La veille, c’est demi-journée de travail. H’atsi yom avoda. Ces fameuses journées où tu quittes le bureau à l’heure du déjeuner, le cœur léger, dans cette atmosphère d’unité si particulière des fêtes en Israël : « Hag Sameah ! ».

Même si depuis quelques années, cette matinée payée s’est transformée en H’atsi yom hofech, ma laassot, les écoles sont fermées. Une demi journée de congé, à ajouter à ton minus annuel.

Yalla, tournée de crêpes les enfants !

Dans ton village du haut de la colline, tu ne ressens pas l’effervescence de la fête. Les rues sont aussi calmes que d’habitude. Ni plus qu’à Kippour, ni moins qu’à Yom Hatsmaout.

C’est un style.

Pour savoir que ce soir c’est Erev Shavouot, tu dois regarder dans les chariots de la petite makolet du Yichouv voisin : Crèmes, fromages, laitages, pates à tarte… Et entendre la caissière arabe souhaiter de bonnes fêtes à tous les clients du magasin.

Toi, dans l’ambiance de Shavouot, tu y baignes depuis quelques jours déjà. Tu as envoyé hier tes petits au gan tout de blanc vêtus, avec une couronne de fleurs sur la tête et un panier de fruits à la main. Tu as fondu devant eux et leurs petits copains de classe, et tu as pris les plus belles photos de l’année.

Et surtout ton grand a reçu cette semaine son premier livre de Torah lors d’une cérémonie – dans son école hilonit. Une surprise d’entendre les enfants tous de blanc vêtus crier « Naasse ve Nichma » (On Fera puis on Comprendra) sous le regard ému de leurs laïques de parents.

Quel drôle de pays.

Dans ton petit coin de Galilée, peut être que quelques-uns étudieront toute la nuit ? Même si tu sais que la tradition de Shavouot, ici, c’est une fête avec DJ, musique et danses sous les étoiles jusqu’au petit matin. Tu n’iras pas.

Mais tu souris à la pensée que demain le pays entier sera en fête. Au repos. En balade. En études. Autour d’une table. Chacun à sa manière. Pour le don de la Torah, pour les moissons, pour les prémices. Un peuple à l’image de cette fête, aux multiples facettes.