Jérusalem est une ville trois fois sainte : pour les Juifs, les chrétiens et les musulmans. Capitale choisie par le roi David il y a 3000 ans, site du Temple de Salomon, Jérusalem a aussi été le lieu qui a vu la Passion, la mort et, selon la tradition chrétienne, la résurrection de Jésus de même que, selon la tradition islamique, la destination du dernier voyage du prophète Mohamed.

Jérusalem est aussi un kaléidoscope de traditions et de groupes différents : Juifs laïcs côtoient des Juifs orthodoxes modernes et des Juifs ultra-orthodoxes. Des pèlerins et prêtres grecs orthodoxes se frottent aux pèlerins et membres du clergé catholique romain, arménien, copte et autres. La population musulmane y est aussi établie depuis des siècles.

Jérusalem est une des villes les plus fascinantes du monde, une des plus belles, une des plus intenses – mais aussi une des plus complexes et des plus délicates. Les équilibres y sont fragiles.

Sous contrôle israélien, la liberté religieuse y règne depuis la première fois depuis des siècles. Mais ces dernières semaines ont vu une recrudescence de la violence palestinienne, des émeutes avec pierres jetées contre des passants et des voitures, une tentative d’assassinat d’un leader (pacifique) de la droite religieuse israélienne, des attaques à la voiture contre des gens qui attendaient à des arrêts de transport en commun et des attaques au couteau, attaques qui ont fait des victimes dont un bébé de trois mois.

Imaginez l’atmosphère que cela créé dans un pays. Pour en avoir une petite idée, souvenez-vous des heures et jours qui ont suivi les attentats contre deux soldats canadiens à St-Jean-sur-Richelieu et à
Ottawa : sécurité renforcée partout, ponts fermés à Ottawa-Gatineau, centre-ville de la capitale fédérale fermé, parlementaires et fonctionnaires barricadés dans leurs bureaux pendant des heures, chasses à l’homme, médias omniprésents, lignes ouvertes, analyses des motifs possibles et des faits en boucles, etc.

Mais contrairement au Canada, où les terroristes semblent être des ‘loups solitaires’, en Israël, le Hamas a clamé la responsabilité d’une de ces attaques. Pire encore, le président palestinien Mahmoud Abbas a encensé un des attaquants en le qualifiant de ‘martyr’.

L’incitation à la violence et l’encouragement à celle-ci par les médias et les médias sociaux palestiniens jettent des gallons et des gallons d’essence sur une situation déjà explosive. La négation du lien plurimillénaire entre le peuple juif et Jérusalem, le portrait fait des Israéliens comme étant des ‘violeurs’ des Lieux Saints enveniment une solution déjà dangereuse.

Rien de bon ne peut sortir de ces confrontations inutiles – et coûteuses. Le Moyen-Orient est déjà trop meurtri par la violence : les massacres et exécutions pornographiques de l’État islamique (ÉI), les batailles entres kurdes irakiens et islamistes de l’ÉI, la guerre civile syrienne, les débordements de celle-ci au Liban, les affrontements au Sinaï égyptiens entre forces de l’ordre et islamistes radicaux, et j’en passe.

Il est essentiel de faire baisser la température (l’engagement de Benjamin Netanyahou de ne pas toucher au statu quo sur le Mont du Temple en est un bon exemple). Il est important que l’Autorité palestinienne fasse cesser l’incitation à la violence. Et il est nécessaire qu’Abbas appelle au calme.

Seulement ainsi Jérusalem pourra-t-elle demeurer ouverte à toutes les religions, sécuritaire et clé d’un avenir pacifique pour tous les peuples de la région.

La violence ne réglera rien. Seules des discussions menées sur la base de deux États pour deux peuples, vivant côte-à-côte dans la sécurité, peuvent à terme pacifier ce bout de terre déjà trop affecté par les tragédies.