La section de cette semaine englobe beaucoup d’histoires que nous connaissons : Sodome et Gomorrhe, la naissance d’Isaac, le sacrifice de ce dernier par Abraham mais nous allons nous intéresser au personnage d’Ismaël. Pour ce faire nous allons naviguer dans les textes sacrés et nous verrons qu’Ismaël est considéré comme un juste pour le judaïsme.

J’ai choisi d’étudier Ismaël à travers les textes juifs pour montrer, en ces temps où les armes reprennent du service, que les peuples juif et musulman ne sont pas si éloignés que cela.

C’est la semaine dernière, lors de la lecture de la section Lekh lekha qu’est apparu pour la première fois le nom d’Ismaël : Genèse, chap. 16 : V. 11 : « Et un ange de Hachem lui dit : « Voici, tu vas concevoir et donner naissance à un fils ; tu le nommeras Ismaël, car Hachem a entendu ta prière. » »

Comme tous les noms de la Bible, Ismaël a une signification. Lisons ce que le Rav Munk écrit à ce sujet : « Le Midrach fait remarquer qu’en dépit de la signification de ce nom : « Dieu a entendu ta peine », la forme ‘שמאל (Ismaël) construite au futur est à traduire : Dieu entendra ta peine, c’est-à-dire toutes tes peines futures. Ce nom indique ainsi l’idée principale que le fils d’Agar devra incarner en sa personne : la conscience de la providence qui veille sur l’homme, sur sa misère et ses peines, et qui non seulement la voit, mais l’écoute, c’est-à-dire entend les gémissements qu’elles arrachent et les juge. »

Le verset 12 de ce même chapitre décrit la future psychologie d’Ismaël : « Et il sera un homme sauvage : sa main sera contre tous, et la main de tous contre lui ; et il demeurera au-dessus de ses frères. »

Comme vous le savez, nous ne pouvons comprendre le texte si nous le lisons au premier degré. Nos maîtres, à travers leurs commentaires, nous aident à le lire à un degré autre. Ainsi même si ce verset, au premier degré, n’est pas flatteur pour Ismaël, Sforno nous en donne la signification : « Les deux mots qui composent l’expression פרא אדם (péré adam) indiquent qu’Ismaël portera en lui un double héritage, פרא (péré) du côté maternel, la passion de l’indépendance et la soif de liberté ; אדם (Adam), du côté paternel, l’aspiration à la perfection humaine. »

Un peu plus loin dans cette même section, Abraham apprend qu’il va être de nouveau père, cette fois-ci avec Sarah. Abraham s’inquiète de l’avenir de son aîné Ismaël.

Chap. 17, V. 18 : « Abraham dit à Dieu : « Puisse Ismaël vivre devant Toi » Dieu lui répond au Chap. 17, V. 20 : « Quant à Ismaël, je t’ai entendu : voici, Je l’ai béni, Je le ferai fructifier et le multiplierai prodigieusement ; il engendrera douze princes et Je ferai de lui une grande nation. »

A lire ces deux versets, nous avons l’impression qu’Ismaël est vraiment l’héritier spirituel d’Abraham. Le verset 19 qui s’invite dans ce dialogue dit : « Dieu dit : « En vérité, ta femme Sarah t’enfantera un fils et tu le nommeras Isaac ; et J’établirai Mon alliance avec lui comme un pacte éternel pour sa descendance après lui. » »

Le Rav S.R. Hirsh explique qu’ « Abraham a été douloureusement troublé par l’insinuation lourde de sens qu’impliquait ce bouleversement de l’ordre naturel, à savoir qu’Ismaël était indigne d’être son successeur. Jusque-là il avait aimé Ismaël et souhaité qu’il puisse mener à bien la mission dont il était lui-même investi. » Selon le Ramban, « Abraham a craint que la naissance de son véritable héritier ne signifie la mort d’Ismaël ; sa réponse constitue donc une prière pour la vie du jeune homme. »

Nous apprenons qu’Ismaël fut circoncis le même jour d’Abraham. Chap. 17 V. 25 et 26 : Et Ismaël, son fils, était âgé de treize ans quand il fut circoncis sur la chair de son excroissance. En ce même jour, Abraham fut circoncis ainsi que Ismaël son fils. »

Le Zohar nous explique que grâce à la circoncision, Ismaël « a sa part dans la bénédiction d’Abraham, aussi n’est-il pas comparable à un converti (étranger) ordinaire ; il est fils d’Abraham et issu de la source même de la sainteté. C’est un privilège qui lui restera par rapport aux autres peuples-frères : il résidera au-dessus de tous ses frères. »

Voyons maintenant comment se poursuit la lecture de la personnalité d’Ismaël dans la section Vayera de la semaine.

Nous apprenons que Sarah a enfanté d’Isaac et que ce dernier fut sevré, ce qui donna lieu à un grand festin.

La venue d’Isaac et la présence de la mère d’Ismaël perturbent le couple d’Abraham et de Sarah. Ainsi dans le chapitre 21, V. 9 à 14 il est écrit : « Sarah vit le fils de Hagar l’Egyptienne, qu’elle avait enfanté à Abraham, se livrer à des railleries. Elle dit à Abraham : « Renvoie cette esclave et son fils, car le fils de cette esclave n’héritera pas avec mon fils, avec Isaac ! ». La chose affligea profondément Abraham à propos de son fils. Dieu dit à Abraham : « Ne sois pas affligé à cause du jeune homme ou de ta servante : tout ce que te dira Sarah, écoute sa voix, car c’est en Isaac qu’une postérité sera considérée comme tienne. Et le fils de l’esclave, également, J’en ferai une nation car il est ta progéniture. » »

Commençons par analyser les critiques de Sarah. Pour le Rav Feinstein : « les paroles de Sarah semblent indiquer que l’héritage représentait son unique préoccupation, ce qui ne cadre absolument pas avec la grandeur de notre Matriarche. En outre, Dieu n’aurait certainement pas approuvé sa requête si le motif en avait été aussi mesquin. »

Rachi note que Sarah « conclut en disant que même si celui qu’elle désirait protéger n’avait pas été son fils mais seulement Isaac le juste, il était impensable qu’un Isaac soit livré à un Ismaël. En fait, elle soupçonnait qu’Ismaël veuille prétendre à l’héritage d’Abraham malgré son comportement indigne et ses railleries, et qu’il tente d’empêcher Isaac d’accomplir la mission reçue de Dieu. »

Pour le Rav Munk « Sarah se rendit compte qu’en grandissant, Ismaël, dont elle avait tant espéré qu’il deviendrait l’héritier spirituel de son père, ressemblait de plus en plus à sa mère Hagar. »

Abraham aime son fils Ismaël et est « profondément affligé » par les dires de sa femme même s’il avait sûrement découvert les traits de caractère de son fils. Pour le Rav S.R. Hirsh, Abraham « pensait probablement qu’il valait mieux ne pas le soustraire à l’influence positive de sa maison : si Hagar avait corrompu le garçon sous le même toit qu’Abraham, a fortiori se laisserait-il entièrement corrompre si elle devenait sa seule source d’influence. »

Ismaël et sa mère partent donc. Ils ont soif. Hagar pleure et dit : chap. 21, V. 16 : « Que je ne voie pas la mort de l’enfant ! ».

Le verset 18 est assez surprenant car il nous dit que « Dieu entendit la voix du jeune homme. » mais ne parle pas des pleurs d’Hagar. Pour le Rav S.R. Hirsh : « Au lieu de réconforter son enfant dans ses derniers instants, Hagar ne songe qu’à elle-même et au malaise que lui cause son agonie. C’est pourquoi Dieu entend ses pleurs à lui et non ceux de Hagar. Les cris stériles de l’égoïsme n’ont aucune valeur. »

Il est intéressant que la lecture publique de ce passage a toujours lieu le premier jour de Rosh Hashana (le premier jour de l’année). Elle rappelle au peuple juif que « si toutes les portes du ciel sont closes, celle des larmes demeure ouverte » (traité Béreshit 32.a).

La fin de vie d’Ismaël est mentionnée dans la section que nous lirons la semaine prochaine « Hayé Sarah »

Nous apprenons qu’il était présent aux funérailles d’Abraham. Le verset 9 du chapitre 25 nous dit : « Ses fils Isaac et Ismaël l’enterrèrent dans le caveau de Makhpéla, dans le champ d’Efron fils de Tso’har le Héthéen qui est en face de Mamré. »

Nos sages nous apprennent que contrairement à Esaü qui s’est imposé devant Jacob lors des funérailles d’Isaac, Ismaël, qui était l’aîné, a donné la priorité à son cadet. Ainsi pour Rachi on en déduit qu’il s’est repenti.

Le verset 17 nous annonce la mort d’Ismaël : « Et voici les années de la vie d’Ismaël : cent ans, trente ans et sept ans : il expira et mourut et fut réuni à son peuple. »

Pourquoi la Thora indique-t-elle le nombre d’années de la vie d’Ismaël de la même façon qu’elle l’a fait pour Sarah et Abraham ? Nahamide explique que « le motif essentiel est le fait qu’Ismaël, ayant fait pénitence et étant devenu un juste, la Thora cite le nombre de ses années comme elle le fait à propos des autres justes. »

Le texte dit qu’il « expira et mourut ». Rachi nous enseigne à propos de cette formulation : « Le terme ויגוע (expira) n’est employé qu’à propos des justes. »

La descendance d’Ismaël continuera à avoir des contacts avec les descendants d’Isaac. Ainsi Esaü, le fils d’Isaac épousa la fille d’Ismaël, Mahalat. Genèse, chap. 28, V. 9 : « Esaü alla alors chez Ismaël et prit Mahalat, la fille d’Ismaël, fils d’Abraham, sœur de Nevayot, en plus de ses femmes, pour épouse, pour lui. » 

Chabbat Chalom

Eric Gozlan