Nous commençons le troisième livre de la Thora, le Lévitique. Sachez, chers lecteurs, que depuis l’époque talmudique, la première chose que l’on enseigne aux enfants juifs est le livre du Lévitique avec ses nombreuses lois sur les sacrifices.

Le Talmud s’étonne : pourquoi commencer avec des enseignements techniques, désuets et quelquefois rébarbatifs ?

Le Midrach Lévitique Rabba, dans son chapitre 7, répond à cette interrogation : « Rav Assi dit : pourquoi commence-t-on par enseigner le livre du Lévitique aux enfants et pas le livre de la Genèse ? Parce que les enfants sont purs et les sacrifices sont purs et « que viennent les purs s’occuper de pureté » »

Nous allons donc essayer pendant la lecture de ce livre d’être aussi purs que les enfants.

Commençons à regarder ensemble la sidra de la semaine.

Le premier verset a une très grande portée philosophique et pédagogique.

Chap.1 V.1 : « Il appela Moïse et Hachem parla de la tente d’Assignation, pour dire. »

Vous allez me dire que vous ne voyez pas la portée philosophique et pédagogique de ce verset.

En lisant ce verset en hébreu, nous découvrons un message caché. En effet, il est écrit pour « il appela » vaikra et lorsque vous allez ouvrir votre livre en hébreu vous remarquerez que la dernière lettre du mot de vaikra est un aleph écrit en tout petit. Que cela signifie-t-il ?

Le Baal Ha Turim écrit : « Dieu ordonna à Moïse d’écrire dans la Thora Vaykra avec un aleph comme c’est l’habitude lorsqu’on s’adresse aux anges.

Moïse se dit : « Si j’écris ce mot avec un aleph, les gens penseront que je suis fier et orgueilleux et que j’ose employer à mon sujet des termes flatteurs. Si je l’écris sans aleph, je ne respecterais pas le commandement divin. » Voilà pourquoi Moïse choisit d’écrire le mot avec un aleph beaucoup plus petit que les autres lettres de la Thora. Les gens comprirent, ainsi, que c’était comme si le aleph manquait. »

Donc la première leçon que doivent apprendre nos enfants est l’humilité.

 Les dons doivent être propres

Continuons avec le deuxième verset.

Chap.1 V.2 : « Parle aux enfants d’Israël et dis-leur : lorsqu’un homme parmi vous apportera une offrande à Hachem : parmi les animaux, c’est du gros bétail et du petit bétail que vous apporterez votre offrande. »

Pour bien comprendre ce verset, nous devons, comme pour le précédent, passer à l’hébreu.

Les écritures désignent en général l’homme qui apporte une offrande par le terme « ich ».

Rachi nous explique que : « Dans ce verset, la Thora emploie le mot « adam », qui est également le nom d’Adam, le premier être humain. C’est pour nous enseigner une leçon : de même qu’Adam, auquel la terre entière appartenait n’a jamais offert d’animaux volés en sacrifice, ainsi personne ne doit apporter d’offrandes provenant d’un vol. »

Nous apprenons, après avoir lu ces dernières semaines que tout le monde doit donner, que le don doit être un bien ou une somme d’argent acquis sans la moindre trace de malhonnêteté et doit être la propriété pleine et entière du donateur.

Ce dernier point est d’une grande exigence éthique, qui malheureusement n’est toujours pas scrupuleusement respecté dans nos communautés.

Le reste de la Sidra énumère les différents sacrifices que doit faire le peuple Juif.

Sacrifice, un mot qui dérange, un mot qui sonne primaire, archaïque. Nous allons, à travers certains penseurs, comprendre ce qu’est un sacrifice dans le judaïsme et pourquoi nos ancêtres devaient sacrifier des animaux ?

Le Rav S.R. Hirsch nous enseigne que le vrai mot est offrande et non pas sacrifice. En effet « la racine du mot karban (offrande) est karev (approcher), car l’offrande est un moyen de nous rapprocher de Dieu et de nous élever. » La traduction habituelle « sacrifice » n’exprime donc pas l’essence de ce mot.

 Le sacrifice est une pratique idolâtre

Maïmonide se posait déjà à l’époque la question de l’archaïsme du sacrifice et avait une interprétation très étonnante de cet acte.

Lisons le Guide des Egarés, troisième partie chapitre 32 : « Beaucoup de choses dans notre loi ont été réglées d’une manière semblable par le suprême régulateur. En effet, comme il est impossible de passer subitement d’un extrême à l’autre, l’homme selon sa nature ne saurait quitter brusquement toutes ses habitudes.

Lorsque Dieu envoya Moïse, notre maître, afin de faire de nous, par la connaissance de Dieu, « un royaume de prêtres et un peuple saint » … et afin de nous rendre dévoués à son culte…alors (dis-je) c’était une coutume répandue, familière au monde entier, – et nous-mêmes nous avions été élevés dans ce culte universel- d’offrir diverses espèces d’animaux dans ces temples où l’on plaçait les idoles, d’adorer ces dernières et de brûler de l’encens devant elles.

Des religieux et des ascètes étaient les seuls hommes qui se dévouaient au service de ces temples consacrés aux astres.

En conséquence, la sagesse de Dieu dont la prévoyance se manifeste dans toutes ses créatures, ne jugea pas convenable de nous ordonner le rejet de toutes ces espèces de cultes, leur abandon et leur suppression ; car cela aurait paru alors inadmissible à la nature humaine, qui affectionne toujours ce qui lui est habituel.

Demander alors une pareille chose, c’eût été comme si un prophète dans ces temps-ci, en exhortant au culte de Dieu venait nous dire : « Dieu vous défend de lui adresser des prières, de jeûner, et d’invoquer son secours dans le malheur ; mais votre culte sera une simple méditation, sans aucune pratique. » C’est pourquoi Dieu laissa subsister ces différentes espèces de cultes.»

Quelle leçon de pédagogie. Maïmonide ose donc cette interprétation étonnante : le sacrifice est une pratique idolâtre inscrite dans les coutumes de l’époque biblique à tel point que la Thora ne pouvait exiger une rupture brutale avec cette forme de culte.

A toutes et à tous je vous souhaite un chabbat chalom

Eric Gozlan