La semaine dernière, nous avons assisté à un nouvel épisode de guerre interne au Consistoire qui devait se prononcer sur de nouveaux statuts.

Lorsque nous lisons la section de cette semaine, nous apprenons que la guerre entre les juifs n’est pas une nouveauté. Ainsi nous découvrons la guerre fratricide entre Joseph et ses frères.

Joseph, personnage hors du commun qui est décrit par Jacques Attali comme « premier homme d’influence avant même les prophètes, première figure du juif de cour, aventurier, audacieux, imaginatif, séducteur » et comme « l’archétype de tous ceux qui, dans le judaïsme d’exil, se sont approchés du pouvoir.»

Lisons ensemble le texte :

Chap. 37, V. 2 à 4 « Voici l’histoire de la descendance de Jacob : Joseph, âgé de dix-sept ans, était berger avec ses frères, auprès du menu bétail, mais il était un jeune homme demeurant avec les fils de Bilha et les fils de Zilpa, épouses de son père ; Joseph rapportait des paroles médisantes sur eux à leur père. Or, Israël aimait Joseph plus que tous ses fils car il lui était un fils de la vieillesse, et il lui fit une tunique de fine laine. Ses frères virent que c’était lui que leur père aimait plus que tous ses frères, ils le prirent en haine et ils ne purent lui parler en paix. »

Nous pouvons observer que la famille de Jacob est désunie. Il est intéressant de constater que Jacob, qui avait tant souffert durant son existence de la préférence accordée par son père à son frère Esaü, n’ait pas évité cette même erreur.

A ce sujet, le traité Sab. 10 b nous apprend que : « on enseignait au nom de Rav : un père ne doit jamais distinguer un de ses enfants parmi les autres. Car ce fut à cause d’une robe d’un poids de deux Sélaïm que Jacob donna à Joseph et non à ses autres fils que ceux-ci furent jaloux de lui et la conséquence en fut la descente de nos ancêtres en Egypte. »

Maïmonide ajoute dans son Michné Thora : « Nos sages ont ordonné que l’homme ne doit faire de son vivant aucune distinction entre ses enfants, aussi insignifiante fût-elle, afin qu’il n’y ait entre eux ni querelle, ni jalousie, comme ce fut le cas de Joseph et de ses frères. »

La première leçon de ce texte est donc que nous ne devons pas faire de différence entre nos enfants. Je pense que ceci est aussi valable pour toutes les Institutions. Un dirigeant doit être le même pour tous ses administrés sinon, comme nous allons le voir, les conséquences peuvent être dramatiques.

Déjà dans le verset 4, nous observons la première conséquence : « ils ne purent lui parler en paix ». Pour Ibn Ezra, « l’animosité des frères à l’égard de Joseph était telle qu’ils ne pouvaient mener une conversation amicale avec lui, même sur des sujets pacifiques qui ne les opposaient pas. »

Cette conséquence, nous l’observons dans beaucoup de réunions où le but de certains est de « chercher » l’autre. Rachi, à travers son commentaire sur ce verset demande que ces contradicteurs professionnels aient au-moins une qualité : « leur comportement ostensiblement désagréable souligne une qualité : ils étaient trop honnêtes pour feindre une affection et une amitié qu’ils ne ressentaient pas. »

Nous arrivons maintenant à un des épisodes les plus déconcertants de la Thora : l’agression quasi meurtrière de Joseph et sa vente comme esclave par ses frères. Le stratagème est simple comme il est décrit au Chap. 37 V. 19 et 20 : « Ils (les frères) se dirent l’un à l’autre : « Voici venir le maître des rêves ! Et maintenant, allons, tuons-le et jetons-le dans un puits ; et nous dirons : « Une bête sauvage l’a dévoré. » Nous verrons alors ce que deviendront ses rêves. » »

Pour bien comprendre pourquoi des idées de meurtre germent au sein de cette fratrie, nous devons revenir en arrière et nous intéresser aux rêves de Joseph qui sont décrits aux versets 5 à 7 et 9 du chapitre 37 : « Joseph fit un rêve qu’il raconta à ses frères et ils le haïrent encore plus. Il leur dit : « Ecoutez je vous prie, ce rêve que j’ai fait : or voici, nous liions des gerbes dans le champ ; et voici que ma gerbe s’est dressée et est même restée debout ; et voici que vos gerbes se sont placées tout autour et elles se sont prosternées devant ma gerbe. » »

« Il fit encore un rêve et le raconta à ses frères. Il dit : « Voici, j’ai fait encore un rêve : et voici que le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi. » »

On peut se demander pourquoi Joseph a raconté ses rêves à ses frères car il était sûrement conscient que cela déclencherait leur colère.

Rabbi Juda nous dit : « Apprends d’ici qu’on ne doit raconter son rêve à nul autre qu’à un bon ami. En effet, Joseph ayant raconté son rêve à ses propres frères qui le haïssaient, ceux-ci lui donnèrent une interprétation propre à provoquer une opposition la plus violente. »

Joseph ne sera pas tué grâce à Ruben mais est vendu à une caravane d’Ismaélites. Le début du verset 25 nous dévoile l’esprit des frères de Joseph à ce moment tragique : « ils s’assirent pour manger du pain.» Sforno nous explique qu’ « ils avaient la conscience parfaitement tranquille sans quoi ils n’auraient pas pu s’assoir confortablement et manger en dépit des supplications de leur frère qui résonnaient à leurs oreilles. »

A travers cette étude, nous comprenons qu’il faut être très prudent dans l’expression de ses rêves surtout s’ils révèlent des ambitions.               

Chabbat chalom

Eric Gozlan