Des indiscrétions, certainement volontaires, donnent une autre explication à la visite du roi de Jordanie à Ramallah. Les déplacements du roi sont rares, a fortiori en Cisjordanie.

Il a l’habitude de recevoir Mahmoud Abbas à Amman, à une centaine de kilomètres de la Mouquata, mais pour la première fois depuis 2012, il s’est rendu lui-même auprès de l’Autorité palestinienne.

Certes, les informations officielles expliquent qu’il a voulu transmettre un message appuyé aux Palestiniens, après les événements de Jérusalem alors qu’il aurait pu le donner depuis son palais.

Pendant deux heures, selon la sémantique habituelle, il a exprimé « le soutien total de la Jordanie aux droits légitimes des Palestiniens et à la création d’un État indépendant avec pour capitale Jérusalem-Est ».

Abdallah II a exprimé « l’engagement jordanien à continuer à protéger les lieux saints de Jérusalem en coopération avec la communauté internationale ». Ces déclarations s’adressent bien sûr à la galerie.

Certes, la présence d’Abdallah à Ramallah, aux côtés des Palestiniens qui revendiquent d’avoir victorieusement défendu l’esplanade, a permis de mettre en évidence le rôle de la Jordanie, gardien historique de l’esplanade Al Aqsa et interlocuteur respecté de l’administration américaine. Mais cela méritait-il un déplacement avec toutes les mesures sécuritaires mises en jeu ?

Il faut chercher l’objet réel de sa visite ailleurs. Le roi a été mandaté par l’Égypte, l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, les États-Unis et même Israël pour convaincre Mahmoud Abbas de songer à sa succession, devenue difficile après la maladie grave de son numéro-2, Saëb Erakat.

Il a mis en garde le président de l’Autorité contre un risque de coup de force de Mohamed Dahlan, avec l’appui du Hamas, pour prendre le pouvoir en Cisjordanie. Il souhaiterait donc que son départ se fasse en douceur, sous forme d’une décision personnelle librement acceptée.

Mohamed Dahlan agirait avec l’imprimatur de dirigeants arabes directement impliqués, lassés de constater que les Palestiniens sont incapables de s’entendre. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et son chef du renseignement Khaled Fawzy, le roi saoudien et le prince héritier, le souverain des Émirats Arabes Unis et le roi de Bahreïn ont donc soutenu Dahlan.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman ainsi que le président américain Donald Trump auraient donné leur caution ou, du moins, feraient preuve de neutralité.

Le chef du Hamas, Yahya Sinwar, avec quatre de ses proches ont rencontré des responsables égyptiens au siège des services de renseignements du Caire. Mohamed Dahlan avait été convié à se joindre à eux. Il leur a fait part tout d’abord de sa volonté de déconnecter Gaza pour en devenir le leader.

Pour cela, il envisage de traverser la frontière de Rafah avec quelques centaines de ses fidèles du Fatah, entraînés par la CIA, qui, avec l’accord du Hamas, assureraient la sécurité du point de contrôle définitivement ouvert à la circulation des biens et des personnes.

La complicité d’Israël est déjà acquise puisque, de son côté, le ministre des transports, Israël Katz, prévoit la construction d’un port de mer sur une île artificielle pour permettre la libre circulation aux navires de pêche.

Dahlan aurait déjà négocié avec Israël un accord global pour libérer des prisonniers palestiniens en échange des corps des deux soldats de Tsahal tués durant l’opération de Gaza de 2014, Oron Shaoul et Hadar Goldin, ainsi que de la libération des trois citoyens qui ont traversé la frontière de Gaza, Avera Mengistu, Hicham al-Sayed et Juma Abu Anima.

Ce plan a totalement été rejeté par Mahmoud Abbas qui a accusé Dahlan d’être « un agent du Mossad ». Dahlan compte réussir grâce aux millions de dollars fournis par les Émirats arabes Unis qui se substituent au Qatar.

Il utilise pour cela la fondation Jalila, du nom de sa femme, par ailleurs docteur en psychologie, qui en assure la direction.

Le Sheikh Khalifa bin Zayed, a autorisé le financement d’un hôpital pour des traitements liés à la guerre de 2014 et des aides financières mensuelles régulières à des centaines de familles défavorisées de Gaza.

Dahlan a promis d’obtenir 20 millions de dollars supplémentaires pour la réhabilitation de la ville en partie détruite mais il s’agit d’une somme négligeable par rapport au milliard de dollars que l’émirat du Qatar a promis d’investir à Gaza. Mais c’est un début pour montrer la voie de la raison.

Cette opération de Dahlan devrait précéder une action étendue à la Cisjordanie, une fois que Gaza et le Hamas seraient neutralisés. Il a besoin de la coopération du leadership du Hamas pour pouvoir remplacer Mahmoud Abbas mais tous les pays arabes ne veulent pas d’un nouveau point de fixation.

Ils souhaitent que cela se fasse en douceur, dans une sorte de révolution de palais en donnant l’impression d’un consensus général. En fait Gaza est la répétition d’une opération prévue en Cisjordanie mais Mahmoud Abbas est têtu et son mépris pour Dahlan lui fait préférer le chaos à l’abandon de sa présidence. L’intérêt des Palestiniens n’entre pas dans les préoccupations immédiates de la Mouquata.

Justement, l’objectif du roi consiste à convaincre Mahmoud Abbas d’éviter toute effusion de sang. Dahlan vient d’obtenir le soutien de Mohammad Rashid, le financier d’Arafat, qui a acquis le poste de conseiller auprès d’Al-Sissi au Caire. C’est une prise politique importante avec pour nerf de la guerre, le financement de l’Autorité.

Al-Sissi est furieux contre Abbas parce qu’il a refusé le plan de réconciliation avec le Hamas sans se rendre compte que la population de Gaza était en fait punie. Les réductions de salaire des fonctionnaires et le refus de payer les factures d’électricité du Hamas se répercutent sur l’Égypte.

Al-Sissi a plusieurs fois tenté de convaincre Abbas de se réconcilier avec Dahlan, mais il a refusé. Il ne pourra plus rien pour lui et il laissera agir l’ancien chef de la sécurité de Yasser Arafat. Le roi de Jordanie a tenté lui-aussi de briser l’intransigeance de Mahmoud Abbas qui mise sur le chaos pour faire échouer le projet.

Au lieu de quitter le pouvoir, la tête haute, il peut tout perdre avec le risque que le conflit dégénère en conflit armé inter-palestiniens, avec des centaines de morts comme lors des émeutes entre le 10 et 15 juin 2007.

Le roi Abdallah est convaincu que l’action militaire ne pourra pas être évitée sans effusion de sang et qu’elle se répercutera dans son royaume.

Il craint que Dahlan et sa faction soient accusés d’initier un coup militaire contre la légitimité constitutionnelle de Mahmoud Abbas, de former des équipes spéciales pour  » neutraliser  » certains cadres récalcitrants et surtout éliminer de la scène politique le président de l’Autorité. Il ne s’en cache pas, estimant qu’il est temps de trouver une solution durable pour les Palestiniens.

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