Nous allons lire cette semaine la section « Vayelekh » qui est la plus courte de l’année.

Nous sommes au dernier jour de la vie de Moïse, lequel transmet le pouvoir à Josué.

Avant de commenter certains versets de cette section, nous pouvons remarquer que le fameux mot de Jean-Paul II « n’ayez pas peur » se trouve par deux fois dans cette section au Chap. 31, V.6 et V. 8 .

Agé de 120 ans, Moïse finit d’écrire la Thora, la donne aux Levy afin qu’elle soit gardée dans l’Arche d’Alliance.

Cette section nous amène à réfléchir sur l’interprétation de la Thora au travers des générations. En effet nous lisons au chap. 31, V. 19 : « Et maintenant, écrivez pour vous ce cantique et apprenez-le aux enfants d’Israël ; mettez-le dans leur bouche afin que ce cantique soit pour Moi un témoin à l’encontre des enfants d’Israël. »

Pour comprendre la portée de ce verset, nous nous devons une explication de texte.

« Ce cantique » : pour le Ramban, il s’agit de la sidra « Haazinou » qui est la prochaine à lire. « Haazinou est appelé cantique car on le chante toujours et qu’il est écrit sous forme de poésie. »

Nous savons que la loi interdit à toute personne d’écrire une partie de la Thora, donc Moïse en nous demandant d’écrire ce cantique nous ordonne d’écrire une Thora entière.

Si nous suivons le commentaire du Ramban, le verset a une nouvelle version qui est : et maintenant écrivez pour vous une Thora et apprenez-là aux enfants d’israël.

Il nous est demandé d’écrire une Thora entière, mais quelle Thora écrire ? Vous allez me demander pourquoi cette question ?

Essayons d’y répondre en lisant certains de nos sages.

On nous enseigne que Moïse reçut la Thora au Mont Sinaï. D’ailleurs la fête de chavouoth est aussi appelée « hag mattan toratenou », c’est-à-dire « fête du don de notre Thora ». Au chap. 31, V. 24 de notre section il est écrit : « Et ce fut, lorsque Moïse eut fini d’écrire les paroles de cette Thora, un livre, jusqu’à leur conclusion. » Ainsi nous observons que Moïse écrit la Thora et c’est la deuxième fois que cette dernière est rédigée. (Mont Sinaï et la section de cette semaine)

Moïse était un sage, peut-être le plus grand de tous les temps mais c’était un homme avec son objectivité et sa subjectivité ; ainsi nous pouvons penser que lorsque Moïse écrivit cette Thora en fin de vie, il le fit avec sa propre lecture de l’histoire. Une lecture de l’histoire peut être discutée et interprétée. D’ailleurs, le Talmud nous enseigne que la parole divine est livrée aux hommes pour qu’ils l’interprètent.

Le Traité Baba Metsia page 59b du Talmud de Babylone nous enseigne que Rabbi Eliezer apporta toutes les réponses du monde pour prouver son opinion mais les rabbins refusèrent. La fin de cette page va dans notre sens : « Pourquoi vous opposez à Rabbi Eliezer, alors que la halakha suit toujours son opinion ? Rabbi Josué se leva et dit : « elle n’est plus dans les cieux ». Que signifie « elle n’est plus dans les cieux ? » Rabbi Jérémie répond : « du fait que la Thora a été donnée au Sinaï, on ne tient plus compte de la voix céleste puisqu’il est dit dans la Thora : « Vous suivrez la majorité. » Rabbi Nathan rencontra le prophète Elie. Et que fit Dieu en entendant le propos. » et Elie de répondre : « Il riait en disant : mes enfants m’ont vaincu, Mes enfants m’ont vaincu. » »

Pour illustrer ce commentaire, je souhaite vous citer encore le Talmud de Babylone qui nous enseigne que la vérité n’est pas une. Ainsi nous savons que les discussions entre les écoles de Hillel et de Shammaï dans le Talmud sont les meilleurs exemples de la controverse, pourtant selon ce même Talmud la vérité n’appartient à aucun des deux camps, mais nous devons considérer les deux avis comme « la parole du Dieu vivant ».

Talmud de Babylone, Traité Sanhedrin, p. 38a : « Rabbi Aba a dit au nom de Samuel : pensant trois ans les académies de Shammaï et de Hillel ont été en controverse. Les uns affirmaient : la loi est comme nous le disons et les autres affirmaient la même chose. Une voie céleste est sortie et a dit : « les paroles des uns et des autres sont les paroles du Dieu vivant. Cependant la loi doit être fixée selon l’académie de Hillel. » Pourquoi l’académie de Hillel a-t-elle eu ce mérite de fixer la loi ? Car les disciples de Hillel étaient doux et modestes, qu’ils approfondissaient tout autant leurs propres opinions et celles de Shammaï, et plus encore ils mentionnaient l’opinion de Shammaï avant la leur. »

Pour conclure, nous voyons que le judaïsme a un double défi : conserver l’immuabilité de la Thora à travers le temps mais aussi accepter que chacun en ait une lecture pour se retrouver en elle.

En ces jours où nous devons faire une introspection de nos faits et de nos dires, réfléchissons quelle Thora chacun d’entre nous veut écrire pour un monde meilleur.

Gmar hatima tova

Eric Gozlan