Est-ce partie remise, et les Israéliens seront-ils appelés prématurement aux urnes pour voter une fois de plus à des élections législatives anticipées?

La formation à Jérusalem de la coalition et du gouvernement a été menée de façon maladroite dès le début des négotiations avec les partenaires logiques. Le Premier Ministre Nethanyahu ayant hésité à présenter une attitude ferme, les marchandages et surenchères sont allées bon train.

Au fur et à mesure qu’approchait l’expiration du délai pour présenter au Président d’Etat sa nouvelle coalition, Netanyahu multipliait les concessions et les portefeuilles offerts aux partis les plus exigeants. Un vrai bazar oriental. Ayant perdu in extremis la collaboration de son ancien et proche collaborateur Avigdor Libermann avec ses six mandats, le candidat Netanyahu se sentait de plus en plus stressé.

C’est ainsi qu’à quelques heures seulement de l’expiration du délai il a réussi tant bien que mal à présenter au Président Rivlin une coalition sur le fil de rasoir, à savoir 61 députés contre 59 de l’opposition.

C’est effectivement par ce résultat que se sont terminés les deux premiers votes de la nouvelle Knesset, le premier, Oh combien significatif, pour autoriser d’augmenter le nombre de portefeuilles , contrairement à une loi précédente l’ayant limité. Il fallait bien améliorer le butin à distribuer.

Le deuxième vote de la Knesset a révélé l’ambiance prévue dans l’hémicycle lors des futurs débats. En effet, c’est à l’issue d’un débat houleux ayant duré trois jours, au cours duquel deux députés arabes ont été exclus, que le nouveaux gouvernement a été investi. Rien d’étonnant qu’à plusieurs reprises le mot « cirque » avait été prononcé au cours du débat tumultueux.

Or, ce nouveau gouvernement de droite commence sa marche du pied gauche, Il dispose d’une majorité minimale de deux voix, ce qui l’expose, lors d’un vote de confiance, à la moindre mouvement d’humeur ou mécontement d’un député frustré, voir de quelques abstentions ou absences pour cause de maladie ou déplacement à l’etranger. La discipline au sein de la coalition laisse à desirer, contrairement à l’opposition qui semble beaucoup plus unie.

Pour comble de l’ironie, un lâchage éventuel pourrait intervenir du côté de députés du Likoud, parti de Netanyahu, et dont une quinzaine se disputaient une douzaine de portefeuilles encore restant après la généreuse distribution aux autres partenaires.

La fragilité de cette coalition hétérogène provient également de contradictions tant idéologiques que personnelles entre partis et entre députés. Deux partis ultra-religieux se détestent mutuellement, ainsi que le parti nationaliste religieux « Le Foyer Juif », dont le chef Naftali Bennett, Ministre de l’éducation, déteste Netanyahu, lequel lui rend le même sentiment.

Grande inconnue également concernant l’efficacité d’un gouvernement dont trois portefeuilles importants sont détenus par le Premier Ministre Netanyahu: les Affaires Etrangères, la Santé et les Télécommunications. Sera-t-il en mesure de dominer toutes ces fonctions?

Par ailleurs, certaines nominations semblent contraires à la logique, telle le portefeuille de la Culture confiée à Miri Regev, laquelle s’était surtout distinguée par son comportement vulgaire et vociférant.

Toute cette évolution vient de l’erreur commise par Nethanyahu, ayant décidé de dissoudre la Knesset sortante, et procéder à de nouvelles élections. Certes, cela lui a valu sa quatrième investiture successive, mais porte atteinte au budget national. En effet, le coût total des accords et marchandages de coalition s’éleve à plus de 6 milliards de Shekels (environ 1.4 milliard d’euros). Donc, trois fois plus que pour le gouvernement précédent.

Si par chance cette coalition réussi à se maintenir, ce serait en grande partie grâce à la volonté des députés de conserver les avantages de leur fonction.