Lorsqu’en 1961, Luchino Visconti mit en scène la tragi-comédie de l’auteur élisabéthain John Ford (1586-1640), « Dommage qu’elle soit une putain », il ne se doutait certainement pas que le titre brutal mais évocateur de cette pièce conviendrait si bien aujourd’hui à la malencontreuse institution de l’UNESCO qui vient de voter, une fois de plus, une décision inique contre Israël et les Juifs. Décision par laquelle il n’y aurait pas de liens entre l’histoire juive et la ville sainte de Jérusalem.

Dans l’intrigue typiquement shakespearienne de Ford, foisonne une multitude de personnages secondaires qui, tels des ombres assassines, pèsent sur le destin funeste d’un jeune couple d’amoureux. La mort rôde sans cesse, mais il est interdit de la voir sur scène à visage découvert, comme si la violence et le cynisme paraissent plus doux et légitimes derrière une bienséance policée.

Rien de moins à propos de l’ex-honorable institution de l’UNESCO qui vient de voter une résolution très controversée.

« Des lieux saints mentionnés que sous leur nom arabe ».

Ce texte a d’abord été un projet de décision (document 200 EX/25) présenté par l’Algérie, l’Egypte, le Liban, le Maroc, Oman, le Qatar et le Soudan. Il a ensuite été approuvé à Paris le 13 octobre 2016 (24 votes pour, 6 contre, 26 abstentions dont celle de la France). Cette résolution a enfin été confirmée le 18 octobre dernier par le conseil exécutif de l’organisation et sera réaffirmée dans les prochains jours par un autre comité international, lié à l’UNESCO.

On y parle d’Israël exclusivement dans les termes de ‘’puissance occupante’’ et les lieux saints ne sont mentionnés que sous leur nom arabe : « (…) La présente décision vise, entre autres, à sauvegarder le patrimoine culturel palestinien (…) » lequel serait menacé par des fouilles illégales et destructrices de la part de la « puissante occupante israélienne », présence « portant atteinte à la maintenance, la restauration et la réglementation de l’accès au site de la mosquée Al-Aqsa, en contradiction avec les règles internationales instituant la direction exclusive et religieuse du Waqf jordanien ».

On voit très vite que l’argument culturel n’est qu’un prétexte pour établir une condamnation unilatérale et sans appel de la « puissance occupante israélienne » (terme répété systématiquement dans chacun des 41 alinéas du document), dont on « déplore vivement le blocus continu qui est imposé à la bande de Gaza, [lequel blocus] porte atteinte à la circulation libre et continue du personnel et de l’aide humanitaire, [et provoque un] nombre intolérable de victimes ».

Ainsi, ce texte très politique vise à criminaliser Israël sur toute la ligne ne lui reconnaissant aucune forme de présence légale et légitime à Jérusalem Est. Ni ailleurs.

Le plus fort de la controverse porte sur le point III du texte intitulé : « Les deux sites palestiniens d’Al-Haram Al-Ibrahimi/Tombeau des Patriarches à Al-Khalil/Hébron et de la mosquée Bilal Bin Rabah/Tombe de Rachel à Bethléem ». Si on y reconnaît secondairement (alinéa 36) que « ces deux sites revêtent une importance religieuse pour le judaïsme, le christianisme et l’islam », il y est prioritairement affirmé que « les deux sites concernés (…) font partie intégrante de la Palestine » (alinéa 35).

L’UNESCO persiste et signe dans l’alinéa 40 où elle « regrette vivement qu’Israël refuse de se conformer à la décision 185 EX/15 [par laquelle] les autorités israéliennes ont été priées de retirer les deux sites palestiniens de la liste du patrimoine national israélien ».

Enfin, le dernier point IV, composé d’un seul alinéa (41), désigne par le terme générique et sans restriction de « Palestine occupée » l’ensemble du territoire où est présente la « puissance occupante israélienne ».

Pour l’UNESCO, les Juifs n’ont jamais existé

 A l’instar de Sami Abu Zuhri, porte-parole du Hamas, qui a déclaré que ce texte était « une victoire pour le peuple palestinien [car la mosquée] Al-Aqsa appartient à un patrimoine purement islamique », comment ne pas deviner l’inepte l’objectif de ce vote qui affirme ni plus ni moins que la présence juive à Jérusalem est une usurpation au détriment des Arabo-musulmans qui ont un droit séculaire sur ce territoire ; territoire dont on rappelle symboliquement l’importance sacrée pour les trois monothéismes mais dont on reconnaît implicitement qu’il est le berceau privilégié de l’islam, au mépris de ses racines judéo-chrétiennes.

Ainsi, les Palestiniens seraient les victimes du   »vol » de leur terre. Ainsi l’UNESCO ne ferait que leur rendre justice face aux hasards humiliants de la géopolitique.

Car il serait définitivement établi que, désormais, l’histoire de Jérusalem  a commencé avec l’islam, et s’est arrêtée avec ellle.

Fi de l’existence du Temple d’Hérode construit il y a deux mille ans, fi de la présence byzantine aux premiers siècles de notre ère, fi des découvertes archéologiques qui attestent que la construction de la mosquée d’Omar (Dôme du Rocher) et celle d’Al-Aqsa ne sont intervenues que bien après, entre la fin du VII et le début du VIIIème siècle de notre ère, sur les ruines d’un temps et d’un héritage juifs qui ont bel et bien existé.

Nier cet héritage, nier ce temps historique, c’est faire plaisir aux tireurs de ficelles, dont l’incontournable Qatar, qui font désormais de l’ex-honorable institution de l’UNESCO une marionnette sans corps ni âme, sans scrupule ni orgueil.

Pour l’UNESCO, la « Décade de la paix » (2013-2022) commence par une ‘’libération des stéréotypes’’ !

Depuis 2013, l’UNESCO inscrit son programme d’actions dans la ‘’décade de la paix’’ (2013-2022) dont le but serait de favoriser le rapprochement des cultures par le développement « d’une prise de conscience universelle libérée des stéréotypes. »

Il s’agirait de répondre au besoin urgent de « démontrer de nouvelles articulations entre la diversité culturelle et les valeurs universelles ». Nous en voyons ici la remarquable démonstration : défendre les ‘’peuples discriminés est une valeur universelle quelle que soit le sacrifice culturel qu’il en coûte’’.

Ainsi, pour l’UNESCO, les Palestiniens considérés comme un peuple discriminé par « la puissance occupante israélienne » ont le droit à un patrimoine historique et religieux bien à eux quitte à tordre le coup aux vérités encombrantes qui en gênent l’expression exclusive et sans partage.

De ce second temple de Jérusalem détruit par l’empereur Titus en 70 après J.C (près de 600 ans avant l’islam), il ne reste plus que la partie occidentale du mur dit  »des lamentations ».

Qui peut croire que ces ruines sont celles d’une mosquée ? Qui peut nier que le judaïsme, au-delà de la religion, est l’incarnation même d’un héritage précieusement conservé et de ce temps historique incontestable ?

Le mont du Temple considéré par les Juifs comme le saint mont Moriah où Abraham a sacrifié n’a, aux yeux de l’UNESCO, qu’une valeur formelle et dérisoire face aux ‘’besoins d’émancipation et de justice de la nation palestinienne’’ dont la mosquée Al-Aqsa est devenue la bannière.

Guère de préoccupation réelle de culture ni d’histoire dans tout cela. Seulement le besoin d’imposer à Israël et au monde une sorte de ‘’paix d’Allah’’ qui s’impose, par le fer et le sang comme chacun sait, en lieu et place de ‘’la nouvelle vérité universelle’’.

Or, plutôt que faire la paix des peuples, l’UNESCO réussit surtout à les opposer. Au lieu de dépasser les conflits et de faire du patrimoine juif de Jérusalem une preuve indéfectible de cohabitation et de fraternité séculaire, l’UNESCO ravive les tensions pour servir des buts qui ne relèvent pas de son mandat : servir un camp contre un autre au mépris de son originelle neutralité bienveillante. Dommage.

Un vaudeville pathétique qui ne prend pas

Que penser d’une telle agence de l’ONU dont la directrice-générale elle-même, Irina Bokova, a juré de lutter contre la négation du droit à l’existence de l’Etat d’Israël, négationnisme qui s’appuie, a-t-elle précisé récemment, sur « une nouvelle forme d’antisémitisme [et] sur des visions de la culture et de l’Histoire biaisées ou partiales » ?

Que penser d’une telle cacophonie qui perdure puisqu’un autre comité lié à l’UNESCO, celui du Patrimoine mondial, votera mercredi 26 octobre prochain un texte similaire et même pire que celui voté le 13 octobre ? Seul le lien de Jérusalem avec l’islam sera évoqué, à l’exclusion des autres monothéismes.

Ainsi, le lien indéfectible entre le peuple de la Bible et la terre de ses ancêtres serait devenu un tabou international que l’on s’échine à brandir comme une « nouvelle vérité ». On aimerait que le subterfuge fonctionne pour créer une sorte de blocage intellectuel et effrayant qui prendrait subitement le contrôle sur les cerveaux et les consciences de toute l’humanité. Car l’UNESCO s’adresse bien à cette humanité mal en point et sans repères dont elle se voudrait le garant moral et le faiseur de bien.

Pauvre forteresse imaginaire qui croit à ses propres fantasmes. Honte à l’UNESCO qui s’humilie ainsi et décrédibilise avec elle ce qui reste de présentable dans des institutions internationales comme la sienne. Et auxquelles plus personne ne croit. Car le mensonge si grossier de ce vaudeville pathétique ne prend pas et se heurte au mépris des uns, à l’agacement féroce ou amusé des autres.

Serions-nous en train d’assister à l’un de ces improbables rebondissements dont les Nations Unies nous abreuvent depuis des années avec leur art théâtral bien à eux ? N’y a-t-on jamais manqué d’arguments fallacieux et d’idées saugrenues pour accuser Israël et les Juifs … d’exister, tout simplement ?

Car l’UNESCO, on le sait, n’en est pas à son coup d’essai à l’égard d’Israël. Une précédente résolution votée le 15 avril 2016 était une première tentative de nier le lien entre les Juifs et le Mont du Temple à Jérusalem. La formulation paraissait « maladroite » aux yeux de Manuel Valls,  premier ministre de la France qui s’était pourtant empressée de la voter comme 32 autres Etats.

Déjà beaucoup, a posteriori, jugeaient cette décision purement politique et pro-palestinienne. Déjà la directrice-générale, la même Irina Bokova, considérait ce vote illégitime « uniquement favorable aux Musulmans ». So What ? Nous voilà aujourd’hui avec un nouveau texte, encore plus absurde que le précédent. Jusqu’à quand cette farce ?

A quand le dénouement de cette mauvaise pièce qui dure et s’acharne avec toujours le même principe ? ‘’Mentez, il en restera toujours quelque chose !’’ A force d’inventer et de déformer la réalité, peu importe le vrai dont on n’a que faire. « C’est le mythe qui fait l’histoire, et non l’inverse » pense l’UNESCO et ses amis de la Ligue arabe ou assimilés qui veulent, en toute modestie, réécrire le passé millénaire d’une terre où est né le judaïsme.

Peut-on espérer longtemps qu’une telle supercherie agisse alors que c’est l’image même de l’ONU et de ses filiales, dont on est en droit de douter des objectifs et de la neutralité, qui ne cesse de s’affaiblir ? Irina Bokova l’a d’ailleurs bien compris. La menace de suspension des crédits accordés par les Etats-membres à ce honteux ramassis de menteurs et d’idiots pourrait se faire sans attendre.

Les pays du Golfe et les autres militants antijuifs qui l’ont ‘’apprivoisé’’ voudraient y trouver un oiseau rare qu’ils feraient chanter comme bon leur semble ? Déplumons l’oiseau et coupons-lui le sifflet.

Jean-Paul Fhima

Tribune Juive, 25 octobre 2016