« Dieu ne saurait désirer la destruction de l’humanité, et ne donnera jamais l’ordre de tuer des êtres humains. »
Joseph Albo (1380-1444) – (Sefer haïkarim  III, 14)

 

« Il est effroyable que la seule valeur qui nous reste soit celle du coup de poing juif. »
Leibowitz

Entrée en matière

Les événements tragiques qui se sont passés en Israël ces derniers temps, ont mis en évidence que le peuple juif n’est pas à l’abri d’extrémistes capables d’instrumentaliser leur judaïsme à des fins terroristes et criminelles. Au vu de certains articles et réactions que j’ai pu lire sur le sujet il me paraît important d’expliquer quelques notions afin d’éviter des contresens faciles.

Prenons acte tout d’abord que la Torah contient nombre de textes d’une extrême violence, que ce soit dans ses récits mais aussi dans sa législation. Cette violence se retrouve dans toutes les catégories des textes religieux, autant dans la Bible, que dans les écrits rabbiniques.

Par conséquent, de même qu’il est impensable d’affirmer que les crimes de Daesh ne relèvent pas de l’Islam, il est tout autant intolérable à l’esprit et totalement irresponsable que de prétendre que ceux commis au nom de la Torah, n’ont rien à voir avec le Judaïsme.

Le comportement de ces extrémistes juifs fait autant partie du Judaïsme, que celui du Judaïsme libéral. Quand bien même nous démontrerons les erreurs grossières que commettent les partisans de ce discours violent, nous contenter d’une argumentation aussi limpide soit-elle ne suffit pas à disqualifier le discours opposé de leur prétention à agir au nom des textes.

Avant de poursuivre levons tout de suite un malentendu : il va sans dire que la présence de textes violents, qu’ils soient encore en vigueur ou non, n’ont aucune légitimité à excuser ou même à « relativiser » ces crimes monstrueux. En effet, quelles qu’en soient nos lectures, la question n’est pas de savoir si les textes les justifient ou non, mais de les considérer légitimes pour dicter nos consciences[1].

1. De l’instrumentalisation des textes violents de la Torah

Tout texte quel qu’il soit a pu être instrumentalisé pour justifier les pires violences. Le Judaïsme n’est pas plus à l’abri de telles dérives. Le Talmud lui-même nous en avait déjà mis en garde :

« Sages, soyez vigilant dans vos propos ; car vous pourriez être condamnés à l’exil et expulsés dans un endroit où les eaux sont souillées ; les disciples qui vous suivent pourraient alors en boire et mourir, et le Nom céleste s’en trouverait profané. »

(Avot 1, 11)

Un texte de Maïmonide résume cette même idée, au sujet de savoir qui, d’entre la sauvegarde de la vie humaine et la pratique du shabbat, doit être privilégié :

« L’homme qui pratique [les lois de la Torah] obtient par elles la vie » (Lv 18, 5) : « Tu en retires que les lois de la Torah ne sont pas une vengeance, mais sont miséricorde, générosité et paix pour le monde. Quant à ces hérétiques qui prétendent qu’il est interdit de transgresser le shabbat même en cas de danger pour la vie, le verset dit à leur sujet : “Et moi aussi je leur ai donné des préceptes qui ne sont pas bons, et des jugements par lesquels ils ne pourront vivre” (Ez 20, 25) »

(Mishneh Torah, lois de Shabbat 2, 3)

Maïmonide pose donc en principe que les critères qui fondent que la loi divine est une loi de miséricorde et de paix, ou au contraire une loi cruelle, relèvent uniquement du regard que porte l’homme, à partir de sa propre conscience, du texte religieux. Les uns diront que la vie humaine à priorité devant l’observance du shabbat, et les autres que la vie est secondaire. Tous deux s’appuient toutefois sur un même texte. Je dis souvent que ce ne sont pas les livres qui me font peur mais bien plus les lecteurs.

Aussi il convient avant de nous démarquer de ce genre de discours de cerner précisément où se situe le mécanisme dialectique pouvant justifier une telle violence au nom de la Torah.

Venons-en maintenant au fond du problème ; admettons un instant que les antagonistes du discours, à savoir ceux qui brandissent la Torah pour justifier leur humanisme et qui, à raison, condamnent ces crimes, s’appuient sur un même texte que ces terroristes qui, eux, au contraire, légitiment leurs actes monstrueux. Comment dès lors se positionner ?

 2. Fin de la souveraineté juive

Le seul argument pouvant, à mon avis, être opposé à toutes dérives justifiants la violence au nom de la Torah est de montrer que depuis la fin de la souveraineté juive en Israël, qui remonte à la destruction du Temple, plus aucune autorité rabbinique n’a de pouvoir d’appliquer les sentences de morts et les châtiments corporels de la Torah.

L’État d’Israël (principalement laïc) n’a pas vocation à se substituer au Grand Sanhédrin de l’époque du Temple, même s’il s’agissait d’un État religieux.

Tel que je l’ai démontré ailleurs, toutes les lois de la Torah en rapport à la souveraineté juive et qui ont été abolies, n’ont jamais été rétablies même après la création d’un foyer juif en Palestine (cf. « Israël Palestine, la paix à la lumière de la Torah » II, chap. 2).

C’est le cas notamment des guerres de Mitsva, incluant les guerres de conquêtes de la terre d’Israël ainsi que l’injonction d’anéantir les sept nations et le peuple des Amalécites[2]. Toutes ces lois n’ont plus cours vu qu’elles sont dépendantes de la présence d’un roi en Israël et du Sanhédrin[3].

3. Processus voulu et anticipé par les sages

Une lecture attentive des textes montre que la fin de la souveraineté juive, même si elle est due aux conséquences de l’histoire, était un processus non seulement voulu mais aussi anticipé par les sages.

On peut le démontrer entre autres à partir des circonstances de l’abolition de la peine de mort dans la loi rabbinique, qui n’est plus en vigueur, depuis au moins quarante ans avant la destruction du Temple. Le Talmud nous rapporte les conditions de son abolition :

« Quarante ans avant la destruction du Temple, le Sanhédrin qui siégeait à Jérusalem s’est exilé de sorte qu’il ne puisse plus juger les criminels. Du fait de la forte augmentation de la criminalité, les sages n’étaient plus en mesure de juger les condamnés à mort, c’est pourquoi ils ont préférés s’exiler de Jérusalem afin que la peine capitale ne soit plus pratiquée. »

Talmud (Avoda Zara 8, b)[4]

Or, si les conditions d’applications de la sentence de mort sont réunies d’un point de vue halakhique il relève d’une obligation de la Torah de l’appliquer[5], comment par conséquent les rabbins ont-ils pu se dérober de leurs obligations ?

En réalité ici les sages n’ont absolument pas changé la norme halakhique. Pour parvenir à abolir la peine de mort, ils ont préféré dissoudre le pouvoir central du Sanhédrin, composé de soixante-et-onze membres[6], qui siégeaient au Temple de Jérusalem.

En effet, même si selon la halakha tout tribunal de vingt-trois membres est habilité à juger les affaires criminelles, la peine capitale ne peut être prononcée que si le Grand Sanhédrin est encore en vigueur, c’est pourquoi en exilant le Sanhédrin de Jérusalem, les rabbins ont rendu la peine capitale inapplicable.

5. De la question de la réinstauration du Sanhédrin

Reste cependant à comprendre pourquoi les juifs n’ont jamais envisagé de réinstaurer le Sanhédrin ? Cette question est d’autant plus pertinente après la création de l’État d’Israël pourquoi les rabbins n’ont pas cherché, à rétablir concrètement la souveraineté juive ?

Au contraire même, hormis de quelques cas isolés la plupart des rabbins sérieux se sont toujours insurgés contre toute tentative de réinstauration du pouvoir religieux en Israël[7].

Annulation de la semikha

Quand bien même on pourrait ergoter à l’infini voir déplorer cet état de fait, il est de nos jours impossible d’un point de vue halakhique de réinstaurer la souveraineté juive.

En effet : la condition première pour rétablir le Sanhédrin est de réinstaurer au préalable la semikha. Qu’est-ce que la semikha ? Il s’agit d’une ordination qui octroi à tout sage ordonné un droit de juridiction. Maïmonide nous précise qu’en plus du fait qu’une semikha doit être donnée en Terre d’Israël, celle-ci n’est valable que si celui qui la transmet peut justifier d’une semikha transmise de génération en génération, et remontant à Moïse[8].

Il est vrai qu’au XVIe siècle, une des plus grandes figures rabbiniques de son temps, R. Jacob b. Moïse, le Mahari Bérav (1475-1546), tenta de rétablir l’ordination. Il s’appuya sur un texte de Maïmonide qui précise que si « tous les juges de la Terre d’Israël s’accordent à rétablir la semikha et qu’ils nomment, en conséquence, des juges, cette ordination est valable » (Mishneh Torah, lois de Sanhédrin 4, 11)[9].

Ainsi, le Mahari Bérav tenta de convaincre ses contemporains du bien fondé de l’argument afin de rétablir la semikha. C’est ainsi qu’avec l’aide des plus prestigieuses autorités de son temps, il ordonna quatre rabbins, dont  R. Joseph Caro (1489-1575), l’auteur du Shoul’han Aroukh[10].

Or, du fait que nombre de sages s’insurgèrent contre cette réinstauration[11], cette tentative échoua. Ainsi, aujourd’hui, plus aucun tribunal religieux n’a de pouvoir de juger ni les affaires criminelles[12], ni même infliger des condamnations pécuniaires[13].

Un des grands décisionnaires du Moyen-Âge, R. Aharon Halévi (mort vers 1300), le confirme, dans un texte publié dans les responsa (Bessamim rosh[14] note 212), voici ce que nous lisons :

« Il faut rendre grâce à Dieu d’avoir suscité dans le cœur des sages d’Israël, des temps anciens, l’initiative d’abolir les sentences relatives aux châtiments corporels et aux affaires financières, et encore plus pour avoir annulé les condamnations à mort. […]

Il n’existe plus de pouvoir central et d’autorité en Israël pouvant nommer des juges [afin de vérifier l’authenticité de la décision de chaque tribunal au regard de la loi]. Il existe même, en certains endroits, des membres du tribunal rabbinique avec l’esprit si tordu et si déformé, que si, à Dieu ne plaise, on pratiquait encore de nos jours les sentences, chacun aurait le loisir d’appliquer les châtiments selon son bon vouloir, [y compris en prenant des décisions contraires à la halakha]. »

 6. La logique des extrémistes

La question de la fin de la souveraineté juive et le refus de toutes les instances rabbiniques sérieuses de voir en la création de l’État d’Israël un quelconque rapport avec la royauté des temps bibliques, n’est pas seulement anecdotique, elle permet de calmer les ardeurs des extrémistes qui seraient tentés de prendre les textes bibliques à la lettre pour les remettre au goût du jour.

Certes de tout temps les juifs ont espéré en la venue du Messie et donc au retour de la souveraineté davidique, par conséquent, l’idée qu’un jour le Sanhédrin puisse être réinstauré n’est pas étrangère au sentiment juif.

C’est en outre une des missions conférées au Messie que de rétablir le Sanhédrin, comme l’écrit Maïmonide[15]. Mais ceci est de tout temps resté du domaine de la foi. Même après la création de l’État d’Israël, tout le monde s’accordait pour dire que le fait que le peuple juif y vive n’est pas suffisant pour déterminer la délivrance annoncée par les prophètes.

Toutes cette réflexion montre si besoin est, à quel point les rabbins ont été vigilants afin d’éviter toutes possibilités de réinstaurer le pouvoir politique. Une connaissance minime de l’histoire juive et de son évolution suffit à rendre compte du bien fondé de la démarche.

Or, il est certain que le point qui motive les terroristes d’agir est suscité par l’idéologie, de plus en plus affirmée, selon laquelle maintenant que le peuple juif jouit de sa souveraineté politique, le pouvoir de l’État doit se substituer à la norme halakhique telle qu’elle a été établie depuis la diaspora. Et ce, dans le seul but de ré-appliquer toutes les sentences de la Torah telles qu’elles étaient en vigueur du temps du roi David.

Il y a donc dans cette banalisation de la violence, légitimée au nom de la Torah, un glissement vers une toute autre conception du Judaïsme en rupture totale avec la norme halakhique, telle qu’elle a été fixée par les sages depuis la Mishna et le Talmud.

Un article publié sur Times of Israël  rapporte les propos d’un certain Gopstein, dirigeant du groupe radical juif, qui pour justifier le fait de brûler des Églises aurait affirmé ceci :

« La loi est simple, l’interprétation de Maïmonide est que l’on doit brûler l’idolâtrie. Il n’y a pas un seul rabbin qui peut contester ce fait. Je pense que le gouvernement d’Israël doit l’appliquer ».

Cette phrase illustre à elle seule tout mon propos. Puisque Maïmonide déclare les Chrétiens idolâtres, et que la loi de la Torah, qui était en vigueur à l’époque, préconisait de détruire les idoles d’Israël, qu’aucun rabbin, affirme Gopstein, ne peut contester ce fait, le gouvernement d’Israël, fondé du pouvoir religieux de l’époque du Temple, doit l’appliquer. Le dirigeant du groupe radical juif occulte sciemment les restrictions halakhiques imposées par les sages rendant impossible de mettre de nos jours ces lois en applications.

Or, dans la logique de ces extrémistes il suffit d’estimer que l’État d’Israël actuel est fondé pour se substituer à la souveraineté juive, pour justifier à la fois les guerres contre les idolâtres, mais aussi pour engager des nouvelles guerres de conquêtes jusqu’à ré-annexer l’intégralité du territoire du Grand Israël biblique. On comprend que, dans un tel contexte, rien ne pourrait alors freiner ces fous furieux d’agir en conséquence.

7. Enjeux de la pérennité de l’existence juive

Au-delà du danger évident de laisser prospérer un tel discours, l’idéologie sous-jacente des extrémistes est non seulement dangereuse pour la relative stabilité de la région, mais en plus risque de s’avérer fatale pour toute l’existence juive.

On sait qu’à l’époque de R. Yohanan b. Zaccaï, l’élève de Hillel avait préféré renoncer à Jérusalem et au Temple au profit de la ville de Yavneh pour y fonder l’académie des sages (Guitin 56, b). Il a fallu user d’une inventivité sans faille pour que le Judaïsme ne s’effondre pas dans les méandres de l’Histoire. Sans l’initiative de b. Zaccaï, en effet, il n’y aurait plus eu de peuple juif. Le fait de nos jours de vouloir changer la donne sans même tenir compte des enjeux et de la complexité de ce genre d’évolution, risque à terme de subordonner toute l’existence juive à cette nouvelle réalité nationaliste.

C’est pourquoi à mon sens il n’est pas uniquement question ici de terroristes criminels mais d’une idéologie profonde capable de produire un schisme au sein du peuple juif. Entre d’un côté ceux qui admettent la norme rabbinique actuelle et qui même s’ils aspirent aux temps messianiques jouent quand même le jeu de la modernité d’une certaine manière, et de l’autre ceux qui instrumentalisent une situation avant tout séculière à des fins de changer radicalement la norme du Judaïsme.

Il y a peut-être d’une manière pas tout à fait consciente une confrontation entre deux paradigmes totalement opposés qui font question quant à la structure même du Judaïsme. Est-il invité à s’inscrire dans la logique de l’Histoire au côté des autres nations du monde afin d’y apporter sa pierre à l’édifice de l’humanité, ou doit-il se confiner dans un particularisme, et se réduire à une vulgaire conception nationaliste, balayant d’un revers de mains tout ce que le Judaïsme a pu apporter au monde ?

Sans rentrer dans le débat de fond sionisme/antisionisme en lien avec le religieux ou le politique, aucune raison rationnelle, ne peut nous certifier de la réalité immuable de l’État d’Israël.

Que ce soit les mouvements des populations, le danger qui guette ce petit État de part en part, la montée de l’Islamisme etc…, en incluant aussi la radicalisation politique de l’État Hébreu. Sans être alarmiste outre mesure, nous sommes en droit de nous interroger sur ce qui pourrait nous convaincre quant à l’impossibilité que cet État soit un jour détruit ? Que ce soit par une conjoncture démographique ou, ce qui serait beaucoup plus tragique, par des guerres.

Par conséquent, aussi longtemps que le peuple juif, tout en acceptant la sécularisation, continue d’assurer ses arrières en reconnaissant à l’existence juive une conception bien plus large que celle d’un vulgaire nationalisme, sous couvert d’idéologie religieuse, il y a non seulement une chance de survit pour le peuple juif, mais cela permettra en plus par cette ouverture d’assurer un avenir plus serein à l’État d’Israël. Je crains qu’à l’allure où vont les choses, plus Israël continuera de s’isoler dans un nationalisme radical plus cette situation risquera de s’empirer jusqu’à devenir la norme du peuple juif.

Hervé élie Bokobza

[1] Cf. Maïmonide traité des Huit chapitres, chapitre VI, sujet longuement traité ailleurs.

[2] Cf. Maïmonide Mishneh Torah Lois des rois chapitre 5.

[3] Cf. entre autres, R. Moshé Feinstein (Igrot Moshé Hoshen Mishpat Vol. II, chap.78) qui démontre que les guerres de conquêtes ainsi que celles contre les Amalécites ont été abolies à la destruction du premier Temple. L’auteur conclut : « Ce sujet est d’une telle évidence qu’il est inutile de le remettre en cause ». Cf. HeB, « Israël Palestine la paix à la lumière de la Torah » L’Œuvre 2008, (dans la partie relative aux guerres de nos jours, II, 3) op-cit.

[4] Cf. Maïmonide, Mishneh Torah, (Lois de Sanhédrin 14, 11-14).

[5] Maïmonide précise en effet que si le Beth-Din (tribunal) n’applique pas la sentence, dans le cas où celle-ci doit être appliquée, il se rend coupable d’avoir délaissé un commandement positif de la Torah (Mishneh Torah Idem lois 3). Notons que R. Moshé b. Nahman, Nahmanide (1197-1263), inclue parmi les 248 commandements positifs de la Torah celui qui nous a enjoint de ne pas avoir « pitié » du condamné à mort, pour le soustraire de sa peine. Voir ses recensions des commandements que Maïmonide a selon lui oublié de compter, dans sa nomenclature des 613 commandements de la Torah (mitsva 13, publié à la fin du livre des commandements de Maïmonide).

[6] Misnneh Torah (Lois de Sanhédrin 1, 3).

[7] À ce sujet je renvoie les lecteurs aux écrits du Rabbi de Loubavitch (1902-1994) publié dans ses recueils de textes halakhiques Shoulhan Menahem (Vol 7, 8-9).

[8] Mishneh Torah (lois de Sanhédrin chapitre 4).

[9] Voir son commentaire sur la Mishna, premier chapitre de Sanhédrin. Notons qu’il s’agissait uniquement pour Maïmonide de pouvoir juger les condamnations pécuniaires, absolument pas d’octroyer aux tribunaux le pouvoir de juger les affaires criminels, comme l’écrit R. Lévi b. Habib le Maharalbah (1480-1541) dans son Koutres hasemikha.

[10] Code le plus répandu de La loi juive applicable en diaspora, ouvrage qui fait autorité encore de nos jours. Pour la petite histoire, notons qu’on a surnommé l’auteur « Maran », littéralement « Maître », acrostiche, en hébreu, de la phrase « deux cents rabbins l’ont ordonné ».

[11] Entre autres, R. Lévi b. Habib le Maharalbah (1480-1541), R. David b. Zimra le Radbaz (1479-1573).

[12] Mishneh Torah (Idem 14, 11).

[13] Le fait qu’on ait dit que tout Tribunal Rabbinique de nos jours agit en vertu du pouvoir transmis par les anciens, comme s’il était leur émissaire (Guitin 85, b), cela ne vient pas leur donner un pouvoir comparable aux Sanhédrin, mais vient juste légitimer leur autorité, au moins pour les questions pouvant être jugée de nos jours. Comme par exemple les litiges financiers à condition de ne pas imposer de condamnations pécuniaires. Comme le précise Maïmonide (Mishneh Torah (Lois de Sanhédrin 5, 8), voir aussi Joseph Caro, Shoulhan Aroukh au début de la section Hoshen Mishpat).

[14] Ouvrage publié par R. Isaac Di de Vilna (Vilnius) au XVIe siècle et qui regroupe des Responsa de Rabbins médiévaux principalement ceux de R. Asher (1250-1327), le Rosh. Bien qu’il y ait des doutes sur l’authenticité de l’ouvrage, R. ‘Haïm Joseph David Azoulay, le ‘Hida (1724-1806), dans son livre Shem ha-Guedolim, (Nom des grands), l’authentifie après que R. Saül b. Tsvi Hirsh de Berlin (Allemagne) l’ait republié en 1793, l’épurant, après de longues recherches, de toutes falsifications pouvant remettre en question l’authenticité du contenu du livre.

[15] Mishneh Torah (Lois des Rois 11, 4). Reste à savoir comment le Messie pourra-t-il ordonner, si la transmission de la semikha n’existe plus ? L’éventuelle solution préconisée par Maïmonide que tous les rabbins d’Israël s’accordent à l’unanimité de rétablir la Semikha, est loin d’être à l’ordre du jour. Notons au passage que selon R. David b. Zimra, le Radbaz, le prophète Élie, qui, d’après la Tradition devra annoncer la venue du Messie, pourrait bien ordonner le Messie, pour qu’à son tour il ordonne les membres du Sanhédrin. (Cf. ses commentaires sur le Mishneh Torah, (lois de Sanhédrin 4, 11-12)).

[16] Mishneh Torah (Lois des Rois 11, 1), Cf. « Israël Palestine, la paix à la lumière de la Torah » op-cit, p. 118 sq.