont souvent trouvé la liberté, mais non la confiance en l’homme.

On y est ! Tel est bien le problème. Il y a de Jour international de la Femme dans la mesure où le bât blesse dans sa relation avec la masculinité. Pourtant…

Le récit de la création indique que l’homme, originellement porteur de masculinité et de féminité, est seul (Bereishit/Gén. 1, 18-24, récit du façonnement d’Eve). La femme est, selon la révélation ou l’entendement biblique, issue du côté « ombrageux »[tsela’/צלעה] de Adam.

Elle est l’être féminin car l’Eternel l’amena à Adam « pour l’accompagner, lui donner du discernement, marcher contre lui comme à sa rencontre » (Gén. 2, 22). De fait, la femme est le couronnement de l’oeuvre de la création.

Bon, un tableau de maître, encore qu’il faille dire cela avec modération. Elle apporte ainsi quelques grains de neurones à un premier mâle sans semblable, placé dans un isolement humain, affectif et intellectuel qui est aussi générationnel car il ne peut mettre quiconque au monde.

On trouve des hommes solitaires. La solitude des femmes peut atteindre des degrés souvent inhumains en raison de la nature féminine, ses mouvements de l’âme et du corps, peut-être aussi parce qu’elle n’est vraiment comprise que par ses semblables. On pourrait cependant avancer qu’une femme sait se suffire à elle-même, ce qui est rare dans la société masculine. Il y a une vraie autonomie féminine qui s’avère parfois nuisible ou insatisfaisante.

Les femmes des pays communistes comme les travailleuses européennes et américaines ont imposé, au cours du 20ème siècle un jour dédié à la dignité de la femme. La situation actuelle dans le monde montre à quel point les femmes peuvent être avilies, violées dans leurs corps, leurs créativités, muselées dans leurs intuitions.

En Israël, la femme a trouvé un terrain vierge à revitaliser lors des premières Aliyot/Montées, précisément venues du vaste Empire russe et de l’Est européen. Les soeurs venues du Machrek et de l’Afrique du Nord les ont rejointe sur ce temps court de quelques décennies. La femme israélienne a su s’impliquer dans tous les domaines de la vie et de la survie de l’Etat dès sa naissance. Elle a trouvé aussi l’occasion d’interroger et de commencer à remettre en question les différentes formes de Traditions juives, dans toutes ses tendances. Celà reste une nouveauté tout-à-fait exceptionnelle en raison des origines et des points de références en présence sur ce lopin de terre.

Quoi de commun entre l’Américaine, l’Allemande, l’Anglaise, la Scandinave mais aussi les femmes russes d’Ukraine, de Russie distinctes des Juives boukhares d’Asie centrale, du Tadjikistan, d’Inde, de Chine, d’Afrique noire ou d’Afrique du Sud qui rencontrent des Ethiopiennes passées en quelques années de – 2000 à l’ère moderne, tout en restant confrontées à des traditions bigarrées et rétrogrades.

Il y a beaucoup trop de viols dans la société israélienne juive, de harcèlement dont les femmes sont victimes jusque dans les sphères de la piété rabbinique ou la tâche présidentielle.

Quelle situation singulière que la condamnation et l’emprisonnement de Moshé Katzav. Oser parler de justice et de foi en l’Eternel quand de pauvres hères refusent le guet/גט=divorce à des épouses qui leur restent « enchaînées » ? Esclavagisme ou terreur de faire face à la vraie vie. Dans sa vie intime, le Juif marié a le devoir de faire satisfaire sa femme – la réciproque n’existe pas.

Dans la société arabe – c’est vrai dans la Vieille Ville de Jérusalem mais aussi dans tout le pays – les femmes assument beaucoup trop de choses entre les tâches ménagères, l’éducation des enfants, la vie professionnelle qu’elles exercent souvent en dehors de leur milieu.

Beaucoup de jeunes femmes arabes chrétiennes font des études approfondies, ont acquis des diplômes unversitaires ou autres. En revanche, elles ne trouvent pas à se marier en raison de la différence sensible de formation des hommes qui supportent rarement d’avoir un statut social ou culturel inférieur à leurs épouses, amies, partenaires.

Que signifie le Jour International de la Femme en Israël ?

On pourrait se risquer à une réflexion qui existe dans la vie spirituelle bien qu’elle apparaisse peu dans la réalité.

La Révélation du judaïsme, reçue de l’hébraïté, procède très vraisemblablement de la valeur créatrice de la femme. Cela se retrouve totalement dans le christianisme… bien que cela soit plutôt ignoré ou contredit par l’histoire.

Chaque samedi soir, à la veille du jour de la résurrection, l’Eglise orthodoxe rappelle la rencontre de Jésus réveillé du sommeil de la mort au bout de trois jours avec une femme et disciple, Marie-Madeleine, celle-là-même qui avait été libérée de nombreux péchés.

Il lui dit d’annoncer la résurrection aux apôtres qui avaient fui et étaient désespérés (Jean 20, 11-18). Là aussi l’homme se « réveille » et est sauvé par l’amour et la ténacité d’une femme qui, pour la vraie tradition chrétienne, est devenue la première « apôtre » de l’Eglise naissante de Jérusalem.

Dans le cas du judaïsme, l’éloge de la femme vertueuse, parfaite ou « eshet ‘hayil/אשת חיל » est lu chaque chabbat.

Les paroles du mari confirment ce rôle vital, fondamental de la femme : « Un femme vertueuse (courageuse, combattive, de conseil), qui la trouvera… En elle se confie le coeur de son mari, il ne manque pas d’en tirer profit. Elle fait son bonheur et non son malheur tous les jours de sa vie\כל ימי חייה (à elle et non celle de son mari!) » (Michley\משלי – Proverbes 31, 10-31).

Serait-ce un doux rêve ? La foi incite parfois à affirmer des principes sinon des dogmes qui sont bien plus grégaires sinon systématiquement bafoués dans toute société humaine. Le judaïsme insiste sur la transmission, d’abord celle de la vie, de la fécondité, puis de la qualité « humaine » centrée sur la Torah qui engendre et éduque.

Le Livre de la Genèse précise que la femme a reçu cette faculté de donner intelligence et discernement à l’homme. Par ses cycles, si essentiels et chargés de sens pour le judaïsme comme pour l’Orthodoxie chrétienne, elle est un « calendrier », une source de vie. Elle possède la possibilité, en accompagnement de l’homme, de dépasser le temps et d’engendrer l’avenir ce qui est de nature essentiellement prophétique.

Pendant l’office du matin (Cha’harit/שחרית), le juif bénit l’Eternel « chelo ‘assani icha/שלא עשני אשה = Qui ne l’a pas fait femme ». La femme dit, de son côté : « che’assani kir’tsono/שעשני כרצונו = Qui l’a créée selon Sa volonté« . De quoi s’agit-il ? Mésestime auto-réductrice ou imposée par un machisme jaloux et despotique ? ou rabaissement volontaire ? En Israël, les mouvements libéraux proposent d’autres termes. Mais restons sur ces mots relativement anciens.

Contrairement à l’homme, la femme dit une bénédiction qui n’est pas négative dans sa formulation. Elle remercie l’Eternel de l’avoir créée selon Son projet. Nous voyons que le projet divin est en expansion. Certes, dans le contexte, il semble difficile de positiver et, pourtant, les lapsus existent aussi dans notre relation au Divin.

La bénédiction prononcée par la femme exprime une réalité bien plus profonde : la femme est celle qui permet à la volonté de Dieu de se déployer dans l’histoire, par la maternité physique comme spirituelle.

La vocation de la femme est niée au niveau de ce que les sociétés combattent le sens de la prophétie. C’est ainsi que la société israélienne, dans sa très grande diversité, apporte un renouveau inédit qui se déploie largement sur tous les continents.

L’Eternel est un entrepreneur qui développe des projets concrets, Son dessein prend forme dans le temps et l’histoire.

Ainsi, le mot « ratzon/רצון = volonté » est mis en parallèle, dans la tradition rabbinique avec le mot « eretz/ארץ = terre). Dieu l’a mise en mouvement, elle tourne, elle étends sa course. En hébreu, « routz/רוץ = signifie « courir, être en rotation ». Cela aurait pu éviter quelques ennuis à Galilée. Oui, tourner, faire la course comme on s’apprête à le faire à Jérusalem, une « ritza/ריצה » qui suit donc une dynamique. Et les planètes aussi tournent, même si nous en avons pris conscience seulement récemment.

Tel est ce projet qui, à première vue, semble évidemment caché dans des mots perçus comme anti-féminins. Et si le choix de ces mots ouvrait en fait à quelque chose de réel – une libération que l’on a du mal à saisir et accepter ?

Nous vivons une époque de lutte exarcerbée ou de confusion entre l’homme et la femme ; des gens un peu confus dans l’unisex, troublés par l’impossibilité de déterminer le rôle de chacun.

La tradition judéo-chrétienne affirme que les fonctions de l’homme et de la femme ne sont pas interchangeables.

En cela, nous restons des compagnons d’éternité.