« Pura vida » comme ils disent là- bas, la belle vie, le plaisir à chaque instant, le kiff, la détente, c’est à cela que ressemble la quotidien au Costa Rica.

J’ai eu le bonheur de vivre à ce rythme la pendant plus de trois semaines en l’honneur de mon voyage de noce. À mon retour la semaine dernière je n’étais pas moins heureux que tous ces surfeurs et babas cool qui resteront là à contempler la splendeur de l’océan.

Avant d’être heureux de rentrer j’étais d’abord et surtout comblé de m’extirper de mon quotidien. Loin de moi l’envie d’échapper aux aléas de la vie de tous les jours que j’aime particulièrement mais tout de même avec le désir de prendre une certaine distance, de changer de décor pour un moment.

Au niveau dépaysement j’ai tout de suite été servi, forêt tropicale et sa jungle luxuriante, reliefs volcaniques et sols gorgés d’eaux thermales bouillonnantes. Lacs, lagunes, plages, criques, mers, océans, moustiques, insectes, reptiles, mammifères… et ma femme bien entendu.  Quoi de plus pour me concentrer sur ce qui compte aujourd’hui le plus au monde : ma vie de couple.

Nous passons du bon temps, tout le temps, à tel point que j’arrive à me passer de wifi pendant plusieurs heures, parfois une journée entière. Je prends mon téléphone plus par réflexe que par envie, il détecte lui -même le réseau wifi comme s’il en avait besoin encore plus que moi, très vite il me fait replonger une fois de plus, dans les travers infinis de « whatsapp »  et ses alertes incessantes, je ne veux rien voir, juste une photo à la famille et je suis sorti. C’est le même dilemme tous les jours.

Les jours avancent et progressivement s’installe une paisible oisiveté, un doux plaisir au détachement. Si les premiers jours persistait une certaine résistance de pensées rampantes et intempestives elles vont en déclinant au fur et à mesure que prend place la relaxation et l’abandon à la vie de couple dans cette nature paradisiaque.

Nos journées se déroulent avec une aisance déconcertante, entre nos petits déjeunez royaux, nos ballades à cheval et nos cours de yoga, rien ne viendra perturber le cours de notre voyage qui prend les formes d’un long fleuve tranquille.

La veille du soir de Pessah nous avons parcouru la moitié du pays pour nous rendre dans la station balnéaire de Santa Tereza, haut lieu de tourisme pour les surfeurs aguerris. Ce vendredi soir nous avons célébré le Seder avec plus de deux cent israéliens.

Aussi belle et suave que puisse être la lune de miel,  avec toute la nature la plus généreuse et resplendissante qui soit, même avec l’oubli feint mais quasi vrai de mon smartphone, rien n’aurait pu m’empêcher de célébrer notre sortie d’Egypte ce soir-la.

Oui, pour moi c’est ça la « pura vida », la vie pleinement vécue, savoir se vider de toutes ces superficialités pour faire entrer le vrai contenu. Je ne peux vivre l’instant présent comme le prône toutes ces stériles théories ‘new age’ si je ne suis pas connecté à mon passé et en train de construire mon futur.

Ce soir de Pessah, et le lendemain dans cette minuscule synagogue improvisée à 50 mètres de la plage, j’ai le sentiment de vivre le moment présent. Je me connecte, je suis conscient, je vis pleinement.

Quatre jours viennent de s’écouler depuis mon retour en Israël, ce pays où il nous est chaque instant imposé de nous souvenir d’où nous venons, au risque d’oublier vers où nous allons.

Yom HaShoah, Yom Hazikaron, des journées de souvenirs, des marques indélébiles que nous portons  en nous. Nous sommes conscients de ce que nous a coûté et nous coûte encore le retour à notre terre, le seul coin de la planète où nous sommes souverains et maîtres de notre propre sort.