à l’École de technologie supérieure

Où va notre civilisation ?

Au seuil des vacances d’été, un voyage de science-fiction teinté d’humour va permettre d’échapper peut-être à la réalité des actualités déprimantes, sachant fort bien qu’elles auront vite fait de nous rattraper.

Aux temps jadis, l’homo-habilis s’est dressé en homo erectus et a évolué en homo sapiens. Grâce à ses doigts, l’homo outil s’est agrippé au monde et s’est muté en homo scribus. Cela lui a permis le prolongement de son intelligence. L’homo belliquoso a probablement évolué en parallèle à l’homo religioso. Puis l’homo machina a confié le dur labeur à l’outil. L’homo motorus a développé des membres en forme de roues ramollissant ainsi ses pattes postérieures. L’homo roboticus a atrophié ses pattes antérieures. L’homo cathodicus s’est entouré de tant d’appareils qu’il n’a besoin de parler à personne. Ainsi et au rythme où vont les choses, l’homo zappus risque fort d’être remplacé par l’homo antennus qui sera à son tour réduit à une cervelle dans du formol coiffée d’une antenne qui servira d’interface avec ses communications et ses impressions, inaugurant ainsi l’ère de l’homo virtualus.

L’industrialisation effrénée dans le village global uniformise de plus en plus la planète. Force acquisitions, restructurations, rationalisations, informatisations et robotisation, le personnel est réduit à un strict minimum de façon à en augmenter l’efficacité. En vue d’une gestion plus saine, visera-t-on à construire qu’un seul et même modèle de robot transgénique, l’androïde parfait ? Les robots ultrarapides auront vite fait de mettre au rebut la main d’œuvre humaine et pourraient passer leur temps à tenter de concevoir des androïdes encore plus performants.

Tant qu’à y être, pourquoi ne pas altérer les gènes humains de façon à n’avoir qu’un même prototype qui soit complet et heureux. Pour rendre ces prototypes encore plus performants, on pourrait remplacer leurs membres par des prothèses plus solides et enrichir leur cerveau d’unités de mémoire indélébiles.

En vue d’éliminer les réactions imprévisibles et irrationnelles, on pourrait associer au disque mou une unité de traitement bioélectrique puissante et ainsi homologuer l’homo logos. Et pourquoi pas ? Verra-ton un canal unique de télécommunications qui veillera à ce que les médias ne s’exprimeront plus que d’une seule plume et d’une seule voix ? Et c’est ainsi que la planète se couvrira de microcircuits et de béton…

Mais l’humanité ou du moins ce qu’il en restera, commencera à s’ennuyer à mourir : qu’est une humanité désœuvrée et dont les croyances ont été ébranlées ? Les premières civilisations déifièrent les forces et les éléments de la nature et bâtirent des mythes qui donnèrent un certain sens à l’univers et à la place de l’être humain. La Bible a associé la création de l’être humain à la connaissance du bien et du mal. La vie moderne a déconstruit le récit de la Genèse ainsi que les mythes qui ont été à la base des civilisations et qui ont moulé notre être. Ces mythes fondés sur la nature ou sur un idéal de société orientée par la religion ont été le foyer de muses qui ont inspiré les artistes et les poètes de tous les temps.

Dans une planète qui se couvre de béton et dont le référentiel civilisationnel traditionnel est ébranlé, de quels mythes se nourrira l’homo asphaltus ? Laissera-t-on aux graffiti muraux le soin de définir un nouvel homo tagus ? Ce n’est pas la légalisation des drogues dites douces qui remplacera la nourriture spirituelle…

Nous sommes à la remorque des progrès techniques qui sont si rapides qu’on n’en évalue pas l’impact sur les plans des croyances et des rapports entre les humains. La machine-outil qui est censée servir l’être humain envahit son espace sensoriel et imaginaire ; mais de plus en plus, l’homme-outil semble servir cet être suprême qu’est la machine. Confierons-nous alors notre destinée à l’intelligence artificielle ?

L’être humain ne s’explique pas par la logique à l’état pur. Jung a avancé que la psyché humaine régit le conscient et l’inconscient. Freud a associé l’inconscient à des traumatismes vécus par l’individu. À peine commençons-nous à comprendre la complexité de l’être humain et de ses pulsions ainsi que la façon dont elles pourraient influencer son système de valeurs.

Dans La guerre des étoiles, Luke Skywalker se révolte contre son père qui a revêtu l’uniforme de la machine maléfique qui veut soumettre l’univers en faisant appel à ce champ énergétique mystérieux qui lui procure des pouvoirs psychiques : «Éteins ton ordinateur et fais confiance à tes sentiments… À ton intuition fie-toi, par le trouver tu finiras » lui enseigne le sage Yoda. N’est-ce point là la recherche d’une nouvelle perspective mythologique de l’environnement moderne visant à « remettre la science à sa place ? »

Il nous revient d’aspirer au plus vite à l’homo consciençus.