Ou lettres de créances ?

Leur rassemblement à Saint-Denis de la semaine dernière, placé sous le signe d’une soi-disant dénonciation de « l’islamophobie » avait tout de la grande kermesse aux arrières-pensées.

Pourtant, rien de neuf en la matière. Que les émules islamiques des plus grands pourfendeurs du communisme du monde arabe soient associés dans la même messe aux tenants de la dictature du prolétariat n’a finalement rien de très surprenant.

Quant aux petits révolutionnaires pacsés de l’entourage de Besancenot, il ne semble pas être arrivé à la hauteur de leur cerveau qu’ils allaient chauffer des sièges aux côtés d’une brochette de personnages pour qui l’homosexualité représente l’enfer sur terre.

Accordons aux Verts écologistes le bénéfice d’avoir retiré, in extremis, leur signature de l’appel à participer au dernier souk de l’hiver. Ils ne prirent pas, cette fois, l’incohérence comme meilleure conseillère.

Les musulmans démocrates, comme les associations féministes, ont été, et c’est souvent le cas, en accord avec eux-mêmes et n’ont pas pris le métro pour la banlieue nord.

Le vrai problème se pose enfin dans des termes on ne peut plus clairs. Le Parti Socialiste, en louchant tout à gauche, comme il le fait par « frondeurs » interposés, n’est-il pas en train d’imiter sa concurrente UMP à laquelle il reproche des sourires en coin vers l’extrême-droite ? Imagine-t-il que le râteau ramassera, en passant, les tâtillons de l’islamisme qu’il espère encore, peut-être, pas tout à fait perdus pour lui, aujourd’hui ?

Nous sommes en droit de nous poser ces questions après les sorties récentes du Secrétaire Cambadélis.

En ce qui concerne le Parti Communiste et le Nouveau Parti Anticapitaliste, ne soyons pas médisants : ils n’ont pas parler d’amour à l’UOIF par simple calcul électoraliste. L’arithmétique n’est pas leur fort : mais le dogmatisme, oui. Ces trois-là ont plus de points communs qu’il n’y paraît.

On se doute que c’eût été plus difficile pour eux, si Israël n’avait pas eu la bonne idée d’exister.

Et pas seulement, d’ailleurs : si la finance mondiale n’exaspérait pas, par son cosmopolitisme néfaste, leurs syndicats au-dessus de tout soupçon d’incorruptibilité, aussi. Sinon comment pourraient-ils continuer à se pâmer sur le syllogisme qu’ils chérissent tant selon lequel les amis des capitalistes sont leurs ennemis ? Suivez leur regard… qui évite les milliardaires du Golf et ceux d’Iran, ou les trafiquants vénézuéliens.

Histoire d’amour plus difficile, encore, si le pro-palestinisme béat des uns, à la bonne franquette d’un matérialisme historique réduit à l’état de compost, n’avait pas perçu dans l’anti-sionisme haineux des autres une occasion de revenir à des fondamentaux idéologiques que, pendant un certain temps, la Shoah avait empêché de tourner en rond. De l’entrisme à l’opportunisme, ils raflent ce que prend la fourchette.

N’en déplaise aux juifs marxistes, il est une constante dans l’histoire du communisme (et non du mouvement ouvrier en tant que tel), qui l’a toujours bâtardisé de l’antisémitisme de clients qui lui étaient opposés en d’autres domaines.

En Russie, dès la première révolution de 1905, comme en Europe occidentale, jusqu’à nos jours, on nous a fait passer pour maladie de jeunesse ce qui participait d’un rejet génétique. Le judaïsme, en tant que religion, d’abord, mais surtout en tant que manifestation de l’esprit national d’un peuple, a joué un rôle d’anticorps dans l’évolution de ces idéologies et permis d’obscures alliances.

Aujourd’hui, ces gens-là renouent avec la tradition, rien de plus. Leur condamnation du négationnisme comme les grandes tirades humanistes, à la Plenel, lorsqu’ils se tournent vers la référence absolue de l’horreur, l’Holocauste des Juifs, quand ils sont sincères, se métamorphosent vite en façade, sur laquelle l’actualité de leurs ressentiments l’emporte dans le demi souffle qui suit.

La façade devient un bouclier derrière lequel ce ne sont plus les juifs qui doivent être protégés, mais tous ceux dont ils veulent faire, à n’importe quel prix, les nouveaux damnés de la terre.

Cette gauche qui se croit le chantre émérite du « vivre ensemble » a enfin tiré de sa manche un credo qui fait recette : si les musulmans n’ont pas été les premières victimes des attentats de janvier ( il n’auraient osé pousser jusque là!), ce sont eux qui paient, depuis, les pots cassés.

C’est une façon comme une autre de nous prévenir que d’éventuels attentats contre les juifs ne seraient que le fait d’un islamisme fictif ou, mieux, de brebis égarées de la misère sociale qui règne dans certains territoires.

Est donc, d’emblée, « islamophobe » qui considère ce troupeau, que l’on évalue à près de 4 000 individus, comme porteur d’une idéologie potentiellement partagée par un plus grand nombre encore.

Les trotskistes, un tant soit peu cultivés, devraient savoir qu’il suffit de quelques centaines d’énergumènes fanatisés pour déchirer le tissu social d’un Etat, fût-il l’un des mieux vertébrés du monde. La technique des « petits chaos », chère aux maîtres à penser du djihâd moderne, ayant déjà fait ses preuves en d’autres temps, et sous tous les cieux.

Qui peut jurer que ce n’est pas de cela dont rêvent, secrètement, sous leur air bonhomme, quelques esthètes du Grand Soir ? Eh oui, la question,seule, donne le frisson ; mais la folie crée des liens !

En fait, sans tergiverser, on nous prépare une belle salade où islamophobie sans guillemets et antisémitisme devront partager la même vinaigrette. Ainsi, faudra-t-il très vite accepter un principe d’équivalence dans lequel nous risquerons de nous enfermer nous-mêmes au nom du fameux combat contre tous les racismes.

Un niqab arraché vaudra à peine moins que la mort d’un juif qui a eu la mauvaise idée d’entrer dans un supermarché cacher au même moment qu’un « chômeur, radicalisé en prison » avec sa kalachnikov tombée du ciel. Un tag vaudra trois cents tombes profanées, une insulte un enfant roué de coups, une bousculade un viol.

Des sociologues viendront alors nous expliquer qu’il n’y a pas de hiérarchie dans l’ignominie. Pourquoi s’en priveraient-ils ? Ils auront été prédécés par l’orchestre des quelques béni oui-oui du judaïsme français, incités en cela par leurs « amis » politiques seulement enclins à nous resservir ces jolies formules républicaines dont ils ne se lassent plus.

Nous ravalerons notre langue par égard à la grande lutte unanime contre tous, tous, tous les racismes. Puis, il ne nous restera plus qu’à courir à Saint-Denis porter la bonne parole de notre humanité. Exagération ridicule ?

Peut-être… peut-être pas.