Une fois n’est pas coutume mais nous allons essayer d’étudier cette semaine non pas un ou plusieurs versets mais un seul mot  ויגש «vayyiggash » qui exprime l’action de s’approcher.

S’approcher de quelqu’un, c’est essayer de le connaître et nous verrons que le même mot a trois sens qui nous apprennent comment convaincre une personne.

Le premier sens de « vayyiggash » est de plaider une cause en justice. Ainsi il est écrit dans le Deutéronome, chap. 25, verset 1 : « Lorsqu’il y aura une querelle entre les individus, ils se présenteront (vayyigash) devant la justice et on les jugera, on acquittera le juste et condamnera le méchant.»

Le deuxième sens de « vayyiggash » est de calmer son prochain. Dans le livre de Josué, au chap. 14, verset 6, il est écrit : « Les enfants de Juda s’étaient présentés (vayyigash) devant Josué à Ghilghal et Caleb, fils de Yefounné le Kenizzéen, lui avait dit : « Tu sais ce que l’Eternel a dit à Moïse, l’homme de Dieu, sur mon compte et sur le tien, à Kadesh-Barnéa. » »

Le troisième sens de « vayyiggash » est faire la guerre. Il est écrit dans le second livre de Samuel, au chapitre 10, verset 13 : « Joab, avec la troupe qui l’accompagnait, engagea (vayyigash) la bataille contre les Araméens, qui s’enfuirent devant lui. »

La question que nous pouvons nous poser est de savoir quelle méthode choisir pour « approcher » une personne et donc la convaincre.

La première méthode est celle de la justice. Le rôle de l’avocat est de convaincre le juge et ce dernier a pour mission la paix sociale, c’est-à-dire atténuer les conflits. Le livre des Prophètes de Salomon nous donne dans son chapitre 16, verset 1, un mode d’emploi pour les plaidoiries : « Une réplique pleine de douceur détourne le courroux ; une parole blessante surexcite la colère. »

Ce proverbe n’est pas seulement valable pour la justice mais pour toute discussion. Combien de fois n’avons-nous pas entendu, lors de différentes réunions, des paroles qui ne servent pas à construire mais à faire mal gratuitement.

La deuxième méthode, celle de la douceur, est décrite dans le premier verset que nous allons lire cette semaine : « Que ton serviteur fasse entendre une parole ». Ainsi, pour convaincre, nous ne devons pas nous enflammer, mais au contraire rester calme et exposer tranquillement nos arguments.

Ceux qui négocient remarquent que les personnes « enflammées » sont peu écoutées car elles n’écoutent pas l’autre et sont obnubilées par leurs arguments.

La troisième méthode, celle de la guerre ou de la colère est la plus mauvaise. Rabbi Yonathan nous enseigne : « Les anges eux-mêmes descendirent des cieux pour assister au furieux combat que se livrèrent « le lion et le taureau ». En général, disaient-ils, le taureau redoute le lion, mais le combat qui se déroule ici ne cessera qu’aux jours du Messie, comme Isaïe, le prophète, l’annonce en évoquant la venue du Rédempteur : « Alors cessera la rivalité d’Ephraïm et les haines de Juda disparaîtront ; Ephraïm ne jalousera plus Juda, et Juda ne sera plus hostile à Ephraïm »

Ce commentaire est un peu pessimiste car nous comprenons que cette méthode sera d’usage jusqu’à la venue du Messie. Le Rav Askénazi (Manitou) a une très belle définition du messianisme. Pour lui la messianité « est une manière d’être, pas une manière de croire. »

Ainsi, nous pouvons faire disparaître cette troisième méthode en changeant notre manière d’être.

Pour conclure, lisons ce qu’écrivait Victor Hugo « Rien n’est stupide comme vaincre, la vraie gloire c’est convaincre. »

Chabbat Chalom

Eric Gozlan