Après le retrait de François Hollande, Manuel Valls a-t-il encore une chance ? Réflexions sur le parcours d’un jeune homme pressé…

À l’évidence, le temps politique, le temps partisan, n’a rien à voir avec le temps philosophique ou discursif. On le savait depuis Socrate et ses dialogues platoniciens. On ne raisonne pas dans le domaine politique, à nul leader de parti n’incombe la charge de la preuve, il suffit d’agir, de frapper vite et fort.

De l’actualité brûlante de ces pratiques, Manuel Valls vient de nous fournir une nouvelle fois la preuve. Sitôt parti de l’hôtel de Matignon, il réunit autour de lui, le même soir, un peu plus de cent cinquante parlementaires PS. Les mauvais esprits pensent que ces braves gens ont peu de chances de survivre au raz-de-marée qui les attend lors des élections législatives et de mauvaises langues n’hésitent pas à le répéter un peu partout… Ils voient en Manuel Valls la seule planche de salut et s’y accrochent.

Est-ce que Manuel Valls a la moindre chance d’être élu président de la République en mai 2017 ? Je ne vais pas prophétiser même si dans ma confession, on parle volontiers de l’inerrance prophétique, c’est-à-dire de l’infaillibilité du message divin qui transite par le truchement d’un substrat humain, en l’occurrence le prophète. Il faudrait un énorme miracle pour que cela se produise. Vous voyez, on nage dans le vocabulaire religieux.

Mais examinons un peu les événements récents, sans remonter au temps où ce jeune immigré espagnol faisait la queue à la préfecture de police de Paris pour sa carte de séjour. Quelle revanche pour le futur ministre de l’Intérieur ! Cela vous requinque un homme, même si plus tard il sera Premier Ministre !

Manuel Valls a fait plier le président Hollande deux fois : une fois pour remplacer Jean-Marc Ayrault à Matignon et la seconde fois pour le remplacer, lui-même, à l’Elysée. Dans les deux cas, il a réussi son coup. Mais continuera-t-il à avoir la baraka ? Si l’on peut comprendre la démoralisation du président et sa volonté, par lassitude, découragement, voire écœurement, de se retirer du jeu, on ne voit pas très bien comment le PS va se ranger derrière Manuel Valls pour la bonne raison que sa personne et surtout son programme s’écartent tant de la voie tracée par la rue de Solférino. On a bien vu que l’actuel Premier secrétaire penchait vers le Premier ministre démissionnaire, mais cet homme n’est peut-être pas l’homme le plus persévérant, ni le plus constant de France…

Et puis il sait, lui, parfaitement bien, ce que donnent les sondages. Et enfin, Valls a en face de lui, ses anciens ministres, décidés à le combattre férocement : c’est pourquoi la première chose à faire est de passer victorieusement les primaires. Or, rien n’est moins sûr. Ils sont presque sept à se présenter, et tous sont contre lui, il y a même un risque de regroupement au second tour, entre deux à quatre candidats, ce qui serait fatal à M. Valls.

Enfin, il y a Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et aussi, sur un autre plan, car non déclaré, l’animosité foncière de Martine Aubry. Personne n’oublie que le candidat veut en finir, une fois pour toutes, avec les trente-cinq heures. Et il n’a peut-être pas tort. Mais la maire de Lille laissera-t-elle détricoter son œuvre sans broncher ? J’en doute fort.

Et puis il y a Macron qui a trompé tout le monde sur ses intentions, ses projets et ses visées. François Hollande a prouvé, dans ce cas précis, qu’il n’était pas le diable calculateur et machiavélique que l’on croyait. Il a accordé sa confiance à quelqu’un qui l’a trahi… Mais il ne faut pas écarter l’hypothèse suivante : Hollande a fait venir Macron au gouvernement pour le mettre en concurrence avec Valls dont il avait (lors de sa fameuse décoration), discerné les ambitions présidentielles à peine dissimulées.

Le drame du pouvoir. Dans toute cette affaire, ce qui me gêne le plus (mais c’est peut-être mon penchant pour la philosophie idéaliste), c’est le piétinement des valeurs morales. On a assisté à une ligature, un empêchement du président de se représenter en faisant flèche de tout bois. Et je pense que les Français, peuple animé d’un solide bon sens paysan, ne l’oublieront pas. Même si le président actuel n’avait pratiquement aucune chance de redresser la barre. Inconstance, versatilité de l’opinion commune : François Hollande remonte dans les sondages…

Manuel Valls sait-il que les Français ont la mémoire longue ? Probablement. Certains pensent qu’il veut, dans un premier temps, s’assurer du parti et repartir à l’assaut de la présidence, en 2022. D’autres pensent qu’il redoute l’avance de Macron qu’il considère comme son véritable challenger. D’où son empressement…

La politique, c’est très compliqué. Mais les abus accumulés durant si longtemps ont conduit les peuples à se défier de leurs élites. L’effet Trump se fera sentir partout.

Mais la démocratie, telle qu’on l’a connue jusqu’ici, y gagnera-t-elle ? Ce n’est pas si sûr…