Universités françaises : la sélection comme seule option
Les manifestations lycéennes en France ont en partie cristallisé le débat sur Parcoursup, cette plateforme nationale de préinscription en première année de l’enseignement supérieur, accusée d’être « un système de sélection opaque, inégalitaire et profondément anxiogène », pour reprendre les mots du parti LFI, soutien des manifestants. Tout système étant perfectible, dire que Parcoursup peut être amélioré relève de la palissade. Mais dépenser plusieurs millions d’euros pour sa refonte pourrait s’avérer superflu ou très insuffisant. En effet, la situation requiert que l’on se penche d’abord sur le rôle même de l’enseignement supérieur et l’intérêt d’y accueillir autant qu’on le fait aujourd’hui ; et de poser la question suivante : la collectivité doit-elle financer indistinctement toutes les aspirations individuelles des bacheliers, ou doit-elle définir des priorités d’enseignements en fonction des besoins technico-économiques de la France et accueillir dans les établissements d’enseignement supérieur prioritairement celles et ceux qui pourront y répondre ?
Deux réponses peuvent être formulées.
On peut décider, comme première réponse, que le rôle de l’enseignement supérieur est avant tout de former des professionnels. Dans cette perspective, les filières sélectives et porteuses doivent être financées, développées, promues : BTS, IUT, écoles d’ingénieurs, masters et doctorats en sciences et technologies. Elles doivent rester gratuites mais aussi être adaptées au marché du travail : par exemple, le principe de réalité ayant douché les illusions de ceux qui voulaient, par idéologie éco-ésotérique, se passer de l’énergie nucléaire, cette filière va devoir embaucher massivement. La filière nucléaire prévoit ainsi quelque 100 000 recrutements d’ici à 2035. La défense sera elle aussi de plus en plus consommatrice de compétences techniques et scientifiques de haut niveau : le risque d’une guerre de haute intensité se précise d’année en année, qui prendra le visage de confrontations technologiques mobilisant aussi bien des systèmes complexes que des solutions agiles low-tech. Le spatial, avec le développement du New Space, qui offre un accès à l’espace à des acteurs économiques qui en étaient jusqu’alors exclus, nécessitera des personnels très spécialisés. Sans compter le déplacement d’une partie des opérations militaires jusqu’en orbite terrestre… Les sciences cognitives, la bio-informatique ou encore les biotechnologies sont d’autres exemples de filières majeures d’avenir.
Si l’on décide donc que la vocation de l’enseignement supérieur est de former des professionnels en cohérence avec les besoins technico-économiques de la France, alors le sujet n’est pas tant de savoir ce qu’un élève veut faire, mais ce qu’il peut faire dans ces filières, ce qui s’évalue par la sélection sur résultats, étant entendu qu’il faut, autant que possible, trouver un terrain d’entente entre ce qui intéresse et ce qui est accessible. J’entends l’objection selon laquelle certains élèves, pour de multiples raisons, peuvent avoir besoin d’une seconde chance pour réussir les sélections. La France doit pouvoir s’inspirer d’Israël sur ce point, où des dispositifs de consolidation et de vérification des acquis et compétences, comme la Mekhina, permettent de mieux préparer les jeunes, notamment les étudiants Olim, à la poursuite de leurs cursus dans les universités israéliennes. En outre, l’année de césure, proposée désormais sur Parcoursup, mais qu’il faudrait envisager de généraliser, pour l’accomplissement du service militaire, peut être mise à profit par des jeunes en manque d’inspiration ou de lucidité pour évaluer leurs compétences non scolaires et peut-être trouver une voie qui leur convienne.
En parallèle, sans détruire l’enseignement de certaines disciplines théoriques des sciences humaines, comme l’anthropologie ou la sociologie pour ne citer qu’elles, leurs effectifs d’étudiants devraient être réduits en cohérence avec les besoins de renouvellement dans le corps des chercheurs, enseignants et experts, avec une sélection également au mérite.
Tout cela étant dit, on peut formuler une autre réponse, et décider à l’inverse que les établissements d’enseignement supérieur, et notamment les universités, doivent rester un lieu de transmission massive des savoirs, y compris de ceux qui ne sont pas directement productifs et dont on ne peut attendre de retour sur investissement. Comme il sera de plus en plus difficile de faire peser sur le contribuable le poids du mammouth, sans distinction ni limite, le financement de cette transmission des savoirs non productifs à grande échelle devra provenir largement d’ailleurs. C’est donc, sauf pour les meilleurs candidats qui pourraient bénéficier d’une bourse au mérite, à leurs frais, que les élèves pourront s’inscrire dans ces filières; mais avec pour la société un risque majeur de renforcer l’homogénéité sociale dans certains métiers intellectuels en lien notamment avec les humanités.
Dans les deux cas, on le voit, une sélection s’avèrera nécessaire : au mérite ou au compte-bancaire.
Je choisis la sélection au mérite, au sein d’un enseignement supérieur ambitieusement tourné vers le développement économique et technologique.
La proposition est rude. Elle exige que chaque élève se demande ce qu’il peut faire pour la communauté nationale plutôt que ce que la communauté nationale peut faire pour lui. Elle exige aussi que les lycées retrouvent leurs galons : ils ont été et peuvent redevenir des lieux de transmission par excellence, où l’on peut acquérir un haut niveau de potentiel opérationnel dans un domaine technico-économique ainsi qu’une culture suffisante pour faire société. C’est ainsi par la revalorisation du lycée, la promotion des filières économiquement porteuses, et une sélection au mérite rigoureuse que l’enseignement supérieur pourra survivre aux problématiques démographiques et économiques actuelles et contribuer activement à refaire de la France une grande Nation technologique et industrielle.
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