La paracha que nous allons lire cette semaine nous relate les sept premières plaies que l’Egypte va subir. Nous verrons que les dix plaies (trois que nous lirons la semaine prochaine) vont briser la résistance de Pharaon, mais à quel prix.

Il y a différentes façons de lire les dix plaies. Pour moi, la leçon que nous donne le texte est que la guerre économique est la plus dure pour un pays. Le blocus économique est une arme très efficace dans la guerre. Sans exporter et importer, comment un pays peut-il vivre?

La graduation de la sanction est aussi importante que la sanction elle-même et c’est justement ce qui s’est passé avec les dix plaies.

Parmi les explications données par les différents Midrachim pour motiver le choix des plaies, Rachi préfère l’interprétation du Midrah Tanh qui souligne que “Dieu attaqua les Égyptiens suivant le plan stratégique d’un roi qui assiège une ville. D’abord on détruit les points d’eau, puis on fait sonner les trompettes à grands coups pour effrayer les habitants et semer l’épouvante (les coassements des grenouilles). Ensuite on lance dans flèches, on déchaîne les légions contre l’ennemi (les bêtes féroces), on fait entrer les lanciers (la peste), on les arrose de produits brûlants (les ulcères qui provoquent des brûlures sur la peau), on jette contre eux des obus (la grêle), on expédie le gros de l’armée (les sauterelles), on les enferme dans leur retraite (les ténèbres dont ils étaient prisonniers). Enfin on exécute leurs principaux dignitaires (la mort des premiers-nés)”

La première plaie : le sang dans le Nil

Chap.7 V. 21 : “Et le poisson qui était dans le fleuve périt, le fleuve devint infecte et l’Egypte ne put boire l’eau du fleuve, et le sang fut sur tout le pays d’Egypte”

Avec cette plaie, l’Egypte est privée d’eau. Ce fleuve de 6 671 kilomètres est infesté et tous les poissons meurent. Du temps de Moïse, le Nil était considéré par les Égyptiens comme le père des Dieux, le gardien de la vie.

Le Midrash nous raconte que les Égyptiens furent touchés par la plaie mais non les enfants d’Israël. De plus, si un Égyptien avait besoin d’eau, il devait l’acheter à un Hébreu et s’il tentait de s’en emparer de force, l’eau se transformait en sang.

Comme nous le savons, l’eau est souvent la base de conflits. Il nous suffit de suivre l’actualité du Proche-Orient pour le comprendre. Ainsi, en privant d’eau l’Egypte, nous assistons à un coup mortel à ce pays, à sa vie économique mais aussi à sa vie politique.

La deuxième plaie : les grenouilles

Chap. 7 V. 27 et 28 : “Mais si tu refuses de le laisser partir, voici, je vais frapper sur tout ton territoire au moyen des grenouilles. Et le fleuve pullulera de grenouilles, elles monteront et viendront dans ton palais, dans ta chambre à coucher et sur ton lit, ainsi que dans la maison de tes serviteurs et parmi ton peuple, dans tes fours et dans tes pétrins.”

D’après le Zohar, le coassement terrifiant des grenouilles rendit aux Égyptiens la vie intolérable. Ainsi, avec cette plaie, nous pouvons nous imaginer que l’économie égyptienne subit un autre coup. Le peuple ne peut manger ni dormir donc n’a plus aucune force de travailler.

La troisième plaie : les poux

Chap. 8 V. 13 : “ Ils firent ainsi : Aaron étendit sa main avec son bâton et frappa la poussière de la terre et la vermine fut sur l’homme et la bête ; toute la poussière de la terre se changea en poux, dans tout le pays d’Egypte”

Le pou est en Egypte comme ailleurs un objet de répulsion. Pour entrer dans leurs sanctuaires, les prêtres égyptiens devaient se préserver de toute impureté. Ainsi comme l’écrit André Chouraqui : “Le ”coup“ du pou paralysait la vie des temples , donc l’action des Dieux.”

Essayons d’imaginer simplement une maison infestée de poux, c’est insupportable. Cette fois-ci, non seulement l’homme est touché par la plaie, mais les animaux aussi et comme nous le savons, les animaux étaient des instruments de travail pour les agriculteurs égyptiens. Sans cet outil, l’économie est encore plus bloquée.

La quatrième plaie : les bêtes sauvages

Chap. 8 V. 20 : “Hachem fit ainsi et une horde féroce de bêtes sauvages vint dans la maison de Pharaon et la maison de ses serviteurs ; et dans tout le pays d’Egypte, la terre était dévastée à cause des bêtes sauvages.”

D’après Léka’h Tov, l’expression “la terre était dévastée” nous apprend que ”les animaux ont dépouillé les arbres et ravagé les récoltes.”

Ainsi, encore une fois l’économie est touchée, mais cette fois, pour longtemps. Il faudra attendre un long moment avant que les arbres repoussent et que les récoltes redonnent des fruits

La cinquième plaie : la peste

Chap. 9 V. 3 : “ Voici : la main d’Hachem est sur ton bétail qui est dans le champ, sur les chevaux, sur les ânes, sur les chameaux, sur le gros bétail et sur le menu bétail – une peste très sévère.”

La punition contre le peuple égyptien est de plus en plus sévère. Les animaux deviennent malades et meurent. Ainsi ce qui restait de l’outil de production est détruit.

La sixième plaie : les ulcères

Chap. 9 V.10 : “Ils prirent la cendre de la fournaise, se tinrent devant Pharaon et Moïse la lança vers le ciel et (elle) devint une éruption de cloques dans tout le pays d’Egypte.”

Nous savons que les ulcères sont une maladie grave qui peut brûler l’extérieur et l’intérieur d’un corps. Avec cette plaie, les Egyptiens ne peuvent plus travailler. Après les animaux (outils de travail) et les récoltes, la main-d’œuvre est touchée. Tous sont en “congés maladie”. Imaginons une entreprise où l’ensemble des employés est malade ; elle serait condamnée rapidement. Un pays sans main d’œuvre valide : c’est sa fin économique et surtout une dépendance aux autres pays avec tout ce que cela implique.

La septième plaie : la grêle

Chap. 9 V. 18 : “Voici, je vais faire pleuvoir demain à cette heure, une grêle très violente, telle qu’il en a jamais eu en Egypte depuis le jour où elle a été fondée et jusqu’à maintenant”

La grêle : un phénomène qui fait encore peur, et pas seulement à nos assureurs. Avec cette plaie, nous pouvons imaginer dans quel état se trouvait l’Egypte. Les bâtiments abattus, le peu d’agriculture qui lui restait détruit. Avec son sol aride, ces pluies ont détruit toutes les nappes phréatiques. Un véritable désastre.

Comme nous avons pu commencer à le voir avec ces sept plaies, le but des punitions divines était de mettre KO ce pays par la destruction de toutes ses infrastructures. Nous savons que, de nos jours, la première menace d’une puissance contre un pays est le blocus économique et nous savons aussi que les seuls qui pâtissent de ce blocus sont le peuple.

Vous allez me dire que grâce à ce “blocus”, le peuple hébreu est devenu libre, mais n’oublions jamais que nous devons lire le texte non au premier degré mais à des degrés supérieurs et que la Bible est là pour nous faire réfléchir et non pour copier tout ce qui y est écrit.